(27 JANVIER
Dimanche dernier, à Paris, on célébrait la fête de la Chaire de Saint-Pierre à Rome. C’est la fête patronale de ma paroisse. Dans l'éclat de la cérémonie, pénétré des pensées d'espérance et de foi qu'éveille
en toutes les âmes catholiques le grand nom de Rome,
j'ai compris plus fortement que jamais la puissance
des indestructibles liens, qui unissent cette Eglise pari-.
sienne à l’Église mère et maîtresse de toutes les autres.
« Quelle consolation aux enfants de Dieu, mais quelle conviction de la vérité, quand ïls voient que d’Innocent XI qui remplit aujourd'hui si dignement le premier siège de l'Église, on remonte sans interruption jusqu'à saint Pierre, établi par Jésus-Christ prince des apôtres : d’où, en reprenant les Pontifes qui ont servi sous la Loi, on va jusqu’à Aaron et jusqu'à Moïse ; de là, jusqu'aux Patriarches et jusqu’à l’origine du monde ! »
Deux cent vingt-quatre ans ont passé depuis que
Bossuet écrivait ces lignes magnifiques. Le monde s’est transformé, des révolutions violentes, des guerres sanglantes, des découvertes inouïes ont bouleversé la terre. Une seule chose demeure immuable, la
5o COMBATS D'HIER ET D AUJOURD HUI
Chaire immortelle de Saint-Pierre à Rome où dix-sept Papes sont venus s'asseoir après Innocent XT.
C'est ainsi que, « divisés de races, de langages,
d'intérêts, nous tous, enfants de l'Église, nous sommes Romains dans l’ordre de la religion ». J'ai relu dimanche la belle page de Dom Guéranger qui commence par ces mots. Elle m'a aidé à prendre mon parti d’être appelé Romain par M. Combes et M. Clémenceau.
J'en ai même ressenti une intime fierté, et ce nom de romain, dont ces messieurs enténdent nous flétrir, m'apparut comme un hommage inconscient qu'ils rendent à notre antique filiation. |
Leurs pères, de la même façon, pensaient outrager Lonis XVI du nom de Capet, saluant ainsi, malgré eux, dans ce roi qu'ils frappaient de mort, les huit siècles d'histoire dont la France était sortie.
Je pense que, nous autres catholiques, nous ne vivons pas assez de notre tradition sacrée. Hors des lieux de prière, on nous en parle rarement ; nous n’avons guère la coutume de l’invoquer en public ; le plus souvent, nous ne l’oserions pas, et de là vient qu'ignorants ou embarrassés de nos.origines, nous nous laissons troubler par des mots dont nous devrions bien plutôt nous faire des titres de gloire.
Il y a, dans l’église de ma paroisse, un vieux
vitrail que j'aime, quoique je ne le trouve pas bien
beau, parce que je l’ai toujours vu là, et qu'il est ainsi depuis trente-cinq ans comme un des témoins de mon âme. Quiconque a vécu dans l'intime habitude d’une église connaît ainsi, au fond d’une chapelle, à l’ombre d’un pilier, un coin qu'il aime, où sa vie a marqué des traces profondes.