‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 59 sur 124 · RL · texte numérisé non relu

RL

si 9 ue \ En A M - , ES ‘« LR Te ONCE e sd et at ER PAPAS 21

Mon vitrail représente la délivrance de saint Pierre miraculeusement tiré de sa prison par l'ange du Seigneur. Sujet admirable de méditation ! On s’imagine ce puissant Hérode Agrippa, qui « voyant que cela plaisait aux Juifs », disent les Actes des Apôtres, avait fait prendre Pierre et le tenait enfermé sous bonne garde, comptant le faire exécuter à son heure : tout à coup, il apprend l’inexplicable évasion, et le voilà dans une colère terrible, qui accuse les gardes de l'avoir trahi !

Dimanche donc, fête de saint Pierre, mes yeux étant tombés sur le vitrail, irrésistiblement je pensai à M. Combes. Il croyait bien, lui aussi, me disais-je, tenir Pierre : cette Église romaine, fondée par lui, obstinément liée à son successeur, il l’avait « déchirée de coups » comme le sanhédrin fit des premiers apôtres, et, la tenant sous la bonne garde de M. Dumaw, il comptait bien, au jour dit, la livrer aux exécuteurs : M. Aristide Briand, le bras levé. attendait le moment.

Et voilà que, soudain, tout change ! Comme Hérode Agrippa, M. Combes parlait et son ordinaire auditoire l’applaudissait, quand ïl fut frappé ! Comment ? Pourquoi ? Dans sa grande colère, lui aussi, il accuse les gardes ; ce sont les dissidents qui l’ont trahi ! Mais qui l’écoute ? C'était il y a huit jours à peine et déjà il est oublié. Pierre cependant est vivant, et l’univers est attentif à sa parole. Son ennemi est chassé du pouvoir, le jour même où l'établissement, à Rome, de la Chaire occupée par son 266° successeur, : est commémoré dans le monde entier.

Je méditais là-dessus avec ravissement. C’est quelque chose, quand on parait toujours vaincu, de se sentir, cependant, éternellement vainqueur.

LS DE DPANRS CSS A e

We:

Sans doute, M. Combes n’est pas tombé sur la question religieuse : cela est entendu. C'est la délation qui l’a perdu ; il a glissé dans la boue, poussé par ses amis, et l’ignominie de cette chute fut son châtiment. Mais l'accident qui le précipita n’est point la cause profonde de sa fin. 3

Combien de fois déjà, l’histoire tourmentée de notre temps n'a-t-elle pas montré, dans une catastrophe imprévue, l'écroulement des plus puissants ennemis de l'Église ?

Gambetta, par un mot d'ordre fameux, déchaîne la guerre religieuse : el, presque aussitôt, ses complices, impatients de sa dictature, le chassent du pouvoir, tremblants de se voir, eux-mêmes, chassés par lui du festin politique où la veille ils s'étaient assis ; et ce fut, je l’assure, une scène dramatique quand, brusquement, 1l quitta la salle des séances sous les huées de l’extréèmegauche, debout pour acclamer sa défaite, pendant que nous considérions, surpris, ce prodigieux abandon.

Jules Ferry fonde l'école sans Dieu, et, le premier, coupe la France en deux camps ennemis : quatre ans passent à peine, et sous nos yeux. dans une heure tragique, M. Clémenceau, sans que nul le défende, l’abat d’un seul coup de son verbe tranchant : « Retirez-vous ! nous ne voulons plus discuter avec vous ! »

Gambetta invoquait la « justice immanente », suprème espoir des vaincus ! C’est elle qui terrasse aujourd’hui M. Combes. La délation l’a tué, mais il meurt de la persécution.

‘Je connais, par un long commerce, les âmes par- lementaires. Dans les crises où succombent les ministères, ce ne sont pas les causes apparentes qui déterminent l'événement. : Sie

Combien, parmi ceux qui, sans oser le mettre à terre, laissèrent choir M. Combes, ont profité de

l’occasion offerte à leur vertu par l’universelle révolte

contre les délateurs, pour se délivrer du cauchemar que leur inflige la séparation prochaine de l’Église et de l’État ! ;

Ils sont légion. Car nul n’ignore ce qui lui en coûtera, quand on verra les églises fermées, le culte suspendu, la guerre de religion agiter toutes les communes ! Chacun a la pratique du petit coin de pays où la protection de la Loge lui a taillé son fief électoral : il ‘sait à merveille comment on y peut, à son aise, sans cesser d'être anticlérical, vivre en bon termes avec le curé : c’est le rêve. La séparation sera pour ceux-là un réveil formidable, quelque chose ‘comme le trou où, dans le malaise des songes troublés, on se sent tout à coup tomber, éperdu.

Le saut les épouvante : et pourtant, voilà que ce terrible Combes va les mettre au bord du fossé !° il faudra voter sous l’œil de la Lanterne, sous le doigt de M. Jaurès : si on ne vote pas, on sera traité de Romain ; horrible perspective |

Mais les fiches sont venues, et nos gens, aussitôt, de crier haro et, |

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

À présent le tour est joué. Ouf ! on va respirer.

On sait bien que M. Rouvier n’est pas homme à faire

le fou, comme cet enragé de « petit père», et qu'il .

a dans son sac, solide encore bien qu'usé par le temps et montrant la trame, plus d’une ruse de vieux praticien ! On l’a bien vu pour l'impôt sur le revenu.

On sait aussi que M. Delcassé, tout brouillé qu'il soit avec la cour de Rome, supporte avec peine, devant les chancelleries des deux mondes, cette posture inélégante.

Et M. Chaumié lui-même ? Mon Dieu ! on n’a pas oublié qu'il se montra chagriné, devant le buste de Renan, d'entendre crier si fort : À bas la calotte ! ni qu'il eut, envers Thalamas, un geste ennuyé.

Puis voici M. Étienne ! Qui pourrait lui faire mauvais :

visage? N'est-ce pas lui qui disait l’autre jour dans

les couloirs : « Personnellement, je suis pour la sépa-

ration, mais je crois bien que le pays n’en veut pas ! » Voilà justement l'affaire.

Sans doute, dans ce Conseil, que M. Clemenceau appelait hier une bouillabaisse, il y a aussi M. Berteaux, qui est à peu près socialiste, si je ne me trompe, et furieusement anticlérical : ily a M. Thomson, qui est l’ami de M. Pelletan, et, comme lui, grand ennemi des curés ; il y a M. Dubief, qui est du Grand-Orient et écrivit, voici deux mois, à propos de l’ambassade du

Vatican, au lieu d’un rapport, un article de la Lanterne :.

avec eux, il y a d'autres scigneurs de moindre impor-

tance, réputés dans leur groupe pour leur solide

appétit anticlérical, à l’un desquels, afin d’apaiser sa

Page 1