‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 6 sur 124 · CL PRET CAT CU · texte numérisé non relu

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ralliement dont retentit la France entière : « Vivent les sœurs ! Vive la liberté! ed

Henri DE CHAMAILLARD, sénateur : viceamiral DE CUVERVILLE, sénaleur :

comte Albert pe Mux, député; G. Mrossec, dépulé; Emile Vizziers, député.

Malgré les avertissements si autorisés qui lui étaient adressés, et l'attitude énergique des populations, M. Combes persista dans sa funeste politique, provoquant dans toute la

Bretagne des scènes déplorables.

M. de Mun a fait, des incidents qui marquérent l'expulsion

-des sœurs de Roscoff, le récit que nous reproduisons :

J'arrive de Roscoff où la fermeture de l’école des Sœurs a eu lieu hier avec des circonstances particulièrement émouvantes, que les dépêches ont étrangement dénaturées.

Depuis dix jours, ainsi que je vous l’ai fait savoir, : population était dans la plus vive agitation.

Une garde permanente, de jour et de nuit, était

organisée à l’école ; une surveillance continuelle était établie sur la route et sur la voie du chemin de fer de

Saint-Pol-de-Léon à Roscoff; des signaux convenus

devaient avertir la population. Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, une alerte avait permis d’en

éprouver l'efficacité : en moins d’une heure, une foule immense était accourue.

Depuis, cette surveillance ne s'était pas elioiee une minute. La population se montrait de plus en plus ferme et résolue. Mes amis, MM. de Guébriant, con-

COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI dE

seiller général, de Kerdrel, de La Sayette, et moi, ne quittions plus l'établissement, en compagnie de M. Kerenfors,. constructeur de navires, et d’un groupe de Roscovites d’un admirable dévouement. Malgré l’extrème fatigue de ces veilles prolongées, personne ne songeait au repos. Lundi, le maire ayant eu la malencontreuse pensée de vouloir faire lire, par l’agent municipal, une lettre du préfet exhortant les habitants à la soumission, plusieurs étrangers, actuellement en villégiature à Roscoff, et des étudiants du laboratoire de zoologie établi dans cette ville, donnèrent le signal d’une manifestation spontanée qui imposa silence à l'agent et, bientôt suivie d’une partie de la population, parcourut les rues, en criant: « Vive la liberté !», et en acclamant les Sœurs.

Lundi soir, le bruit se répandit que l'exécution aurait lieu le lendemain. Des cyclistes de bonne volonté, appartenant à des familles d'étrangers, vinrent se joindre aux estafettes ordinaires. À trois heures, l'éclairage inusité de la gare révéla l'attente d’un train spécial. La foule était déjà considérable. À quatre heures et demie, les cyclistes dévalaient à toute vitesse vers le bourg, annonçant l’approche de vingt-einq gendarmes ; en même temps, lé son des trompes, des cornes, des clairons éclatait de tous côtés dans la campagne, pendant que la sirène, installée sur la tour d’une sorte de belvédère où venait d'être hissé un grand pavillon tricolore, remplissait l'air de ses mugissements. Alors ce fut un flot pressé de paysans et de paysannes, qui, de tous les villages environnant Roscoff, de la ville de Saint-Pol, de la paroisse voisine de Santec, vint s’engouffrer sur la route conduisant de la gare à l’école. Une acclamation salue l’arrivée d’un

eroupe compact : ce sont les «îliens », qui, au nombre de cent, sont accourus, en barques, de l’île de Batz, d’où ils ont vu le pavillon ét entendu la sirène.

À cinq heures et demie, le train spécial est signalé. Il y a, à ce moment, devant l’école et sur la route, environ trois mille personnes, hommes et femmes,

entassés en une masse impénétrable : le silence est profond. M. de Guébriant et moi, nous sommes en avant, accompagnés de quelques amis. Les hommes forment d’abord une colonne épaisse; les femmes viennent ensuite. C’est nous qui avons fait prendre ces dispositions, dont nous nous féliciterons grandement tout à l'heure. Un, deux, trois cyclistes apportent les dernières nouvelles : les voilà ! s

Une troupe nombreuse s’avance : en tête, deux commissaires de police, suivis d’un fort détachement de sendarmes, et, derrière lui, deux compagnies du r18° en garnison à Morlaix, commandées par deux capitaines et un lieutenant; à côté des commissaires, un homme, la tête basse, semblable à un condamné conduit au poteau d'exécution: c’est le serrurier. On n’en aurait pas trouvé dans la commune |

À trente pas de la foule, la troupe s'arrête : un grand cri de « Vive l’armée! » s'élève : M. de Guébriant et moi, nous nous portons en avant et, d’une voix forte, l’un après l’autre, nous protestons énergiquement contre l'attentat qui se prépare ; les commissaires écoutent chapeau bas ; une immense acclamation répond aux deux représentants du pays : « Vive la liberté ! Vivent les Sœurs ! Vive l’armée ! »

L'un des commissaires prend alors la parole et, d’une voix basse et embarrassée, prie les manifestants de le laisser accomplir sa mission : ceux qui ont entendu répliquent par un hurlement de protestation aussitôt répété de proche en proche.

Je dis à voix haute : «Nous ne céderons qu’à F.

force ! Faites les sommations. » Le commissaire veut prononcer la formule : « Vous n'avez pas le droit ! crie la foule, les tambours ! vous ne savez pas votre métier ! » Geste éploré du commissaire. Trois petits tambours passent à travers les rangs des gendarmes,

le visage ému, contracté. Un roulement et la voix

blanche du commissaire : (Que les bons citoyens se ‘retirent! on va faire usage de la force, » « Vive la liberté ! » répond la foule ; puis un silence profond :

nul ne bouge. Second roulement, et encore la for-

mule. « Vive la liberté!» pas un mouvement. Troi- sième roulement, très grave, très prolongé : le commissaire balbutie la sommation.

Cette fois, c’est un tonnerre : « Vive la liberté ! Vive la liberté ! » La muraille humaine semble de fer. Le silence retombe, solennel; poignant : les commissaires se regardent, consternés. Un personnage passe au milieu des gendarmes et s’avance dans l’espace libre. C'est M. Cauchy, sous-préfet de Morlaix. Je dois dire tout de suite que son attitude a été très modérée et très conciliante, et a beaucoup contribué à éviter les malheurs que, à plusieurs reprises, pendant cette

triste matinée, on a pu redouter. S’approchant de

nous, le sous-préfet nous prie d'empêcher un conflit violent et d’user de notre influence pour engager la population à ne pas pousser jusque-là sa résistance.

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