dos dd Mat Fe
recul du temps, comme une scène de la Terreur : dans le village, où on tremblait de le voir paraître, le récit en courait, grossi, enflé, de bouche en bouche. On aurait dit que Robespierre était revenu,
« L’échéance de 1852 », malgré l’écart des années, se lie pour moi à ces souvenirs, et, de fait, c'était bien au drame à peine suspendu que chacun songeait, en parlant du jour prochain où allaient expirer les pouvoirs présidentiels du prince Louis-Napoléon.
Sans doute, il ne convient pas de forcer iles analogies. Qui peut, cependant, envisager sans trouble l'échéance de 1906 ? ;
J'en voudrais parler avec calme et sans paraître céder aux exagérations familières à l’esprit de parti. Irai-je donc trop loin en disant qu’à la veille de cette grande épreuve, l’état de notre pays est plus inquiétant qu'il ne le fut depuis de très longues années ?
Le toast de l’empereur Guillaume, à « la poudre sèche » et à « l'épée aiguisée », me dispensera, sans doute, aussi bien que la révolution russe, d’insister sur les menaces dont l’avenir est chargé.
J'aime mieux d’ailleurs m'en taire, estimant qu'on en parle trop et de trop étrange façon.
Je crains que, parmi toutes ces révélations dont, en
ces derniers temps, la lumière nouséclaira jusqu’à nous
aveugler, il y en ait une qui frappe, plus qu'aucune autre, l’esprit de nos voisins. C’est l’état d’anarchie où tombe de plus en plus notre nation.
M. de Talleyrand disait à la duchesse 4 Dino, sa
tt Fe A A D
nièce, qui, vers la fin de sa vie, dans les journées solitaires de Valençay, le questionnait sur les souvenirs du
| passé : « Vous ne pouvez savoir jusqu'où des hommes peuvent s’égarer aux époques de décomposition. »
L'histoire, sans doute, cherchera cette excuse à ceux de notre temps. Celui-ci permet que, pour Île venger d’une chute qui pouvait le grandir, s'il s'était tu, les rêves dont s’enflait sa politique soient livrés au vent, avec les secrets intimes de sa diplomatie, Celui-là, croyant confondre ses successeurs, révèle complaisamment, et jusqu'à l’outrance, le désarroi de la défense nationale. |
Tous deux, cependant, étaient, hier encore, les complices de la criminelle incurie dont sortit ce fatal désarroi, et qui. d'avance, frappait d'impuissance ces rêves audacieux. Ces débats publics me semblent insupportables, et je ne puis songer, sans frémir, qu'on les lit de l’autre côté des Vosges.
Mon esprit simpliste de vieux soldat s’'émeut de voir, en de tels sujets, apparaître les rivalités ministérielles, les rancunes de parti, les manœuvres d'opposition et je sens, à certaines heures, comme un besoin de crier : «Silence dans les rangs! »
Mais le silence est une manifestation de l’ordre et du respect ; il faut, pour l’obtenir, un gouvernement capable d'imposer l’un et l’autre, et la définition même de l'anarchie est l'absence de gouvernement,
Je sais une commune du Finistère où, le mois dernier, une élection municipale ayant donné aux révolu-
À) ARENA RS de Nm a
hoo COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI
tionnaires de l'endroit l’occasion de montrer leur savoir-faire, ils commencèrent par éloigner les bons conservateurs du scrutin, en les terrorisant, puis, après le vote, ayant escaladé la tour de l’église, y pénétrèrent de vive force, en ouvrirent la porte aux camarades des deux sexes. et se livrèrent dans le lieu saint à des danses variées, sans parler d’autres et innommables profanations.
Ces aimables citoyens préludaient ainsi à la séparation de l'Église et de l'État, et il faut admirer ici la sereine confiance des catholiques, qui, instruits par desi belles leçons de choses, continuent à discuter gravement sur la manière dont fonctionnera chez nous le nouveau régime. Î fonctionnera comme à Plobannalec, et le gouvernement laissera faire.
Pense-t-on que, dans cette commune, où nul n'ignorait l’état des esprits, on avait pris contre le désordre quelque précaution ? Aucune. Que de tels scandales soient possibles, que le gouvernement les contemple, impuissant ou complice, c'est en quoi consiste profe prement l'anarchie. |
J'ai cité un exemple : qui n'en pourrait révéler d’autres ?
L'attention publique n’est guère éveillée Que par les incidents que la gravité des circonstances ou le rang des personnages signale aux journaux, quand, par exemple, le ministre de la guerre va, sur la frontière, saluer le drapeau rouge des grévistes et les faire défiler devant lui au chant de l’Internationale.
Tout le monde, alors, se récrie et proteste. J’ose dire, cependant, que les petits faits journaliers par où s’atteste notre décomposition sont, en quelque manière, plus inquiétants. De celui-ci, un vote de la Chambre, un
MVP NE
es, Oo e— CEE
acte d'énergie du premier ministre peuvent, en un mo- ment, faire justice. Les autres sont l'effet d’un mal plus . profond dont, seul, un effort collectif peut affranchir le
Pays.
L’anarchie s’accusait extérieurement, sans doute, il y
a cinquante-cinq ans, avec plus de violence. Mais la
nation, dans son ensemble, était au dedans moins
atteinte : et c’est pourquoi, ayant entendu les menaces de la révolution sociale, elle donna, sans hésiter, son unanime adhésion « à l'opération de police un peu
rude », comme disait Eugène-Melchior de Vogüé, qui,
devançant l'échéance de 1092: en fit, d'un seul coup,
évanouir les alarmes, Je crois bien qu’un bon dune de Français com-
. mencent encore aujourd'hui à songer, sans trop de ré- pugnance, aux bienfaits de cette thérapeutique : et je ne
m'étonnerais pas qu'elle tentât, tout au fond d’euxmêmes, quelques-uns de ceux qui s'empressent au chevet du malade. Mais n’est pas opérateur qui veut. On
devient cuisinier, on naît rôtisseur, disait Do
varin. Ïl en est ainsi de toutes les cuisines. Je ne vois, dans la nôtre, personne qui montre la
vertu naturelle propre à l'emploi, et cette raison me dis- pense d’en donner quelques autres qui r me porter aient,
en tout cas, à redouter l'expérience.
Aussi bien, ce serait trop ou trop peu. La France a besoin de refaire son âme. Mes lecteurs seraient peut-être surpris si je nommais ici le personnage qui, au plus fort de la crise du mois de juin dernier, me fit cette
brève confession.
joe a ins AL DAS FA TN
o2 COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD HUI
Elle résume, quel qu'il soit, la grande œuvre qui s'impose à tous les patriotes. Ni un homme, ni un coup de force n'y sauraient suffire : « l'opération dé police » serait trop peu pour l’accomplir. La tâche est plus vaste, plus longue et plus complexe.
Ce serait trop aussi : dans l’acuité du péril présent, l’urgent me paraît être de faire reculer l’anarchie grandissante et, vraiment, cette besogne immédiate ne requiert pas tant de façons. À :
J'écrivais, ici même, au moment où la discussion de la Séparation contrastait douloureusement avec les anvoisses patriotiques qui suivirent le voyage de Tanger,
que si M. Rouvier, se levant soudain, l’avait inter-
rompue d'un geste consulaire, les deux tiers de la Chambre et l'immense majorité du pays l’eussent applaudi.
Je crois qu'il garde encore, et malgré tout, cet empire sur l'opinion.
Si, montant ce soir à la tribune, il annonçait en termesbrefs et sans plus de commentaires, qu'il a remis àa des soldats le commandement des armées, et qu'il ajourne à des temps plus calines l’irritante question de
li Séparation, je ne doute pointque FORIeS les consciences
n’en fussent soulagées.
Mais les tronçons du Bloc paraissent trop redoutables. et, par crainte de leurs soubresauts, nous trainerons, sans doute, jusqu'à l’échéance fatale notre vêtement d'anarchie.
Alors, du moins, oserons-nous le déchirer ?
M"° la duchesse de Broglie a fait, récemment, connaître aux lecteurs français le très intéressant journal de voyage tenu par une jeune Anglaise, pendant son séjour à Paris sous le Consulat et pendant la Restauration. Un
ÉTS.
\ jour dé Latines 816. après | un He. Ho un royaliste ie ultra, miss Berry écrit : « Pourquoi les honnêtes gens les mieux intentionnés n'ont-ils ni idées, ni vues, HL.
| plans communs, tandis que les fripons agissent en par- :
à faite union ct profitent de e corruption générale de la
nation D»
l ya
Fripons est un peu vif ; relirons-le et: pour Le reste,
# avouons que la Fi de: miss Berry est encore dé : pleine actualité. ue
WA