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hi COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD HUI
ce passé trop oublié, pourra-t-elle, en éclairant les hommes de bonne foi, nous préserver dans l'avenir des chutes cruelles où nous ont jetés ces lamentables divisions ! |
Car c’est assez parlé d'hier, ïl faut songer à demain. y songer sans peur, mais aussi sans illusion.
L'illusion est toujours la pire des fautes ; elle serait, ici, impardonnable et rendrait irrémédiable la crise que nous subissons en nous livrant, sans organisation, aux entreprises de l'ennemi.
Sans doute l’odieux spectacle des expulsions violentes, et l’émotion publique qui grandit autour des
couvents crochetés, la guerre civile provoquée par un
gouvernement criminel, les femmes brutalisées, les prêtres insultés et le sang qui commence à couler, les prétoires encombrés d’accusés de tout rang, de tout sexe, de tout âge, coupables d’avoir défendu la liberté outragée, la propriété violée et la religion profanée. sans doute aussi le lamentable exode de ceux qui partent, la basse persécution infligée à ceux qui deméurent, les œuvres détruites, les écoles chrétiennes arbi-
trairement fermées par milliers, les cris enfin qui
s'échappent des consciences exaspérées sous la poussée des révoltes longtemps contenues, et ces démissions, douloureusement glorieuses, d'officiers ou de magistrats,
condamnés à subir des ordres impies, sans doute cette
universellé et croissante anarchie soulève. bouleverse ou du moins trouble les esprits et les cœurs. Mais ce n'est qu'une insuffisante émotion. Même aux catholiques, le péril n’apparaît pas dans sa gravité : que dire
de la masse, j'entends de la masse des honnêtes gens ?
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C'est qu'il y à, au-dessus de cette barbarie, comme un vernis d'ordre public. Les affaires vont leur train : les plaisirs aussi ! Si appauvri qu’on se dise, l’argent se dépense largement : c'est donc que tout n'est pas au pire ! M. le Président de la République voyage en Algérie, les escadres du monde le saluent, le roi d’Angleterre vient à Paris, qui le reçoit avec éclat ; notre patriotisme ne peut-il se consoler, par ces témoignages Pa donnés à la France, des douleurs que lui inflige son gouvernement ? Et puis M. Loubet a parlé de la bonne semence des proscrits : c'est une leçon pour M. Combes! Ila dit qu'il était contre le rachat des chemins de fer : c'est une rupture avec les radicaux ! Il a déclaré qu'il ne signait pas tout : pour le coup, c’est certain, on ne s'entend plus! Il y aura du nouveau; M. Combes tombera ! On se rassure là-dessus. | Illusion ! Les socialistes sont maîtres de la majorité, ils tiennent les radicaux modérés, comme à la Convention la Montagne tenait la Plaine, par la peur du modérantisme : ils savent ce qu'ils veulent, ils l'accompliront ; la Chambre est entre leurs mains un ins- "4 trument de révolution inespérée ; l’occasion est trop | belle d’en finir avec les deux dernières forces qui défendent l’ordre social, la religion et l’armée ; ils ne la laisseront pas échapper : ils ont la force, ils en useront. L'armée, qu’on n'ose attaquer directement, on la désorganisera par la destruction de l'esprit militaire. À la religion, on déclarera la guerre ouvertement : après les congrégations d'hommes, celles de femmes, les congrégations autorisées après les non autorisées, le | “a clergé séculier après les congrégations ; les écoles de garcons après les écoles de filles. M. Combes ira jusqu'au bout. Le christianisme l’obsède comme un
remords. On dirait qu’il est hanté par la citation au tribunal de Dieu de Dom Michel!, et qu’il s’étourdit du bruit de ses propres violences. Je lisais ces jours derniers le bel ouvrage de M. Paul Allard sur Julien l’Apostal : il raconte son enfance et sa jeunesse: comment, dit Sozomène, « il fut élevé dans un milieu tout ecclésiastique », et il ajoute : « On l'appela FApostat, non seulement parce qu'il avait cessé de croire, mais parce que ce mot signifie qu'on s’est tourné avec une sorte de colère contre ses anciennes croyances. »
M. Combes a cette-colère : il est comme le fou dont parle Joseph de Maistre qui mettait glorieusement le pied sur une montre, en lui disant : « Je t'empêcherai bien de faire du bruit. » Mais M. de Maistre se reprend aussitôt et moi aussi : « Qu'est-ce done que je dis ? Un fou n’est pas coupable. » Quand M. Combes met le pied sur l’Église, il sait bien ce qu'il fait. Croyez que la campagne des chapelles et des prédications, comme celle des bulles épiscopales, n’est pas un incident. C'est un plan arrêté par un homme qui sait la théologie et le droit canon, comme autrefois les empereurs de
Byzance, monophysites et iconoclastes, quand ils per- sécutaient les moines. Il n’ignore pas qu'il y à des points sur lesquels l'Église ne saurait transiger, où le droit et le devoir sont engagés à ce point que ni Île Pape, ni les évêques ne peuvent céder. C'est là qu'il portera l'attaque. fre Fa
On dit que M. Dumay lui avait fait espérer la soumission des évêques, et qu'ainsi, il n'y aurait plus en France qu'un épiscopat déshonoré, müûr pour le
1. Dom Michel, prieur des Chartreux, expulsé de la Grande Chartreuse le 29 avril 1903, avec vingt-trois de ses religieux.
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schisme. Cela est possible. Les loges maçonniques ont pu rêver cette sorte de victoire. Moi j'imagine que M. Combes savait mieux à quoi s’en tenir et qu'il escomptait l'effet de ses circulaires.
Quoiqu'il en soit, l'épiscopat s’est levé, presque tout entier, et, une fois de plus, a retenti d’un bout de la France à l’autre Le « ar possumus » apostolique, libérateur des âmes.
Votre Congrès est la première assemblée de catholiques réunie depuis ce grand événement, capital dans l'histoire de notre Église de France. Il voudra, j'en suis sûr, offrir l'hommage ému de sa reconnaissance et de son admiration aux cardinaux et aux évêques dont les lettres courageuses et les actes énergiques ont donné un si fier exemple.
La question en effet est bien plus haute que le sujet qui la soulève. C'est la liberté du culte catholique, c'est lexistence même de l'Église qui sont en jeu.
Les catholiques qui doivent tant à M. Brunetière lui sont redevables en particulier d’un service éminent c’est d’avoir forcé beaucoup de gens qui n’y songeaient plus ou n'y avaient jamais songé, à lire Bossuet : car Bossuet a tout dit. Voyez le panéeyrique de saint Thomas de Cantorbéry :
« Henri Il, roi d’ Angleterre, se déclare l'ennemi de l'Église. Il l'attaque au spirituel et au temporel ; en ce qu'elle tient de Dieu et en ce qu'elle tient des hommes, il usurpe ouvertement sa puissance. Il met la main dans son trésor qui enferme la ‘subsistance des pauvres. Il flétrit l'honneur de ses ministres par l’abrogation de
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leurs privilèges, et opprime leur liberté par des lois qui leur sont contraires. » RE
Tout y est, M. Waldeck-Rousseau et M. Combes, M. Pumay et M. Ménage‘!
Maintenant allez plus avant : voilà saint Thomas résolu à résister au roi de loute sa force. Écoutez Bossuet :
«Mais que dis-je de toute sa force ! Est-il donc permis à un sujet d'avoir de la force contre son prince, et, pensant en faire un généreux, n'en ferons-nous point
un rebelle ? »
Oui, c'est bien l’accusation qui remplit les journaux de la secte, qui, dans huit jours, retentira avec de erands éclats à la tribune de la Chambre et que M. Combes portait, il y a deux mois, à celle du Sénat, dans ce discours sans précédent, où il dévoilait son plan de campagne, en promettant aux ennemis de l'Église la dénonciation du Concordat, comme le chàtiment de la prétendue rébellion qu'il s’apprêtait à provoquer. Bossuet lui a répondu d'avance : |
« Saint Thomas peut dire véritablement à Henri, roi
d'Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de
toute l'Église, à un magistrat de l'Empire, grand persécuteur de l'Église : Non le terremus, qui nec limemus.
c'est par cesentiment qu'il unit ensembleles devoirs de l'épiscopat avec ceux de la sujétion. Non le lerremus, voilà le sujet toujours soumis et respectueux : qui nec limemus, voilà l’évêque toujours ferme et inébranlable. Non te terremus, je ne médite rien contre l'État; qui nec limemus, je suis prêt à tout souffrir: pour l'Église.
M. Ménage, nommé par le Gouvernement liquidateur des
Biens d'un grand nombre de congrégations proscrites.
J'ai donc eu raison de vous dire qu'il résiste de toute sa force, mais celte force n’est ne rebelle, parce que cette force, c'est sa patience. » Voilà la doctrine de l'Église, celle que M. Combes a Bon à Paris et à Reims, à Lyon et à Autun, à Bordeaux et à Rennes, qui s’est dressée devant lui à Orléans, à Naney et à Meaux. partout où les évêques ont parlé, et c’est aussi celle
qu hier, dans un magnifique langage, poursuivi pour. avoir librementenseigné la vérité chrétienne à ce peuple
de Tréguier, tout frémissant de l’outrage que la statue de Renan prépare à sa foi, un Jésuite d'avant la loi, l'abbé Lemarescal, jetait, du prétoire de Rennes, aux échos de Ja France chrétienne :
«Oui, j'ai déclaré qu'une loi injuste ne liait pas la
conscience humaine, que non seulement elle n'avait -
aucun pouvoir d'obliger, mais qu'elle ne méritait pas même le nom de loi. Oui, j'ai célébré l'héroïsme des martyrs qui préférèrent la mort plutôt que d’obéir aux ordres impies du pouvoir. Oui, j ai cité avec éloge le mot de Royer-Collard rééditant à la tribune la protestation de Mirabeau : « Si vous faites cette loi, je jure de lui désobéir. » Oui, j'ai dit cela, je devais le dire, car je -suis prêtre, et cela, c’est la doctrine traditionnelle de mon Église ; et cela, c'est la pratique constante de ces hommes que le monde appelle des héros et nous des saints. »
Ce sont d’admirables paroles et M. l’abbé Lemarescal
a raison : c'est la doctrine traditionnelle de l'Église. M. Combes le sait, et c’est pourquoi il engage ces irréductibles conflits.
Déjà, la presse qui lui dicte ses ordres crie à la rébellion, et réclame avec des mots impérieux la dénonciation du Concordat. C'est le but. M. Combes l'a dit
au Sénat, démasquant, inconscient ou cynique, son
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propre jeu.
Encourager les partisans de la rupture en avouant qu'on la désire soi-même. déclarer que la rébellion des évêques la rendra sans doute inévitable, les placer aussitôt entre cette menace et leur conscience par d’inacceptables prétentions, puis, quand leur conscience, en
dépit de la menace, aura parlé, crier à la révolte et se
faire alors forcer la main par des complices avertis : je demande en quels termes l'histoire flétrira de tels procédés de gouver nement !
Voilà l'attentat qui se prépare. Il nous impose un double devoir : c’est d’abord d'éclairer l'opinion, de lui montrer quel est ici le provocateur, et qui viole le pacte séculaire, des évêques, gardiens de la religion,
dont il garantit la liberté, ou du ministre, exécuteur
des complots formés contre elle.
À cette œuvre de justice, nous consacrerons. par la
parole et par la plume. toute notre activité. Nous le
devons à l’Église, au Pape, à l’épiscopat, dont il ne faut pas permettre à leur calomniateur de dénaturer le rôle et l’attitude.
Mais ce n’est pas assez d'établir ainsi les responsabilités : un autre devoir nous presse, qui est de nous préparer aux graves et terribles perspectives qu'une fois accomplie, l’apostasie officielle de la France ouvrirait devant nous. | |
Un mot de très franche explication me paraît ici nécessaire entre nous. Je n’ignore pas qu'un certain nombre de catholiques désirent la dénonciation du Concordat et le disent hautement. C'est une opinion qui trouve même des défenseurs dans les rangs du clergé, et je comprends à merveille que,’ chez des
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prêtres lassés de voir leur parole et leur apostolat sans cesse entravés par la surveillance administrative, à qui, chaque jour, on reproche avec mépris le traitement qu'on leur doit, comme le prix injurieux d’une sorte d’esclavage, je comprends à merveille que-le cœur se révolte à la fin et qu'ils soient tentés de jeter cette poignée d'argent à la face de leurs insulteurs, pour conquérir l'indépendance au risque de la pauvreté. Je comprends aussi que pour nous-mêmes, qui faisons profession de défendre l’Église, il nous semble préférable, n'ayant plus à craindre de comprometre sa posi- ‘tion dans l’État, ni celle de ses ministres, d'être affranchis d’une prudence qui nous pèse souvent. Je sais tout cela, et tous les avantages qui peuvent se tirer, théoriquement au moins, d’un régime d’entière liberté.
Mais deux raisons mrarrêtent et qui, je le crois, doivent arrêter tous les catholiques.
L'une est une raison de principe. La séparation de l'Église et de l'État est contraire à la juste notion des rapports entre les deux puissances. Quand l'étroite alliance entre elles, qui, laissant à chacune, dans sa sphère, sa légitime indépendance, assure le concours de l’une et de l’autre, pour procurer aux peuples le bienfait de la vie chrétienne, quand cette alliance n'est plus possible par l'effet des mœurs et l’amoindrissement de la foi, l'accord, loyalement observé, est du moins encore le moyen de sauvegarder la nécessaire distinction du temporel et du spirituel, et de protéger, contre les tendances toujours tyranniques du pouvoir civil, la liberté de la religion, des consciences et du culte. Hors de là, il n’y a que la barbarie ou la persécution, souvent les deux ensemble. Car c’est une chimère de penser que l'Etat puisse ignorer l'Eglise, outre
qu'il ne saurait le faire qu'au prix d'une méconnaissance absolue de sa constitution et de sa mission divine.
Dans un pays nouveau, sans histoire et sans tradition, une telle situation est possible pour un temps. Elle ne l’est pas dans une nation longuement façon-
née par le christianisme; et si cette nation née dans
un acte de foi, portée, dès son berceau. entre les bras de l'Eglise, a eu, pendant quinze siècles, le catho-
licisme dans son sang, elle ne peut qu'y être l'effet d’une volontaire abdication. suivie bientôt d'une dé-
chéance profonde.
Or c'est bien de cette nation, c'est de la France qu il s’agit, et non de l'Amérique ou des pays protestants de l'Europe. L'examen des rapports de l'Eglise catholique et de l'Etat dans ces divers empires m'entrainerait, d’ailleurs, à de trop longs développements, et je n'y veux pas entrer, encore que je me sente assuré d'y trouver, à l’appui de ma thèse, de très forts arguments. C'est un travail par lequel je me propose d'apporter ma contribution à la discussion prochaine des projets de dénonciation du Concordat.
Ici, je m'en tiens à notre propre situation. et jecon-
sidère, d'une part ce qui est en cause, d'autre part ce
‘qui nous est offert sous le nom de séparation de l'Eglise
et de l'Etat. L'examen sera décisif, je pense, et c'est pourquoi à ia raison de principe s'ajoute une raison de fait. À
Ce qui est en cause, ce n'est pas la plus ou moins grande facilité que les laïques trouveront dans la défense de la religion, ce n’est même pas, ou du moins ce n’est pas seulement la plus ou moins grande indépendance des membres du clergé, c'est d’abord et avant tout le salut des âmes et l'exercice du culte. Cela étant, — et
COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI L23 nul, au point de vue chrétien, ne peut le nier, — je demande aux catholiques de peser en conscience les effets pratiques de la rupture du Concordat dans un très grand nombre de paroisses, et de dire s'ils pensent que les actes essentiels de la vie chrétienne s’en trouveront facilités. La réponse ne me paraît pas douteuse.
Si, à ce coup d'œil sur les conséquences de la rup-
ture à l'intérieur, ils veulent bien ajouter un regard attentif sur celles qu’elle entraînerait à l'extérieur, sur la position qui serait faite à la France, séparée du Saint-Siège, en face des nations rivales empressées à se rapprocher de lui: sur linévitable abaissement que cette situation amoindrie infligerait à notre. influence dans les parties du monde encore éloignées de la foi chrétienne, je m'assure que, à ce point de vue encore, la conciusion sera la même. Voilà pour ce qui est en cause. .
Quant à ce qui nous est offert, M. de Pressensé, très heureusement, s’est chargé de le formuler nettement par la proposition qu'il a soumise à la Chambre, avec cinquante-six de ses collègues, dont MM. Jaurès et Millerand, et qui servira probablement de base à la discussion. Je dis heureusement, parce qu'aucune illusion ne peut après cela subsister dans les esprits. Il m'est impossible naturellement de citer les 98 articles des XIT titres de cette proposition. Mais je considère comme un des devoirs les plus pressants de votre
Association de les publier, de les répandre, de les
commenter et de les faire bien comprendre dans le pays. Car il faut, enfin, qu'on ouvre les veux.
N'y aurait-il que l'article 33 qu'il suffirait, àluiseul,
pour faire juger l’œuvre tout entière.
« Il est interdit de rattacher un diocèse ou une por-
rs a CE M
tion de diocèse à la juridiction d'un métropolitain ou d'un évêque ayant son siège en pays étranger, sous peine d’une amende de 500 à 5.000 francs et d’un emprisonnement de cinq jours à six mois. »
Le Pape est l’évêque de Rome : l'Eglise libre, en.
France, n'aura donc pas le droit de se rattacher au Pape. M. de Pressensé n’a pas la franchise de le dire nettement, mais son texte l'explique clairement.
Le reste, ce n’est même pas le régime de 1796 à 1799. le régime du Directoire qui s’est traduit par la
prison et la déportation : c'est une loi de police plus
rude, plus draconienne encore; c'est, en fait, la persécution ouverte, la fermeture des églises, leur adjudication au plus offrant et la mise en surveillance de tous les prêtres menacés des peines les plus sévères à la moindre dénonciation.
Voilà ce qui nous est offert, et, en admettant même que la proposition de M. de Pressensé ne soit pas admise telle qu’elle est, celle qu'on voterait — le jour où M. Combes, ou quelque autre de ses pareils, obéissant aux injonctions de la majorité, jetterait la France dans cette douloureuse aventure, — ne pourrait être, ne serait en l'état des esprits qu'une loi de servitude,
de tyrannie et de persécution. C’est l'évidence même.
Pour ces raisons, je suis donc l'adversaire résolu de la dénonciation du Concordat et je crois que vous devez nettement prendre la même attitude.
Mais la perspective de cette funeste rupture n’en demeure pas moins menaçante. Assurément, il y a eu déjà à d’autres époques des propositions de séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais ce n'étaientque les manifestations impatientes d’une minorité. Jamais jusqu'ici un groupe exerçant sur la majorité un empire souve-
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GOMBATS D'HIER ET D'AUJOURD' HUI h25
rain n'en avait pris l'initiative. Jamais surtout Le chef du gouvernement ne Îles avait ouvertement encouragées par son langage et par ses promesses. Le péril est donc pressant et c’est pourquoi il importe de l’envisager.
Sans doute, si cette crise doit s'ouvrir, elle sera de courte durée. Aucun pays, la France moins qu'aucun autre, ne peut vivre longtemps dans l’état de guerre religieuse et de sauvage agitation qui résulterait d'un : el régime. Nos tyrans de passage y trouveraient bientôt, dans une irrésistible réaction, la fin de leur trop longue domination. Le passé, sur ce point, répond de l'avenir. |
M. Combes, qui se déclare le disciple de Vico, a sans doute oublié le « système des retours historiques » cher à son maître italien. L'événement le lui rappellerait au besoin et aussi que le même Vico à écrit dans son.livre La Science nouvelle : « Sans Dieu, pas de lois, pas de républiques, pas de société ; mais la sotitude, la barbarie, la corruption et le désordre. »
Quelque courte qu'elle soit, une si violente tempête, cependant, n’en serait pas moins redoutable. C'est pourquoi, bien qu'elle ne soit pas encore déchaïnée, il faut d'avance nous armer contre elle. Le meilleur. moyen de la conjurer est, d’ailleurs, de nous montrer à nos adversaires parfaitement. prêts à en subir le choc. |
L'œuvre qu'elle rendrait indispensable serait évidemment une œuvre épiscopale : ce n’est pas à nous qu'il appartient d’en tracer le plan à l’avance. Notre
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devoir, celui de tous les catholiques, sera, le moment venu, de nous mettre à la disposition des Evêques pour les aider à sauvegarder partout l’exercice du culte et la subsistance de ses ministres.
Mais si nous voulons, alors, pouvoir leur donner ce -concours nécessaire, il faut que, dès maintenant, nous
préparions, en quelque sorte, par l'instruction pra-
tique et par des manœuvres constantes, cette mobilisa-
tion générale des forces catholiques. Comment y
réussirons-nous ? En organisant immédiatement la résistance partout où l’action est déjà engagée.
Les persécutions actuelles contre les religieux et contre Îles écoles nous en offrent une trop naturelle occasion: le devoir, en nous poussant à l’action sur ce terrain, nous forme pour d’autres combats.
Ici, je vous dois encore une loyale explication. Je n'ignore pas qu'on a beaucoup reproché à plusieurs d'entre nous de ne conseiller aux catholiques que la résistance légale. On nous a blâmés surtout, mes amis et moi, de n'avoir pas, l’année dernière, lors de l’expulsion des Sœurs de Bretagne, laissé l’admirable résistance de la population s’exalter et se prolonger: jusqu'à l’effusion du sang, d'un sang qui eût été celui de quelques paysans et de quelques pauvres femmes. J'ai beaucoup réfléchi à ces reproches et, je suis obligé de le dire, en ce qui me concerne, je me suis confirmé dans mes résolutions.
Non, tant qu'il s'agira de ceux près de qui j'exerce une influence quelconque, je ne leur conseillerai pas | la violence et j’essayerai de les retenir sur le terrain de la résistance légale. J'ai, pour le faire, une double raison. | * | La première est une raison de conscience: non pas, - ]
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vous l’entendez bien, au regard de la loi elle-même, mais des moyens qui s'offrent à nous de lui résister. En citant les paroles de M. l'abbé Lemarescal, je m'y suis pleinement associé : quand les lois violent mani-
festement les droits les plus sacrés, elles ne lient pas la
conscience. Mais que veut-on dire, lorsqu'on demande autre chose que la résistance légale ? Est-ce la guerre civile? Aucun de eeux qui l'ont vue n’y peut songer sans horreur ! La guerre civile qui armerait nos paysans, nos ouvriers contre nos soldats ? Nul n'oserait en avoir la pensée. Qu'est-ce donc ? Le coup de fusil isolé contre un agent de l’autorité, le plus souvent irresponsable? Je ne crois pas qu’on en ait le droit devant Dieu. Que reste-t-il? Le sacrifice volontaire d’un brave. d’une héroïne qui se laissera piéliner par les gendarmes,
blesser, tuer peut-être devant la porte d’un couvent ou
d'une école ? Eh bien, je le dis très haut, j'admire de
tout mon cœur ceux qui sont résolus à le faire : j’au-
rais, J'espère, le cas échéant, le courage d’en donner l'exemple : mais je ne crois pas que ce soit un devoir, et c’est pourquoi je ne le conseille pas, surtout aux paysans et aux ouvriers. Si, dans une circonstance où ma responsabilité est engagée, le sang d’un seul de ces braves gens coulait, sans que j'eusse fait tout ce qui était en mon pouvoir pour l'empêcher, j'en aurais jusqu’au tombeau un épouvantable remords.
Mais alors, me dit-on, pourquoi un simulacre de .
résistance, pourquoi des manifestations, pourquoi des protestations, si on ne veut pas les pousser jusqu au sang ? Par une raison très simple, qui est une raison d'utilité pratique, et qui est justement la seconde raison de mon attitude.
Et d’abord, là aussi, il faut s'entendre : qu'est-ce que
la résistance légale? C’est celle qui s'exerce sans violence, mais par tous les moyens que le légitime usage de la liberté met en notre pouvoir : protestations publiques, manifestations dans la rue, réunions, conférences, articles de journaux, revendications judiciaires, inlassable propagande, œuvres enfin d'organisation et d'action : voilà la résistance légale ; or c’est, dans ma conviction, la ‘seule, vous entendez bien, la seule effi-
- cace, la seule pratique, la seule redoutable et j'ajoute
qu’elle l’est extrêmement. La violence — la violence comme on peut la concevoir en notre temps, avec notre organisation matérielle et sociale — est fatale-
ment condamnée à l’impuissance ; ce n’est pas seulement une lutte inégale, c'est une lutte impossible ; elle n’a qu’un résultat, qui est de donner à ceux qu’elle prétend abattre des armes contre ceux qui lont déchaïînée, et dont elle éloigne toutes les sympathies de l’opinion. La résistance légale, au contraire, méthodique, durable, persévérante, finit, tôt ou tard, par
avoir raison des entreprises arbitraires et des lois mal-
faisantes, en conciliant à ceux qu’elles oppriment tous les hommes — et ils sont encore nombreux — chez qui persiste le souci de la justice et de la liberté. L'histoire est remplie de ces victoires remportées par la conscience contre la tyrannie. Au surplus, remarquezle bien, la résistance légale ainsi comprise peut, grâce à la tyrannie des lois, entraîner pour ceux qui s’y livrent des peines qui vont jusqu'à la prison, et je n'hésite pas à penser que si nous devons faire tous nos
efforts pour en préserver les plus humbles, les plus pauvres que nous, nous ne devons pas hésiler à
l’affronter pour nous-mêmes. Il y a, à l'heure où j'écris, dans la prison de Versailles, une admirable jeune fille,
Mademoiselle de Lambert, qui mérite le public et chaleureux hommage de tous nos respects. Aucune violence n'aurait, pour notre cause. valu sa courageuse attitude. Je ne pense pas qu'O’Connell ait laissé dans l’histoire le renom d’une âme pusillanime, Ecoutez ce qu'il disait aux habitants de Manchester, lorsqu'il voulut, dans un voyage qui fut une tournée triomphale, gaoner à la cause irlandaise les sympathies de la nation anglaise : «Je vais faire un tour en Angleterre et en
Ecosse pour encourager le peuple à agir sûrement et à
éviter la violence ; car la violence, outre qu’ellé fortifie nos ennemis, est un mal en elle-même... Dans les annales du monde... je défie qui que ce soit de me montrer aucun changement bienfaisant produit par la violence..: Méprisez l’homme qui vous opprime, mais ne le touchez pas ; regardez-le comme un chien enragé, mais évitez sa dent de peur qu'il ne vous communique sa rage. Que chacun de ceux qui m'écoutent se joignent à nous ! Nous voulons obtenir la paix et le progrès par des moyens qu'aucun homme de bien ne condamnera et auxquels Dieu lui-même doit sourire... Que les [rlandais donnent l’exemple de la paix et de l’ordre, et alors nous aurons l’Angleterre avec nous... »
Nous avons besoin, nous aussi, — menacés que nous sommes d’être réduits à former dans notre pays comme une Irlande vouée à l'oppression, — d’avoir avec nous,
pour secouer le joug de la faction qui nous persécute, :-
les sympathies de la nation. Nous les gagnerons par la sagesse et la fermeté.
* *X Mais la sagesse et la fermeté sont les vertus des forts, et, pour être forts, il faut être organisés.
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Est-ce donc que je vais vous demander, vous proposer des organisations nouvelles, en vue des graves conjonclures qui s'apprêtent?
Assurément non. L'organisation existe : c’est l'Action Libérale Populaire: elle est déjà très forte, très puissante : en un an. elle a couvert la France de ses adhérents et de ses Comités. Elle offre aux catholiques, par son programme, par le nom de son chef, toutes les garanties.
C'est dans ses cadres, c'est sur son terrain qu'ils peuvent le plus promptement, le plus facilement s'unir pour la défense de leur cause. N'allons pas — au moment où le combat, engagé aux avant-postes, s'étend sur toute la ligne — nous disloquer, rompre notre ordre de bataille, et, sous prétexte de l'améliorer par des formations nouvelles. nous offrir une fois de plus par petits paquets aux coups de l'ennemi.
Ce serait, d’ailleurs, une dangereuse et fausse conception des nécessités de la lutte, que de prétendre borner l'Action Libérale Populaire à la seule préparation électorale. Outre qu'elle s’est fondée avec des vues beaucoup plus larges, celle risquerait, à n'avoir pas d'autre but, de le manquer lui-même. Les élections, qui sont, il est vrai, le moyen pratique de changer la
solitiqué du pavs, ne peuvent être qu'une résultante Ï Ï Ï
d'efforts quotidiens.
C’est en défendant la liberté religieuse, journellement et pratiquement, en résistant sans relàche à la Lyrannie ministérielle, que se fera la véritable organisation électorale. Séparer les deux actions, c’est vouer chacune d'elles à l'impuissance. |
On à coutume de nous citer souvent l'exemple du Centre catholique allemand, et de sa lutte illustre