‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 75 sur 124 · FA · texte numérisé non relu

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durable : et c’est encore lui, sans doute, qui nous fournira nos armes dans la lutte religieuse à laquelle nous condamneront peut-être les événements.

Vous avez donc choisi le programme de votre Congrès, dans un sentiment (rès juste de la réalité. En le parcourant, j'ai reconnu d'ailleurs avec joie l'accord intime qu'il témoigne, une fois de plus, entre vos idées et celles dont l'OEuvre des Cercles catholiques a si longtemps soutenu la propagande. Notre ami Georges Goyau écrivait un jour, dans un article où RU son affection pour moi excusait la bienveillance de ses s jugements : « On n’a jamais le droit de se croire plus : 1 utile que, lorsque, de toutes parts, on se voit exproprié! | c’est là le succès complet. » a

Si cela est vrai, et je crois bien qu’en effet, c’est, pour des hommes de foi, la plus noble des ambitions, nous sommes largement récompensés.

Lorsqu'il y à trente ans, nous commencions, mes amis et moi, à parler de l’organisation professionnelle, terme nécessaire du mouvement syndical, nous avions + presque tout le monde contre nous, non seulement les maîtres du pouvoir et les majorités parlementaires qui nous repoussaient, parce que cléricaux, mais les con-

“servateurs qui nous accusaient d'être des utopistes, une partie des catholiques qui condamnaient notre témérité, les grands patrons qui nous reprochaient de favoriser le mouvement révolutionnaire, les ouvriers eux-mêmes qui nous traitaient en suspects parce que nous le combattions. Nous luttions seuls, et l’idée syndicale, hors de nos modestes organisations, ne profitait qu'aux socialistes. Ce fut un grand pas en avant, quand, après dix ans, votre Association, constituant ses premiers groupes, vint par son adhésion à la sn

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doctrine jusque-là défendue par la seule OEuvre des Cercles, lui apporter, avec la force de la jeunesse, les promesses de l’avenir.

Mais, alors même, après cette première victoire. que de temps perdu sur ce terrain, comme sur le terrain politique, en aveugles répugnances, en funestes hésitations, tandis qu’en face de nous, l’organisation révolutionnaire attestait chaque jour ses progrès !

Peu à peu, cependant, l'évidence des faits, la pression des circonstances changeaient les esprits, et tout le monde, aujourd'hui. accepte l’organisation syndicale, tout le monde, veut y recourir, contre les dangers de la concurrence, contre l'exploitation des intermédiaires, contre l’omnipotence de l’État, surtout contre la tyrannie socialiste, j'allais dire que tout le monde veut en avoir eu, le premier, la pensée.

L'heure estdonc propice aux idées que votre Congrès va remettre en lumière : elle l’est, à cause du consentement presque universel de l'opinion publique ; elle l’est aussi à cause de l'impuissance manifestée, depuis qu'ils sont au pouvoir, par les socialistes et les radicaux. Jusqu'en 18093, le Parlement, avec beaucoup de lenteur, 1l est vrai, avait voté quelques réformes sociales, la loi sur les syndicats professionnels, la loï sur le travail des femmes, la loi sur les accidents. Cene sont pas les socialistes qui les ont faites : ils comptaient encore très peu dans les assemblées ; elles sont issues de la collaboration des hommes de tous les partis, et elles ont été préparées hors de la Chambre, par des études et des travaux dont vous avez eu vous-mêmes une très large part. Depuis lors, depuis que les socialistes sont entrés en force à la Chambre, depuis surtout qu'après 1898 ils sont devenus les maîtres de la

majorité, rien ne s’est fait pour le peuple : il y a eu des discours enflammés, des exposés confus de la doctrine collectiviste, mais en fait de résultat, rien. Je me trompe : il y a eu l'affaire Dreyfus et la loi sur les

associations, la désorganisation de l’armée et la guerre

religieuse, c'est-à-dire la préparation de la guerre sociale. Voilà ce qu'en cinq ans les socialistes ont donné au peuple. Au contraire, voyez, à côté de nous, ce qui se passe en Belgique ; les catholiques y sont au pouvoir depuis vingt ans et aucun Etat n’a aujourd'hui une législation sociale plus avancée, plus constamment, plus hardiment progressive. C’est un contraste saisissant que je vous conseille de mettre souvent sous les yeux du pays ; il n’'V a pas de réponse plus décisive aux calomnies dont on nous charge devant les ouvriers.

Mais, pour pouvoir l’invoquer, il faut, vous le comprenez à merveille, que nous ayons un programme social, net et positif. Il le faut, non seulement à cause des luttes qui s'apprêtent et qui, de plus en plus, dans l’écrasement des partis modérés, nous placeront seuls en face des socialistes ; il le faut aussi parce qu’en dehors de toute raison politique, c’est notre devoir de chrétiens vis-à-vis des travailleurs, parce que nous leur devons, en conscience, notre concours désintéressé

pour l’amélioration de leur sort, pour la satisfaction de :

leurs revendications légitimes.

Or un programe social n’est pas une œuvre d’improvisation ni d'entraînement. La générosité du cœur qui porte vers les faibles et les déshérités ceux que presse le sentiment de leur responsabilité, ne suffit pas pour découvrir les moyens légitimes de leur témoigner un dévouement efficace. Il y faut joindre l'étude, la

réflexion, l'observation des faits économiques. Un programme social chrétien est encore'quelque chose de plus : c’estune œuvre de doctrine. Les enseignements de l'Eglise en sont le point d'appui nécessaire : l’organisation des forces constitutives de la nation en est, avec la législation, l'élément indispensable. C’est le grand péril de l'Etat démocratique, et qui le met en danger constant de dissolution, qu'il repose sur la conception individualiste de la société. Le socialisme, bien loin de l’en préserver, ne fait que l’y précipiter plus sûrement :

cariln’y a entre l’individualisme et lui, qu'un conflit

apparent, une opposition de mots. Tous deux dérivent des mêmes principes, de ceux que Le Play a si fortement appelés « Les faux dogmes de la Révolution » : l’un est la conséquence de l’autre, en même temps que. son châtiment.

C’est pourquoi on a bien raison de dire que notre démocratie, pour subsister, en dépit de son vice originel, doit être chrétienne, pourvu qu'on -entende par là qu'elle doit être protégée, contre ses propres tendances, par la force d’une organisation conforme aux lois immuables de l’ordre social chrétien.

Ces idées, au reste, vous sont familières. Elles forment, depuis longtemps, comme l'essence de notre action commune. Car, sur le terrain social, comme sur le terrain politique, il y a entre nous un contrat ancien. Nous l’avons signé, le 18 décembre 1892, dans cette réunion de Saint-Etienne. qu'assurément vous n’avez pas oubliée. Notre programme d'alors était, comme celui d'aujourd'hui, à la fois religieux et social: déjà

nous pensions que la «question religieuse et la question

sociale sont intimement liées et qu'elles constituent ensemble toute la question politique ». Déjà la mission

de la Jeunesse catholique nous apparaissait telle que nous la voyons encore : « Sur le terrain religieux, défendre la liberté de l'Eglise, réclamer ses droits, protester contre la violence, combattre la franc-maçonnerie afin d’arracher la France de ses mains ; sur le terrain social, opposer nos doctrines à celles des socialistes, leur disputer l'âme et l'intelligence du peuple, non pour le vain orgueil de le diriger, mais par amour pour lui, par dévouement sincère à sa cause, avec le ee ferme dessein de le conduire pacifiquement à un état ae social meilleur et plus juste, en le sauvant, lui et la … patrie du même coup, de la barbarie que leur prépare ne le collectivisme athée où se résume aujourd’hui tout le | . programme socialiste. » |

En vertu de ces principes, après avoir revendiqué la liberté religieuse la plus entiére et celle de l'éducation chrétienne, nous demandions une organisation profes-

sionnelle qui permit de prévenir les conflits, de créer me des caisses de retraite et d’assistance, de garantir des indemnités aux victimes d'accidents, de maladies ou de 20

chômage, de déterminer dans chaque profession le taux du salaire, enfin de constituer entre les mains des travailleurs une certaine propriété collective.

Nous demandions aussi une législation sociale capable de protéger le foyer et la vie de famille par la restriction du travail des enfants et des femmes, l'interdiction du travail de nuit, la limitation de la journée de. travail, l'obligation du repos dominical, la constitution du bien de famille.

Voilà les idées qui nous inspiraient en 1892. Nous avons le droit d’y rester fidèles : j’ose dire que nous en avons le devoir, puisque Léon XIII a daigné, dans une lettre mémorable, les couvrir de sa haute approbation.

Forts de ces encouragements, vous voudrez donc, votre Congrès d’aujourd’hui le témoigne assez, en demeurer les défenseurs énergiques.

Mais vous ne prétendez pas que l'Action Libérale Populaire les accepte intégralement et sans réserve. Elle ne le peut ni nele doit ; j'en ai donné la raison : c'est qu'elle n’est l’œuvre ni d’un groupe ni d’une école, et qu'elle veut offrir aux hommes de bonne volonté un terrain accessible à tous.

Or ce terrain, il me parait très facile de le définir : c’est celui où se rencontrent tous ceux qui veulent sincèrement donner satisfaction, par des réformes loyalement étudiées, aux légitimes revendications des travailleurs, et les aider à secouer, par la force de l’organisation professionnelle, le joug des syndicats socialistes.

En fait, ce sont les bases fondamentales de notre programme, et c'est assez pour que votre place soil marquée dans les rangs de l'Action Libérale Populaire, au point de vue social comme au point de vue catholique.

Jetez donc, dans le grand combat qu'elle soutient, toute l'énergie, toute l’ardeur, toute la foi de votre jeunesse. Offrez à son chef, avec l’affectueuse sympathie de vos cœurs, le dévouement empressé d’une troupe disciplinée. Apportez enfin à l’œuvre commune la belle, chrétienne et patriotique confiance qui naîtde la volonté et qui donne la victoire.

C'est le vœu le plus vif de votre vieil et fidèle ami,

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