‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 90 sur 124 · PRÉSIDENT DE L'ASSOCIATION CATHOLIQUE DE LA JEUNESSE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT DE L'ASSOCIATION CATHOLIQUE DE LA JEUNESSE FRANÇAISE

Paris, le 6 janvier 1905.

Mox CHER Ami,

Au moment où l'Association catholique, rajeunie, va commencer une nouvelle période de son existence déjà

longue, il m'est très agréable d'affirmer, une fois de plus, la solidarité de principes et d'idées qui n'a cessé

: et, j'en suis sûr, continuera d'unir l’'OŒuvre des Cercles catholiques et la Revue, née il y à vingt-neuf ans de son initiative. En vous adressant ce cordial témoignage, je ne l'offre pas seulement au brillant écrivain, à léloquent orateur de l’école sociale catholique, mais à tous les groupes de jeunes gens, dont il préside la fédération avec tant d'éclat. de

Ce sont eux, en effet, qui viennent aujourd'hui

apporter aux anciens le secours de leur activité, et cette

vénéreuse résolution est par elle-même un fait de haute importance. | | Rien ne pouvait mieux attester la vitalité constante

1. À l’occasion de la nouvelle organisation de la revue l’Associalion Catholique, ancien organe de l’'OEuvre des cercles catho- ‘—liques d'ouvriers, dont l'Association catholique de la Jeunesse venait de prendre la direction.

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du grand mouvement intellectuel que l'Association

catholique S'honore d'avoir déterminé, dont elle fut longtemps presque l'unique expression, et dont elle demeura l'organe principal, lorsque la marche des idées en fit naître de nouveaux autour d'elle.

C'est toujours une redoutable épreuve pour une entreprise humaine que d'assister, en quelque sorte, à

son propre épanouissement, à l’éclosion des œuvres

qu'elle a suscitées et qu'une loi naturelle entraîne à d'inévitables émancipations. :

Beaucoup y succombent et ne laissent à leurs héri-

Liers que le souvenir d’une lointaine inspiration.

Notre vieille Revue a victorieusement traversé cette crise ct tous ses lecteurs savent quelle large part de ce difficile succès appartient à notre ami Henri Savatier. En résumant ici même, il y a un mois, la période de sept années qui vient de se terminer, il n'en a oublié

qu'un seul trait, et c’est justement celui dont l’a marqué

sa persévérante énergie. C’est bien, en effet, grâce à cette qualité maîtresse qu'il a pu, en conservant fidèlement à la Revue ce qu'il appelle à juste titre la « pureté de sa ligne », la maintenir toujours au niveau du progrès constant des études. Aussi dans son bref examen du chemin parcouru, a-t-il, du même coup, jalonné la route qui s'ouvre devant ses collaborateurs de demain, et le rapide tableau du passé devient- il ainsi un véritable programme d'avenir.

Ilest d’ailleurs remarquable que les mêmes conclusions s'imposent en même temps à tous les esprits préoccupés du mouvement social catholique. J'observe, comme un frappant symptôme d’une féconde commu nauté de sentiments et d'idées, qu'en l’espace de deux mois, dans les livraisons de novembre et de décembre

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derniers, des vues semblables furent exposées par un des nouveaux et plus distingués collaborateurs de l'Association, M. Martin-Saint-Léon, et par le vétéran de lOEuvre qui accepta en 1898 la lourde charge de sa direction. fa L'un et l’autre sont d'accord pour rattacher étroitement ses travaux et l’école sociale qu'ils ont formée he progressivement, à l'inspiration première, faite d'amour | : et de foi, de dévouement sincère envers le peuple et de : confiante soumission aux enseignements de l'Église, d’où naquit l’ OEuvre des cercles. ; Le rapprochement est suffisamment significatif. La rencontre, en un même effort, des enthousiasmes qui jettent au-devant du peuple les âmes éprises de 1 justice, et des tendances réfléchies qui tournent vers l'étude sociale les esprits gouvernés par la philosophie chrétienne, constitue proprement l'originalité de notre mouvement et lui donne sa puissance. Constamment s alimenté par le feu toujours allumé de l'amour désinoi téressé pour les faibles, il trouve, dans une étude doctrinale de plus en plus approfondie, les formules pratiques qui le préservent des périls d’une vague sentimentalité. :

Destiné, dès le premier jour, dans la pensée de ses promoteurs, comme aujourd'hui dans la ferme volonté de ses continuateurs, à transformer peu à peu, suivant les lois de l’ordre social chrétien, les mœurs et les institutions, il ne saurait s'enfermer dans une action purement populaire, nécessairement imprécise et, par là, stérile non moins que dangereuse ; maïs tout en agissant sur les classes populaires par les bienfaisants effets d’un dévoûment vigilant à ses droits, à ses intérêts et à ses besoins, il s'exerce sur les classes élevées. détermi-

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nant dans les esprits une modification profonde des idées et une plus juste notion du devoir social. La lutte contre l’individualisme est, sous tous ses aspects, le caractère dominant de ce grand mouvement et l’entente établie sur ce principe fondamental servira, dans l'avenir, comme dans le passé, de guide à la Revue réorganisée.

L'effort de trente années, secondé par l’irrésistible

pression des circonstances, a définitivement fait triompher un certain nombre d'idées, d’abord ardemment discutées, aujourd'hui acceptées par la plupart des esprits attentifs à l’évolution économique.

La nécessité et la légitimité de la législation sociale, si longtemps contestées, sont désormais reconnues ;

admise comme une conséquence inévitable de lorga-

nisation moderne du travail et de la condition politique des ouvriers, elle apparaît aussi comme une application normale des principes chrétiens.

Son effet principal étant l'intervention de la loi dans le contrat de travail, celui-ci fera, de plus en plus. l’objet des patientes études de l’école catholique ; dans aucun ordre d'idées, l’individualisme, en mettant aux prises la force et la faiblesse, n’a exercé plus de ravages : c’est par le recours au principe contraire qu'ils pourront être réparés et prévenus. Ha

Mais le contrat de travail, lui-même, ne soulève qu'une partie de la question générale dont la solution s'impose aux réformateurs. L’anarchie sociale, issue des faux principes de la Révolution, appelle des remèdes plus profonds. L'organisation professionnelle nous est apparue, de longue date, comme le plus urgent et le plus efficace. |

D'abord aperçu à travers les grands souvenirs de

l’antique organisation du travail, peu à peu dégagé des ombres du passé jusqu'à paraître comme la plus pratique des réalités de l'avenir, le régime corporatif est devenu l'idéal vers lequel ont tendu toutes nos énergies.

Comment cette pensée féconde pouvait-elle s'adapter aux nécessités du monde moderne et d’une société sans hiérarchie comme sans unité de croyances ? Aucune question n'a été plus débattue. « L'Union d’études des catholiques sociaux », où se rencontrèrent, depuis une dizaine d'années. avec les collaborateurs de l’Association catholique, les représentants d’autres groupes, a largement contribué à l'élucider. Grâce à la persistante action de ces foyers intellectuels, les idées soutenues par l’école sociale catholique ont fait, malgré les oppositions et les railleries, un chemin de jour en jour plus rapide. Au milieu des agitations chaotiques qui troublent son développement, le mouvement syndical, par la force des situations et l’évidence des besoins, évolue de plus en plus vers l’organisation de la profession. |

C'est l'honneur de l'Association catholique et de « l’Union d'études » d’en avoir, par leurs travaux multipliés, montré la nécessité, fait ressortir la haute portée cet finalement précisé les conditions en une for-

mule heureuse : l’association libre dans la profession

organisée.

Le seul fait que cette formule du régime corporatif soit acceptée par les plus anciens comme par les plus jeunes rédacteurs de la Revue, suffit à manifester dans

les conclusions pratiques l'accord tout à l'heure cons-.

taté dans les principes.

Ainsi, à l'entrée de la nouvelle DO qui com-

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ue pour l'Association M de les idées qu ‘elle a dégagées peu à peu de ses études laborieuses, qu'elle n’a cessé de définir chaque jour davantage, et qu’elle a tant contribué à faire prévaloir, trouveront, pour les servir, des bonnes volontés nouvelles, que soutiendra A4 vitalité de la jeunesse et que dirigera une connais- Le déjà € éprouvée de toutes les questions sociales.

QC est pour les vétérans qui ont essayé de leur frayer

, voie la plus belle des récompenses et le meilleur gage de leur confiance dans l'avenir. | :

Nul ne les recueille avec plus de J joie et de reconnais- é

Votre vieil et fidèle ami,

À. De Mu.

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