MADAME LA COMTESSE DE BIRON
Bossuet termine l’oraison funèbre de Michel Le Tellier par ces fortes paroles : Re
« Surtout, mortels, désabusez-vous de la pensée dont « vous vous flatltez, qu'après une longue vie la mort « vous sera plus douce et plus facile. Ce ne sont pas « les années, c’est une longue préparation qui vous « donnera de l'assurance ; autrement... la dernière « heure n’en sera pas moins insupportable, et l’habi- « tude de vivre ne fera qu’en accroître le désir ?. »
Cette pensée ne s'applique pas seulement aux mourants. Tout homme en éprouve la vérité profonde. lorsqu'il entend, sur son chemin déjà long, l’avertissement toujours plus pressant du temps qui s'écoule, y marquant à peine sa trace fugitive. À chaque pas, son regard cherche en arrière la route qui s’efface, emportant les compagnons qu’il voudrait retenir.
Il s'était accoutumé à les voir près de lui : à mesure qu'ils s’en vont, la solitude Île surprend comme une injustice, et la disparition de ceux qu'il aimait d'une particulière affection le laisse accablé.
Ft 1. Décédée à Paris, le 3 février 1905.
Fan 2. Bossuet. Oraison funèbre de Michel Le Tellier, chancelier É de France. e
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Quand la mort, d’un coup toujours inattendu, frappe
- un chef de famille qu'entouraient de longues tendresses
et de vieilles amitiés, la douleur des survivants, longtemps groupés autour de lui, rend elle-même témoignage à l’invincible puissance de la vie.
Sans doute, l’ordre naturel, en dénouant les liens
formés par les habitudes du cœur, n'éveille pas, comme
les tragiques ruptures qui le troublent brusquement, d’ardentes compassions, et trop souventses impassibles
destructions ne rencontrent que la frivole affectation
d’une indifférence irréfléchie. Mais ceux que touche
directement la rude loi de l'humanité, en mesurent
mieux la cruelle amertume : car elle ouvre dans leurs âmes un vide où nulle promesse d'avenir ne prend
plus désormais la place des dons du passé, et dont:
l'effroi les remplit d’une tristesse désolée. L'adieu suprême qu'il leur faut dire au mourant plein de jours qui furent les leurs, s'adresse en même temps à leur propre vie : quelque chose d'eux-mêmes finit avec celui qui donnait aux souvenirs aimés l'illusion de la perpétuité. C’est toute une jeunesse qui s’ensevelit dans cette mort, toute une histoire de joies intimes dont cette heure marque la dernière, un livre entier de
secrètes confidences qui se ferme avec ces yeux.
De tels regrets, cependant, ne sont pas une révolte
de l’âme contre la volonté de son Créateur, mais plutôt
l’instinctüif hommage de la nature envers Lui. Car la vie est un don divin : s'il est commandé d'en user pour Dieu, il n’est point défendu de l'aimer. Le courage
est de savoir la sacrifier, non de prétendre la mépriser.
L'offrande spontanée du sacrifice fait lPhéroïsme des saints, et le volontaire détachement des choses terrestres
en devient la récompense anticipée : sa docile accepta-