‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 93 sur 124 · EAU · texte numérisé non relu

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tion est l'obligation commune, et la rigueur, durement éprouvée, du détachement dernier en compense nsuffisance.

Ces méditations assiégeaient de leur gravité douloureuse l'esprit des amis fidèles qui, le 3 février dernier,

près du lit où M" la comtesse de Biron ! s'était endormie,

quelques heures plus tôt, dans l’impénétrable mystère, mêlaient leurs larmes et leurs prières à celles de ses enfants et de ses proches.

Elle semblait presque souriante et son visage fatigué gardait, pour l’offrir à la mort, l’accueillante expres-

sion que, si longtemps, aimèrent en elle ceux qui lPapprochaient. Car cette vertu de l’accueil, aimable “entre toutes. fut vraiment comme l’extérieure révélation

de son âme. Assise parmi les souvenirs de sa vie passée, entre les portraits de ses enfants et de ses petits-enfants. elle recevait chacun comme s’il lui apportait une joie personnelle. D'un mot, d’un geste, elle’ prenait possession des cœurs, et, les ayant séduits par ce

premier mouvement, elle le répétait, avec une inlassable

bonté, pour les retenir comme par le don du sien.

- Fière du sang qui remplissait ses veines, elle en faisait surtout connaître la chaude abondance, et telle elle paraissait dans les effusions de la famille ou de lamitié, vive en ses témoignages, ardente en ses

sentiments, prompte en ses sympathies, telle elle se

montrait à tous ceux qu'amenaient près d'elle la pre

1. Charlotte-Marie de Fitz-James, née le 4 mars 1831, mariée le 7 mai 1849 à Etienne-Charles, comte de Biron, morte le 3 février 1905.

renommée de son cœur, la souffrance. dontelle appelait l’aveu par un charme secret, la vanité même, flaltée par son rang, et qu'elle tournait vers le bien.

Ainsi, mère passionnée, amie dévouée, figure au plus haut point attachante pour le monde, fut-elle en même temps une femme d'œuvres incomparable. Ce n'était pas seulement qu’elle mît, à celles qu’elle entreprenait, toute l’ardeur de son âme généreuse, ni qu'elle sût, par des instances que son exemple justifiait et qu'aucun obstacle ne décourageait, obtenir des concours qu'elle stimulait sans relâche : c'était surtout parce qu'elle avait l’art de prendre les cœurs, en demandant les volontés. |

Une de celles qui fut, dans la charité, sa fidèle auxiliaire, disait, le lendemain de sa mort : « Elle savait si bien remercier ! » Cette simple parole exprime quelque chose de plus qu'un hommage rendu à la gratitude aimablement offerte. Dans ces remerciements qui laissaient une trace si profonde, on sentait. sous l'enveloppe des mots, la promesse de son affection et, par là, ceux qui l'avaient aidée, se voyant payés à si haut prix, devenaient ses obligés. |

S'il était permis de remonter aux sources de cette rare vertu, il en est trois qui, peut-être, se pourraient découvrir dans l’âme d'élite dont elle était le rayonnement. |

M": de Biron avait, au suprême degré, l'intelligence du cœur, l’indulgence du jugement et le goût du dévoüment.

Elle-même éprouvée par de cruelles souffrances, elle

savait manier la douleur, en parler la langue et en

écouter la plaïnte : elle fut. une admirable consolatrice. Ceux qui venaient vers elle accablés, s’en retournaient

relevés. Il semblait aux affligés qu'un rayon sortit

d'elle, allumé par la divine parole : « Venez à moi, « vous qui êtes chargés de peine, et je vous soulage- « Tai. » |

Dans son auréole d’épouse inconsolée el: de mère.

incomparable, elle n'avait, pour. les faiblesses de la vie, ni rudesse, ni mépris: aux âmes qu'elles ont meurtries, elle gardait, au contraire, une secourable pitié. Bien

qu'en tous les sujets elle montrât volontiers l’ardeur

de ses impressions, jamais elle ne s y livrait j jusqu à la rigueur, encore moins jusqu à l'injustice ; son cœur droit et sûr passait à travers sa parole spontanée.

Elle était, enfin, avide de dévoüment. Toute sa

nature, tout son cœur, toute la race qui resplendissait en elle, se soulevaient contre l’égoïsme et contre linutilité de la vie. La sienne ful ainsi, sans qu'elle le proposàt jamais elle-même, un exemple constant offert ‘au monde où elle vivait.

L'histoire de ses œuvres personnelles remplirait de longues pages : ce n’est pas le lieu de lécrire. I

faudrait la suivre des pauvres maisons du village où, dans les radieuses années de sa triomphante jeunesse, se formait sa charité, aux ambulances du siège de Paris où elle s'était faite infirmière volontaire, puis des lits où les Dames du Calvaire soignent les cancé-

reux, aux maisons de famille pour les ouvrières dont

elle fut la première fondatrice, et surtout à cet asile des « Petites préservées » qui fut la créalion et la grande affaire de ses dernières années.

ARE TN Ligi ee à #1 Lots.

COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI | os.

Là, les petites martyres de la barbarie ou de l'aban-

don, recueillies, par ses soins, au Dépôt de la Préfecture

de police, lorsque la déchéance de leurs parents venait d'être prononcée, trouvaient le salut de leurs corps et celui de leurs âmes: M"* de Biron lesaimait d’un amour

maternel, ne cessant d'admirer, avec des transports de reconnaissance envers Dieu, la grâce qui transformait

ces pauvres enfants en jeunes filles parfaites, économes | et laborieuses. Le jour de sa mort, celles qu'elle avait ainsi sauvées vinrent l’éntourer du cortège qu’elle eût souhaité pour son escorte dernière. Toutes, en larmes, approchaient de ses mains leurs chapelets et leurs

crucifix, voulant, comme pour les reliques des saints,

que quelque chose de sa vertu passât en elles par ces objets consacrés. | Que dire de plus pour son éloge funèbre ?

L’imparfaile esquisse de cette belle àme demeurerait, cependant, elle-même incomplète, si un mot discret ne laissait apercevoir la blessure qui, durant trente- -quatre

ans, fut à la fois sa souffrance et sa force.

A la première page d’un cahier où M" de Biron

notait ses intimes pensées, elle avait tracé ces mots, empruntés à un livre écrit, par une main pieuse, en

souvenir d'êtres chéris 1 :

« Mon Dieu ! ne séparez pas ce que vous avez uni. Souvenez-vous que nous nous sommes {toujours

1. Récit d’une sœur, par M" Augustus Craven, née La Ferronnays, t. I. p. 450. (Prière écrite dans son journal, par Alexandrine de La Ferronnays, le 6 avril 1832, huit jours apr es La mort de son mari. }

« souvenus de vous, que nous avons beaucoup prié «ensemble et que nous avons voulu que notre amour « fût éternel. » (9 janvier 1871.)

À l'heure où tombait sur cette page ce cri d'amour et d'espérance, Paris bombardé se débattait dans l’agonie. Au deuil universel s’ajoutait pour M”° de Biron l’indicible épreuve du plus rude sacrifice. Le comte Etienne de Biron, son mari, saisi par le froid sur les remparts, à son poste de soldat, venait de mourir en quelques heures, fidèle à la devise de sa maison : Perit, sed in armis. |

Ceux-là seuls peuvent comprendre ce que fut cette douleur, qui ont connu la vie ainsi brisée pour toujours. Pendant vingt années, près d’un époux qu'elle chérissait, au milieu d'enfants dont la beauté préparait à son cœur tous les orgueils, d’amis qu'elle séduisait par sa grace, et le charme d’un délicieux visage, M”° de Biron avait paru comblée de toutes les joies de la terre. Mais, pour elle et pour son mari, un bonheur surnaturel, plus profond que ces joies humaines, marquait progressivement, de sa forte et douce empreinte, leurs âmes étroitement unies par une piété grandissante. Ils redisaient entre eux, dans leur tendresse divinement transformée, le cantique des époux chrétiens dont parle Lacordaire, (que la mort même ne fait pas taire, parce « que léternité qui le leur prête ici-bas, le leur rend « dans le sein de Dieu !. »

C'était leur confiance, leur certitude. Ils ne s’attendaient pas que, sitôt, le cantique de la terre serait interrompu: mais la mort ne le fit pas taire. M®° de Biron ne cessa de le chanter, dans une douleur mêlée d’un

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