‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 36 sur 97 · ENT TESTER OA · texte numérisé non relu

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| Qui a ordonné celle vilaine action? On le dira, j'espère, à M. Ballande. Les journaux ont encore raconté que le gouvernement consulté sur l'attitude à observer pour le convoi funèbre, aurait répondu : « Ni marque de sympathie, ni incongruité. » Si la réponse est exacte, il faudra qu'on s'explique sur le sens qu’en langage administratif on donne au mot incongruité.

Mais, ce qui est pire encore que l’incongruité, c’est la recommandation d'éviter toute marque de sympathie. Voilà l’énormité. Les ministres s’en vanteront comme d’une pure et simple application de la loi. [ls diront avec de grands airs d'hommes de gouverne-

ment : « C’est le régime de la séparation | L'État ne

connaît plus l'Église : enterrez vos évêques comme vous voudrez ; nous, nous maintenons l’ordre et nous ne voulons même pas vous regarder ! »

M. Briand, dans une circulaire qu'il adressait ces jours derniers aux procureurs généraux, au sujet de la statistique de la criminalité, énumérant les lois dites « d’émancipation », édictées par la république, cite la loi de séparation, et il dit : « Elle a affranchi les cultes de la tutelle qui pesait sur eux et les a rendus libres. »

L'incident de Bordeaux commente très à propos cet affranchissement. Cela veut dire tout simplement qu'au lieu de respecter l'Église catholique, ses cérémonies et ses ministres, l’État aura le droit, et même le devoir de les outrager.

Après cela, il faut admirer ceux qui reprochent amè-

rement au Pape de ne pas vouloir accepter un régime

garanti par de si édifiants témoignages. Le degré

d’aberration où nous ont conduits trente années de règne maçonnique, est tel, que de très braves gens, tont en déplorant les dos tournés, croiront encore à la possibilité de négocier le fameux statut légal avec les hommes capables d'ordonner ces choses-là, et ils diront tranquillement : « Que voulez-vous ? Le gouvernement a tort, c’est entendu ; mais c’est la séparation, il faut bien nous y habituer. »

Rien ne prouve mieux combien j'avais raison, quand, il y a trois ans, malgré les protestations de catholiques bien intentionnés, et de modérés notoires, qui me reprochaient d’exagérer, de noïrcir les choses, j'appelais la loi de séparation, « l’apostasie officielle ». Mon éminent confrère, M. Deschanel, m'a fort gourmandé là-dessus. On me disait : « Voyez l'Amérique ! » Car l'Amérique est, présentement, la réponse à tout quand on parle des questions religieuses.

Voyons done l'Amérique. D'abord les États-Unis. Le Correspondant publie depuis un an des articles extrêmement intéressants intitulés : « L'Amérique de demain », et qui formeront un livre bien instructif. L'auteur, M. l'abbé Klein, a parcouru tous les États de l'Union ou à peu près; et il en rapporte avec des impressions, où éclate peut-être un peu trop l'enthousiasme de parti-pris, des récits assurément faits pour le justifier. J’y ai noté, en particulier, la cérémonie qui marqua la pose de la première pierre de la cathédrale de Saint-Paul, au Minnesota, l’église de Mgr Ireland, si connu des catholiques français.

[L y avait là presque tout l'épiscopat de l’ouest, cinq

archevêques et vingt-trois évêques, et, près d'eux, au premier rang, sur la haute estrade, le gouverneur du Minnesota, le maïre de la ville, les juges et d’autres fonctionnaires. Après un défilé de trente mille hommes, dont un détachement de gardes à cheval, sous les ordres du lieutenant de police, ouvrait la marche, l’évêque de Duluth, doyen de cet épiscopat, prononça la bénédiction liturgique de la pierre, pendant que le chœur des séminaristes chantait le Veni Creator. Puis, devant cette foule et en présence de ces fonctionnaires, Mer Ireland lut un télégramme du président Roosevelt : « Dans cet heureux pays qui est le nôtre, religion et liberté sont des alliés naturels... Je félicite tous ceux qui sont réunis pour la pose de la première pierre de la nouvelle cathédrale de Saint-Paul et ceux qui vont y prendre part au culte... » Sur quoi, le grand évêque parla et après lui, le maire au nom de la cité, le gouverneur au nom du Minnesota, le sénateur au nom des États-Unis.

Voulez-vous descendre, à présent, dans l’Amérique du Sud, au Brésil, dont, en 1905, M. Briand invoquait triomphalement l’exemple. L'État y est, en effet, séparé de l'Église, mais le président Campos Salles a rendu visite à Léon XIIT avant de prendre possession du pouvoir, et on y a vu le président Rodriguez Alvès assister à la bénédiction du port de Rio-de-Janeiro donnée par l'archevêque, Mgr Albuquerque Cavalcanti. En 1906, la république du Brésil obtint du Saint-Siège le premier chapeau de cardinal donné à l'Amérique du Sud. Elle y tenait beaucoup et elle le revendiqua, en vertu d’un privilège, jadis accordé à l'Empereur qui n’en usa point. Ce fut l'archevêque qui le reçut. Quand le cardinal Cavalcanti revint de Rome, le ministre des

affaires étrangères l’attendait au débarcadère de Rio : les voitures de la présidence le conduisirent à son palais, et, quelques jours plus tard, un banquet officiel lui fut offert auquel assista le président de la république. |

Imaginez un peu ce que pensent ces Américains du Nord et du Sud quand ils lisent dans les journaux que, devant le cercueil d’un cardinal-archevêque, le gouvernement français ordonne aux troupes de tourner le

dos !

Ils en concluent évidemment que nous nous moquons …

du monde ou que nous abusons effrontément des mots en parlant de séparation, ct qu’en réalité nous vivons sous le régime de l’impiété d’État. C'est aussi mon avis. |

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