‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 41 sur 97 · PP VAL CNRS ET · texte numérisé non relu

PP VAL CNRS ET

LUE Deus

. de droits certains et d’une précieuse école de robustes

marins. Nous voyons mal ce qu’on nous promet pour un terme que nous Ignorons. Es

Mais je m'interdis d’insister. Peut-être fallait-il opter entre les ententes, et il en estque peuvent difficilement accepter les survivants de 1870.

Je souhaite seulement que, dans cette grande évolution, nous gardions toujours notre pleine indépendance. M. Delcassé a, dans son discours de vendredi, parlé noblement de ce grand devoir national : « La France sait, a-t-il dit, qu'une nation ne mérite plus guère de vivre, quand elle laisse toucher à sa liberté. » Nous avons usé de la nôtre pour chercher des alliés: ne laissons pas les alliés la confisquer à leur profit.

L'un d'eux. hélas ! l’a déjà cruellement enchaïnée et c’est assez pour que le système politique dont son amitié forme peut-être le lien, me paraisse suspect. Le jour où M. Delcassé conduisit à Rome le Président de la République, pour y être trainé par le roi d'Italie sous les fenêtres du Vatican, ce jour-là il a fait autre chose que manifester une diplomatie nouvelle; il a jeté la France hors de ses voies traditionnelles : il a rompu, en son nom, avec toute sa tradition historique.

C’est une écrasante responsabilité, dont nous n'avons pas encore épuisé les lourdes conséquences. Car, il ÿ a dans la destinée des peuples, des lignes profondes dont ils ne se peuvent détourner sans en porter durement la peine.

Déjà nous payons chèrement les frais de cette poli-

tique : elle nous coûte la dénonciation du Goncordat et la désorganisation de l’Église de France, l'abandon des privilèges séculaires de notre nation et de ce protectorat que nous enviaient si ardemment ceux mêmes à qui nous l’avons livré, pour prix de leur incertaine amitié.

M. Delcassé, a-til pu lire, hier, sans un serrement de cœur, le récit de cette solennelle remise au drapeau italien, faite sur la terre orientale, d’un établissement religieux longtemps couvert par le drapeau français) Pour moi, il m'a mis des larmes dans les yeux: c’est un morceau de l'âme nationale qui tombe, déchiré par nos propres mains.

Jusqu'ici, de l'entente avec l'Italie, je ne sais rien de plus. Je vois ce qu'elle nous a ravi; je cherche ce qu'elle nous vaut. M. Delcassé ne l’a pas montré. Si elle fut la condition de l'alliance anglaise, le contrat est, pour nous, doublement onéreux.

L'Italie, il y à quatre ans, avait besoin de nous. S'il entrait dans les vues de notre diplomatie de lui tendre la main, il fallait au moins ne pas la laisser prisonnière entre les siennes. Mais la franc-maçonnerie internationale voulait le voyage de Rome, parce qu’elle en escomptait l’inévilable lendemain.

Ce fut l’irréparable faiblesse de M. Delcassé de lui avoir Oobéi.

Dans un passage émouvant qui a fait vibrer les âmes, il a montré la France mutilée, désarmée, isolée dans le monde ; en face d'elle, le vainqueur s’entourant d’un réseau d’alliances menaçantes. Oui, c’est un poignant souvenir. Mais qui nous a délivrés de loppression douloureuse ? est-ce donc la politique nouvelle ? est-ce l’inquiétant faisceau des alliances occidentales ?

Nul, en France, n'a perdu la mémoire du Jour où,

de Gronstadt à Paris et à Châlons, a couru le frisson du

grand réveil? Souvent, j'ai entendu qu'on demandait

ce que nous avait valu l'alliance russe en échange de

nos millions : elle nous a valu cela, la joie de sentir battre librement nos cœurs étouffés, la joie de montrer, sans peur, notre armée joyeuse et fière de sa force, au souverain qui venait, confiant, la saluer comme une

espérance. Dix ans plus tôt, nous avions subi l'affaire

Schnœæbelé.

Ah ! notre armée! Où sont les chefs qui la condui-

sirent dans les plaines de la Champagne ? Mais comment les nommer sans évoquer les tragiques souvenirs de « l'affaire » maudite ?...

. Avant d'abandonner ma foi aux alliances nouvelles, J attends qu'elles nous aient apporté, au lieu des inquiétudes d'aujourd'hui et des douleurs d'hier, un peu de la joie, un peu de la confiance que nous apporta l'alliance ancienne.

Cependant, oui, malgré tout, malgré toute cette lourde histoire, j'ai applaudi M. Delcassé.

Je l'ai applaudi, parce que sa parole émue, parce que sa seule présence à la tribune fut comme la revanche de ce jour néfaste où, sur un geste de menace, il fut, sans un mot, déposé de sa charge et destilué du droit de parler au nom de la France. Qui d’entre

nous, les ayant souffertes, ayant traversé les couloirs

parlementaires où se pressaient les visages consternés, a pu oublier ces heures lamentables ? Dieu garde ma plume d'en essayer le récit !

Ce jour-là, pour beaucoup, M. Delcassé ne fut plus, pendant un moment, l'homme d’une politique, j'ose dire qu'il ne fut même plus l'artisan de la rupture avec

Rome : il parut l’image douloureuse de l’orgueil natio-

nal abaissé. Voilà pourquoi j'ai applaudi son discours. Si l’acclamation de la Chambre est une résurrection de la fierté patriotique, je n’ai point de regret de m'y être associé.

Hélas! je ne m'en sens point assuré. [1 y a tout au fond de nos cœurs un sentiment inavoué qui dessèche en nous les sources de la vie. C’est la peur de la guerre,

triste héritage des défaites invengées, qui, depuis

Fachoda jusqu'à Tanger, fut le secret de toutes nos défaillances.

Dans ce discours de M. Delcassé, la majorité, désormais liée à la politique où, par lui, la France est engagée, a surtout applaudi l'espoir pacifique dont il a fait comme le refrain de son hymne triomphal. Sait-elle bien, au moins, ce qu'elle acclame ? M. Del-

cassé lui a dit : « Gardez l’armée de vos alliances, une

armée qui ait confiance en elle! » Avertissement mêlé peut-être de remords tardifs ! Quels sursauts dans son ame, tandis qu'il prononçait ces paroles ! Quel souvenir du temps si proche où, tandis qu'il conduisait les périlleuses évolutions de la politique française, il voyait chaque jour près de lui, autour de la table ministérielle, les hommes qui désorganisaient les forces nalionales et qu’il acceptait pour collaborateurs.

J'ai applaudi ces discrets désaveux. La Chambre qui

les applaudissait aussi, les a-t-elle compris ?

Et maintenant, il faut revenir au Maroc, occasion de ce discours retentissant, dont le bruit va bientôt

s'éteindre comme celui d’un épisode sans lendemain. | M. Delcassé en a dit ce que j'en pense moi-même et ce qu'il y a trois jours j'essayais d'expliquer ici même. Je souhaite que tout à l'heure M. Pichon tienne le . même langage, sans se laisser troubler par Îes objurga- : tions imprécises de M. Jaurès, ni tenter par les conseils, trop prudents à mon gré, de M. Ribot. Mon éminent collègue sait toute mon admiration pour sa parole,

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