NOUS
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Au demeurant, il y a une question qui domine toutes les autres, c’est celle de la frontière algérienne, où, tandis que j'écris ces lignes, la bataille est engagée entre nos troupes du Sud oranais et la grande harka marocaine. Là, il ne s’agit plus de l’empire chérifien, ni du peuple marocain : il s’agit de la France. |
Or, cette harka, qui l’a formée, qui la paye, qui la conduit ? Qui, dans l'ombre, la pousse et l’encourage ? Que Moulay-Hafid, pour montrer son pouvoir, lui commande de se retirer et de se dissoudre ! Qu'il rappelle les chefs, ses partisans, qui marchent avec elle ! Que M. le consul allemand, puisqu'il est à Fez, lui conseille de donner immédiatement ce témoignage d'indépendance et de loyauté ! On pourra voir, alors, à s'entendre avec lui.
En attendant, la poudre parle à Bou-Denib. Il y a là un homme sur qui toute la France a les yeux : c'est le général Lyautey. En quatre ans, il a fait avancer la France de deux cents kilomètres dans le Sud, à Bechar d’abord, puis sur la ligne du Guir et jusqu’au Tafilalet, sans bruit et sans combat : il a désarmé la vieille hostilité des Beni-Guil, puis poussé ses reconnaissances jusqu'à la moyenne Moulouïa. Il a fait cela parce qu'il savait ce que sont les tribus du Maroc et comment on peut, par la politique plus encore que par le sabre, profiter de leurs constantes divisions, à la condition d'être fort et résolu : c’est encore ainsi qu'il a terminé si vite, si brillamment, la redoutable affaire des Beni Snassen, parce qu'il en préparait la solution de longue date. |
S'il eût été libre, il aurait pu ainsi, de proche en proche, occuper Taza et, de là, dominer Fez. C'était la clef de la position, et c’est là qu'il fallait, qu'il faudra nécessairement aller la chercher, au lieu d'engager, sans forces suflisantes, sans base d'opération, avec l'Atlantique à dos, la maladroite campagne de Casablanca.
Cela, il est vrai. c'était la méthode des « coloniaux ». Au quai d'Orsay, on en a d’autres. On ne connaît que le maghzen, l'empire chérifien, les conférences et les déclarations de tribune ; on croit, avec des mots et des protocoles, résoudre les questions : on aboutit au ridicule el peut-être au désastre.
Puisse la leçon nous profiter ! Quand le général Lyautey aura repoussé la harka du Sud, qu'on lui laisse au moins sur la frontière algérienne toute sa liberté d'action. Cela vaudra mieux, pour en finir avec l'affaire marocaine, que de patauger dans une neutra-
lité bouffonne, et de se cramponner tantôt au burnous d’Abd-el-Aziz, tantôt à celui de Moulay-Hafid.
P. S. — J'apprends la nouvelle de la brillante victoire remportée par le colonel Alix. Ge succès prévu confirme toutes les idées que j'ai exposées dans mon article. Plus que jamais la clef de la position est sur la frontière
algérienne. Le ministère la laissera-t-il échapper encore une fois, ou, profitant de la force que lui apporte la vigoureuse action de nos colonnes, saura-t-1il enfin, imposer au nouveau Sultan le respect de nos droits ? Voilà la question : il n’y en a pas d'autre.