IT, -— LACRYMÆ RERUM
Après trente-huit ans, pour la première fois, j'ai parcouru de nouveau la voie douloureuse, qui conduisit l’armée du Rhin des enivrements de l'espérance aux désespoirs humiliés de lhorrible sacrifice. J'hésitais devant ce dur pèlerinage, projeté depuis longtemps, dans le dessein d'écrire, pour ceux qui m'ont succédé dans la vie, les souvenirs laissés à mon âme par la cruelle épopée des batailles et du siège de Metz.
Hier, enfin, profitant de l’affectueuse hospitalité d’une belle demeure assise au seuil de la frontière, je m'y suis résolu, en compagnie de deux jeunes hommes, enfants de l’année terrible, pour qui cetle visite à la terre sanctifiée fut comme un renouveau de leur foi patriotique.
Nous arrivions de la direction d’Ars-sur-Moselle, tout préparés aux images douloureuses, par la traversée des champs, où le train qui emmenait en Allemagne les états-majors captifs, fut, par un ordre brutal, un moment arrêté devant les campements misérables de nos soldats prisonniers. L'instant d'après, nous sortions de la gare gigantesque, qui, pareille à la griffe d'un formidable rapace, marque la prise de possession germanique, et, tout de suite, l'émotion commença. Jusqu'au bout, elle allait étreindre nos cœurs.