‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 56 sur 97 · Octobre · texte numérisé non relu

Octobre

Voici les restes de la porte Serpenoise : du sommet

le nom du Prince rouge jette aux arrivants l'évocation

du désastre suprême. Voici Esplanade : là, sous mes yeux, aux derniers jours de juillet, un régiment, par-

tantpour la frontière, passait devant l'Empereur : les

hommes, la tunique ouverte et la poitrine à moitié nue, accompagnaient de leur chant tumultueux la Marseillaise, proscrite encore la veille, et, depuis la déclaration de guerre, apprise en hâte aux musiques militaires’ comme pour rappeler à la vie les soldats légendaires

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A présent, c’est la rue des Cleres. Dans la cour de cet hôtel de Metz, qui s’ouvre à notre gauche, le 29 octobre, à la fin de l’affreuse journée, deux jeunes officiers, sanglés dans leur bel uniforme blanc, les premiers que je rencontrais depuis ma rentrée dans la ville, s’eflaecèrent, pour me livrer passage, corrects, la main à la casquette, el la joie du triomphe écrite sur leur visage : je les ai vus toute ma vie. En face, à l'hôtel de l'Europe, Bazaine, arrivant à Metz, s'était installé pour prendre le commandement du Il° corps. dont la division de cavalerie avait à sa tête le général de Clerembault. J'étais son officier d'ordonnance : je l’accompagnai quand il alla, le lendemain, se mettre aux ordres de son chef de corps. Le maréchal se rasait ; il nous reçut tout savonné et congédia le général d’un mot banal, sans lui demander aucun renseignement, ni lui prescrire aucune disposition. Sur le seuil, nous rencontrâmes le baron de Gargan, l’un des propriétaires des forges d'Hayange : il connaissait le général et l’arrêta

avec un geste désolé : « Depuis trois jours, ditl,.

je viens ici pour avertir le maréchal que la forêt de

Stiring se remplit de Prussiens : il refuse d’y croire. »

Quinze jours plus tard, ïls en sortaient et tombaient à Forbach sur le Il° corps.

Et maintenant voici la place. Du baut de la cathédrale immense, il me semble que va tomber ce glas de La Multe, qui retentit toute la journée du 28, toute la nuit suivante, tandis qu'’erraient, avec des clameurs, les bandes de soldats désarmés, d'officiers exaspérés, d'habitants éperdus, entraînés dans le vain tumulte d’une stérile protestation. La statue de Fabert

se dresse : je ne vois rien d'autre. Est-ce qu'elle n’est

encore, comme le jour terrible, couverte d’un long

voile de crêpe? Est-ce que le son des fifres, aigre et

déchirant, ne va pas encore, comme ce jour-là, éclater en avant d’une troupe qui défile à ses pieds ? J’entraîne mes compagnons sur les marches du socle : je leur fais lire l'inscription fameuse : « Si, pour empécher qu'une place que le Roi m'a confiée ne tombât au pouvoir de l'ennemi, il fallait mettre à la brèche ma personne, ma.famille et mes biens, je ne balancerais pas un instant à le faire ». | |

Elle flamboyait, sous le crêpe, il y a trente-huiït ans, et nous étions vivants! Tout à l'heure, dans le petit musée de Mars-la-Tour, nous verrons: les armes de Metz, avec ces mots en exergue : « Tradita, non capla ; livrée, mais non conquise. »

Nous descendons vers les ponts de la Moselle. Sur lequel ai-je passé le 15 août 1870 ? Le 14, à neuf heures

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