‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 63 sur 97 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

habits civils. Je n’abaisserai pas leur cause à cel argument. Leur droit d'assister en uniforme à la messe est absolu, et l’idée qu'il faille, pour accomplir un devoir religieux, cacher leur vêtement de soldat, est un outrage, aussi bien pour la dignité militaire que pour la liberté de conscience.

Donc, ces officiers allèrent à la messe de la cathé-

drale, le dimanche 8 novembre, comme les autres. IE y avait ce jour-là, à Laon, un modeste congrès de’

Jeunes gens catholiques, désireux d'étudier en commun les œuvres sociales auxquelles ils sont dévoués. L’évêque du diocèse, Mgr Péchenard, dont tout le monde à connu, ici même, la parole sage et mesurée, lorsqu'it y était recteur de l’Institut catholique, était venu de Soissons, pour apporter à ces jeunes gens ses encouragements et sa bénédiction.

IL dit la messe d’onze heures. Les jeunes gens étaient rassemblés dans le chœur, qu'une grille assez haute sépare de la nef. Quiconque à pénétré dans la cathé-

drale de Laon, sait qu'il est très difficile aux assistants

placés dans le milieu de l’église d'entendre les paroles prononcées derrière cette grille. C’est une remarque

que je fais en passant, car je ne veux pas plus m'ap-

puyer là-dessus que sur lhabit civil, pour défendre des hommes qui n’ont point besoin d’excuse.

A l'Évangile, sans monter en chaire, l’évêque parla, de l’autel, s'adressant aux jeunes gens. On m'a dit le sujet de son discours : « La vérité génératrice de liberté, l'erreur génératrice de servitude. » Ce n’est pas, en soi, un sujet politique ; il est vrai qu’en notre temps, il est bien difficile de commenter l'Évangile ou l'Écriture sainte sans heurter en quelque endroit nos députés et nos ministres. Dès qu'il est question de

liberté et de servitude, ils dressent l'oreille comme des coupables qui entendent parler de leur crime. Mais, encore un coup, le texte importe peu dans l'affaire, aussi peu que la difficulté d'entendre. L’évêque fit son sermon, et, quand il eut fini, continua la messe.

Voilà toute l’histoire. Car il n’y faut pas ajouter, comme l'ont essayé quelques-uns, que, dans la journée, parmi les cinq, deux seraient allés, en civil, assister à une séance privée du congrès, où il ne fut queslion, d’ailleurs, que de questions sociales. Je ne sais sils y furent, en effet. Quoi qu'il en soit, aucun règlement ne les en empêchait, et il serait plaisant qu'on leur cherchät querelle, quand il est connu de tout le monde, que des officiers prennent part, dans les loges maçonniques, aux cérémonies rituelles, sans jamais être inquiétés.

M. Tourmentin, dont on connaît les travaux sur la franc-maçonnerie, écrivait hier là-dessus une lettre très instructive :

« La maçonnerie, dit-il, s'adonne de temps en temps à des cérémonies pseudo-religieuses, dites baptêmes ou adoptions maçonniques, reconnaissances conjugales, elc. J'ai été bien souvent témoin de ces fêtes, qui sont en quelque sorte publiques, puisque les maçons peuvent y conduire leurs parents et même léurs amis. Or, il ne se passe pas une seule de ces cérémonies qu'il n'y ait dans l'assistance des uniformes militaires. Mieux que cela, j'ai vu maintes fois ces uniformes embellis ou enlaidis, comme on voudra, des emblèmes maçonniques. »

Cette année même, le Énient maçonnique votait une motion que M. Guiyesse, député du Morbihan et franc-maçon de marque, appelait, en protestant contre elle, Çun reniement de toute tradition patriotique ». La présence d'officiers dans les réunions d’une association qui professe de telles doctrines, paraîtra scandaleuse à beaucoup de gens. En tout cas, comment, après cela, pourrait-on incriminer des officiers catholiques pour être allés à une réunion privée organisée par leurs coreligionnaires, où ils ne peuvent, on le sait bien, entendre que des paroles inspirées par le plus ardent Poe ?

Aussi n’a-t-on pas osé le faire. On n'a rien dit de plus à ces deux-là qu'aux trois autres. Mandés à Paris par le ministre de la guerre, tous ont été accusés du même crime, etce n'est pas d'être allés à la messe, non : les ministres ont l'esprit bien trop large !

Les cinq officiers de Laon ont été frappés, l’un, le colonel, privé de son commandement, les autres déplacés, parce qu'ils avaient entendu, sans sortir de l’église, en signe de protestation, le discours de Mgr Péchenard, outrageant, leur a-t-on dit, pour la république et son gouvernement.

Voilà le motif : il n’yen a pas d'autre. On me l'avait affirmé, et Denys Cochin à, dans une lettre publique, raconté que de ministre de la guerre le lui avait déclaré. Eh bien ! vrai, il y aurait de quoi rire, s'il n’y avait surtout de quoi pleurer.

Voit-on ces cinq officiers, tout à coup, pendant le sermon, se levant, mus par un ressort, parce qu'ils

ont entendu ou cru entendre qu’on parlait de liberté et de servitude, mots interdits par le gouvernement, et allant, sous le porche, prendre le frais, en attendant la fin du sermon ?

Je passe sur le scandale et la surprise des assistants. Les ministres qui ont tourné le dos, en compagnie du président de la République, au moment où, sur les cercueils des victimes de l’Jéna, l’évêque de Fréjus jetait l’eau bénite et prononçait les paroles de l’absoute, me me comprendraient probablement pas.

Mais qui dira le devoir des fonctionnaires, suivant le nouveau code de la bienséance républicaine ? À quel mot, à quel geste, à quelle allusion devront-ils sortir ? S'ils sont cinq, et que l’un juge le mot incorrect, pendant que les autres le laissent passer, ou, comme il arrive même aux meilleurs, écoutent le sermon avec quelque distraction, qui décidera de la sortie? Y aura-

t-il un règlement pour s'évader de l'homélie suivant.

l’ordre hiérarchique ? Puis, l’église, le sermon sont des cas particuliers : faudra-t-il que les officiers se lèvent et sortent toutes les fois qu'ils entendront médire du ministère ? Autant vaudrait les condamner aux arrêts à perpétuité.

Mais c'est assez; la plaisanterie est trop amère. Parlons sérieusement. Mgr Péchenard a, dit-on, prononcé un sermon offensant pour le gouvernement. J'étais d'avance bien sûr que non, connaissant le tact et la modération de l’évêque de Soissons. Lui-même a pris la peine de communiquer à la presse le résumé de son discours : c'est une allocution philosophique

et religieuse, dans laquelle l’évêque, en invoquant les arguments de l'histoire, a démontré que la doctrine

chrétienne à engendré la liberté, et que, partout où

elle a été abandonnée, la servitude a reparu.

« Qui oserait le nier? dit Mgr Péchenard, et qui oserait me contester à moi, évêque catholique, le droit de le dire à une assemblée de jeunes gens entrant dans la vie? »

Je ne me sens pas aussi assuré, quant à moi, qu'il

ne se trouvera pas à la Chambre et ailleurs des gens qui auront celte audace. Mais ce n’est pas la question : c'est un débat où je ne veux pas entrer. Les articles 34 et 55 de la loi de séparation ont été faits tout exprès pour permettre de poursuivre et de condamner les ministres du culte, accüsés d’avoir attaqué les fonctionnaires publies ou les lois existantes. C’est même une des dispositions les plus tyranniques de cette loi de liberté, et elle ne fera, d’ailleurs, certainement pas reculer devant leur devoir les évêques et les, prêtres de France. Qu'on l’applique donc, si on l’ose! Ce sera odieux, mais ce sera légal. Quant aux auditeurs, je ne connais ni loi ni règlement qui puisse les atteindre. M. Briand, dans son ingénieuse prévoyance, n'a pas eu l'imagination si. féconde. |

Alors, faut-il supposer que, n'osant poursuivre l'évêque, parce qu'on ne trouverait pas un tribunal pour le condamner, et parce qu'on a peur du bruit et du scandale, on a mieux aimé se venger de sa parole, en frappant ceux de ses auditeurs qu’on pouvait atteindre dans le silence d’une sentence arbitraire !

Ou bien, comme le prétexte du sermon ne peut pas tenir debout, est-ce donc qu'on a voulu, sans l'avouer

1 rx QE AC RS AT TES

publiquement, punir les officiers de Laon, tout simplement parce qu'ils allaient à la messe? Oui, c’est bien la conclusion nécessaire, et elle est accablante pour le gouvernement.

Mais il y a autre chose encore. Comment a-t-on su que ces officiers étaient I? Aussitôt qu'à Laon l'exéculion fut connue, cette question à surgi de l’universelle indignation.

Mon ancien collègue, M. Ermant, sénateur et maire de la ville, y a répondu par une note où paraît toute la droiture de son âme.

« À aucun moment, a-t:il déclaré, 16e maire de Laon n'a autorisé les agents de la police municipale à abandonner leur service, à quitter leurs üniformes, à drésser des listes ayant pour but de dénoncer les citoyens... »

Ainsi il y avait à la cathédrale des agents détournés de leur service, cachés sous des habits civils, apostés là pour surveiller l'exercice du culté, noter les noms et les gestes, écouter, rapporter les paroles! Ge sont ces auditeurs spécialement qualifiés qui ont apprécié, commenté le sermon épiscopal, jugé qu'il était choquant pour des oreilles militaires ! Ce sont ces espions masqués qui ont dénoncé cinq de nos officiers, des meilleurs, des plus distingués, connus dans toute la ville pour la correction de leur attitude! C’est sur le rapport de cette police secrète qu'on a, froidement, brisé leur carrière, sans souci dé leurs services, du bien de l’armée, de l'intérêt national! Qui a ordonné cet éspionnage ? Qui en fut, à Laon, l'organisateur ?

Qui a condamné les agents municipaux à l’abominable besogne ? Qui a reçu leurs rapports, en leur recommandant d'abord de dire au maire qu'ils n'avaient rien à signaler ?

Je ne m'étonne pas que l’indignation soit générale à Laon, dans tous les partis. Un journal qu'aucun de ceux qui connaissent la région n’accusera de cléricalisme, le Républicain de La Fère, écrit : « C’est donner une prime à la délation que de sévir contre des officiers, sur les dénonciations de policiers et de casseroles. »

Voilà ce que diront à la Chambre les interpellateurs de demain. Hélas! je sais trop bien aussi ce qu'on leur répondra. Les mots funestes reparaîtront, éternels instruments de la tyrannie, appâts jetés à la passion des sectaires : la défense républicaine, le danger clérical, l’'épuration de l’armée, la jésuitière! Déjà la Lanterne a rédigé l’article ; et l'arbitraire, et la surveillance de la police, et l’inquisition du préfet, et la violation des consciences étant ainsi abrités sous le pavillon rajeuni de M. Combes, la Chambre se déclarera confiante dans le gouvernement pour extirper de l’armée les derniers restes du cléricalisme.

Des hauteurs où nous avait portés l’élan patriotique du mois dernier, nous retomberons, là. dans cette lamentable ornière, où la franc-maçonnerie couche et traîne depuis tant d'années notre malheureux pays. Une fois de plus nous saurons que la secte haineuse et perfide tienten sa puissance les ministres etles députés, ceux-là même qui prétendent le plus hautement à l'indépendance de leur pensée, et qu'elle nous condamne irrémédiablement à nous dévorer dans l'horreur des discordes religieuses.

L’Autriche peut mettre le feu à l'Orient, l'Allemagne et l’Angleterre peuvent se défier dans une redoutable rivalité, la Russie peut répondre à l’appel des peuples slaves, l'Italie peut se soulever dans une fièvre d’affranchissement, nous pouvons sentir passer sur nos fronts le souffle brülant de la guerre prochaine. La” persécution continue son œuvre impitoyable. Rien n'y fait !

Éd ati bi

IL = PÉTAT"EAIOUE

IL faut revenir un peu sur la séance de vendredi

dernier, où fut discutée l'affaire des officiers de Laon.

De la mesure prise contre eux, tout, il est vrai, a été dit. Moi-même, au moment où elle fut connue, j'ai exprimé mes sentiments?. À la tribune, mon éloquent ami de Ramel l’a montrée, dans un ferme et beau discours, telle que je l’avais vue au premier jour, odieuse et ridicule à la fois, avec son cortège humiliant de rapports secrets et de dénonciations policières. Je n'ai rien à ajouter et je ne parlerai pas non plus du vote qui termina l’interpellation : cette bassesse était

prévue.

Mais je veux relever l'espèce de doctrine derrière laquelle M. le général Picquart et M. Clémenceau essayèrent d’abriter leur abus de pouvoir.

Sous prétexte que la messe à laquelle assistèrent les officiers de Laon était célébrée pour un congrès de jeunes catholiques, M. le général Picquart s’est attaqué

à l'association dont ces jeunes gens font partie, cher-

chant dans les tendances, parfaitement avouées, de cette association, la justification de sa conduite.

Que l'argument ne prouve rien, cela saute aux yeux. Cochin a appris à la Chambre qu'on pouvait

assister à une messe dite pour une cérémonie spéciale,

5 février 1909.

RENSCDL2TO.

sans participer à la cérémonie elle-même, comme il advint à M. le général Picquart, entré à la Trinité pour écouter la musique, et entendant un sermon.

Laissons donc là les officiers, purement et simplement victimes de la persécution maçonnique, et venons droit à la thèse au nom de laquelle M. le général Picquart a dénoncé l'Association catholique de la Jeunesse française. C’est proprement la thèse que j'appelais, l’autre jour, à propos des funérailles du cardinal Lecot, l'impiété d'État.

Pour montrer la sûreté de ses informations, M. le

ministre de la guerre a parlé « des auspices sous. lesquels fut fondée l'Association ». Je suis obligé de me reconnaître parmi ces « auspices », ayant en effet. participé, il y a quelque vingt-deux ans, à la création de: cette grande Association, et lui demeurant très fidèlement attaché. C’est pourquoi je demande la parole. Donc, après avoir consulté les « auspices », M. le ministre de la guerre a découvert que lAssociation catholique de la Jeunesse « pouvait être qualifiée de oroupement politique destiné à battre en brèche l'État laïque, tel qu'il est actuellement constitué ».

La. définition manque assurément de cette imperatoria brevilas qui est la marque de l’éloquence militaire. Maïs, telle qu'elle est, je la trouve excellente, parce qu'elle pose très bien la question, beaucoup mieux même que ne le croit, sans doute, M. le général.

Voici, en effet, bien établi, par la bouche d’un des. membres les plus représentatifs du gouvernement, un point fondamental : il s'agit, dans l'accusation d'inci-

visme portée contre l'Association de la Jeunesse, non de la république, mais de l'État laïque : et, comme M. le général Picquart sent très bien que cette désignation est, en elle-même, vide de sens, il a bien soin d'expliquer sa pensée, ce dont il convient de le remercier grandement. Il s'agit de l’État laïque « tel qu'il

est actuellement constitué »

« Actuellement », c'est-à-dire sous le principat de M. Clemenceau, avec tout l’ensemble de lois, de décrets, de circulaires, accumulé durant trente années de gouvernement antichrétien, avec le divorce, l’école sans Dieu, la proscription des religieux, l'expulsion des Sœurs, la spoliation des églises. C’est actuellement tout cela qui « constitue » l'État laïque, — M. le général Picquart l'entend bien ainsi : car ce dont il se plaint, c'est justement de la « résistance aux lois », et ayant, avec cette remarquable précision, déterminé le terrain. 11 accuse l'Association de la Jeunesse d’être destinée à le « battre en brèche ». Il a tout à fait raison, et. même, ce n’esi pas assez dire. Battre en brèche s'entend, comme le sait très bien M. le ministre de la guerre, du tir préparatoire qui précède l'assaut. Mes jeunes amis n’en sont plus là : leurs colonnes d’attaque sont déjà en marche. Je l’avoue et je ne pense pas qu'ils me reprochent de démasquer ainsi leurs opérations.

M. le général Picquart a cité quelques paroles d'Henri Bazire, exhortant ses compagnons à l’action électorale, et il en a conclu qu'ils forment « un groupement politique ». Assurément ! et, ce faisant, ils usent du droit absolu qui appartient à tous les citoyens, dans un pays libre. M. le général Picquart voulait-il que Bazire les exhortât à l'insurrection ?

Car il faut parler net. On croit avoir tout dit, quand, d’un geste dramatique, on à montré les gens du doigt, en s'écriant, avec une vertueuse indignation : ils font de la politique ! Où est le crime ? où est l’illégalité ? Tout le monde fait de la politique : M. Mascuraud, sous prétexte de commerce et d'industrie, et le Grand- Orient, sous couleur d’humanitarisme. L'Association de la Jeunesse use de la même liberté.

Ces jeunes hommes, blâmés par les uns, approuvés par les autres, dont je suis, déclarent très haut, qu'ils se tiennent sur le terrain constitutionnel. Un gouvernement établi sur le suffrage universel ne peut prétendre à rien de plus. C'est une idée exorbitante, d'inspiration purement jacobine, de déclarer intangible la constitution actuelle de notre état démocratique. L'exercice de la liberté consiste Justement à travailler par les moyens légaux, à modifier son esprit, sa direction et sa législation. La jeunesse catholique ne fait pas autre chose: elle veut changer les lois, pour en effacer le caractère antichrétien, et chasser du pouvoir les hommes qui les font, pour lies remplacer par d'autres capables de donner à leurs consciences les satisfactions qu'ils jugent nécessaires.

M. Clemenceau, attardé dans les vieilles formules. appelle cela « faire de la politique sous le couvert d'actes religieux ». Il n’y a pas de couvert : il y a tout. simplement, en face d'une politique faite d'actes antireligieux, une politique faite de revendications religieuses. |

Dans le monde entier, dans les monarchies comme

où RER LL RENE

dans les républiques, des associations s'organisent, agissent, luttent au grand jour pour la conquête ou la garde des libertés catholiques. En Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis, elles sont mêlées journellement à toute la vie publique. Pourquoi la France est-elle seule exclue de ce droit commun des consciences |

Il y en à une raison, et qui est, au fond, toute la question. C’est qu’en France, et en France seulement, parce que le despotisme de la Maçonnerie y étouffe toutes les idées de liberté, toutes Les conceptions de la civilisation qui pénètrent le reste du monde ; les hommes qui gouvernent traitent en ennemie l'Église catholique, et avec elle, tout ce qui se réclame de son nom et de son patronage. M. Clemenceau l’a dit aux électeurs du Var : « L’ennemi, c’est le papisme ! » Gambetta disait, le cléricalisme. Pratiquement, c’est la même chose, la guerre aux croyances catholiques.

Dans la séance de vendredi dernier, M. le président du conseil a éclairé, d’une parole imprudente, toute cette situation. Voulant marquer son libéralisme, il à dit : « L'officier peut aller dans une Loge comme à l'église ». Voyez la largeur d'esprit ! Seulement, quand les officiers vont à l’église, et qu'ils y entendent un sermon qui déplaît aux policiers du préfet, on les met en retrait d'emploi. À la Loge, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ce n'est pas, j'imagine, des oraisons : c’est, uniquement, exclusivement, assister à des délibéralions, écouter des discours, dont la guerre acharnée contre le christianisme est le seul objet. On ne les

punit pas ; au contraire, à l’heure même où ceux de

Laon sont frappés pour avoir assisté à la messe du congrès catholique, les journaux racontent qu'un

capitaine, en activité de service, est membre du Gonseil de l’ordre du Grand-Orient, et préside en uniforme les «tenues » maçonniques du département où 4l est en garnison. |

« L'état laïque » est là, tout entier, « del qu'il est actuellement constitué », suivant la décisive expression de M. le général Picquart. Nous voulons que cela change. Voilà notre politique.

Dans cette lutte pour la liberté des consciences, rencontrerons-nous des alliés imprévus ? C’est la question que pose l'intervention de M. de Pressensé : fûüt-elle autre chose que l'éclat d'une rancune personnelle ? annonce-t-elle la rupture de deux hommes ou la déchirure d’un parti ?

Son discours fut assurément éloquent : la revendication qu'il fit de son passé libéral, l'hommage qu'il rendit au grand cardinal Manning, en rappelant le tribut d’admiration offert en d’autres temps. ne furent pas sans noblesse. Mais de fàächeux souvenirs, je l'avoue, me gâtèrent le morceau. Ge grand souci de la liberté religieuse eût paru plus sincère, alors que siégeait, au banc ministériel, un chef de gouvernement cher à M. de Pressensé et à ses amis, qui nous accablait de ses lois de dure proscription. Les socialistes perdirent, alors, une belle occasion de marquer courageusement leur respect.des consciences.

M. de Pressensé a paru répudier la politique anticléricale : il a parlé de la Séparation comme du moyen, longtemps espéré, d’y mettre un terme. Le parti socialiste, a-t-l dit, n'aime pas à s’y associer : il

COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI 290 compte en Angleterre des frères d'armes profondément religieux. et, chez nous, elle a trop longtemps servi de paravent à l’inaction sociale.

Cela est fort bien dit. Il est vrai, le projet de Séparation dont M. de Pressensé a revendiqué la paternité. contenait un article interdisant aux catholiques de se rattacher à la juridiction d’un évêque qui aurait son siège à l'étranger. C'était d'un mot, en supprimant l'autorité du Pape, anéantir la liberté de l'Église. Singuhier moyen de mettre un terme à l’anticléricalisme f H est vrai aussi que, si, comme il l’assure, nul, parmi les socialistes anglais, ne «songe à demander compte à ses camarades de leurs opinions religieuses », en France, M. de Pressensé et ses amis ont été, jusqu'ici, les complices les plus actifs, les inspirateurs les plus ardents de la guerre faite aux catholiques. De 1898 à 1906, ils lui ont sacrifié toutes les réformes sociales : personne n’a plus largement usé du « paravent anticlérical. »

Est-ce fini ? Mon collègue, M. Steeg, pleure hier malin dans l'Action sur celte funeste journée, .où il vit, «avec une indicible tristesse, la ruine de quelque chose qui fut grand et qui n'est plus ». M. Steeg doit être informé : ilest « vice-président du comité exécutif du parti radical et radical-socialiste. » Un si grand titre donne du poids à sa douleur. Un avenir prochain nous montrera les effets de cette ruine.

Bientôt les projets tyranniques de M. Doumergue et de M. Dessoye, contre le droit des familles chrétiennes,

vont veniren discussion. Ce sera le moment pour les

socialistes de manifester pratiquement leur amour -de la liberté et leur respect des consciences. Nous les attendons là.

Page 1