‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 70 sur 97 · PURE · texte numérisé non relu

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presque toujours fixé au lundi, où il a tous les inconvénients que vous pouvez deviner. Quand on voudra

sérieusement que le repos hebdomadaire soit une ga-

rantie de la vie familiale, on décidera la fermeture obligatoire de tous les magasins, le dimanche, au plus tard, à midi. Il n’y x pas d'autre solution.

Mais cela est du domaine législatif ; je ne parle ici que de notre domaine, à nous, simples particuliers,

et de ce que nous pouvons faire par notre propre ini-

tiative.

Voilà donc le dimanche du marmiton. La messe, il n’en peut être question, naturellement, et tous ces enfants, qui ont des âmes semblables aux nôtres, qui sortent souvent de familles chrétiennes, n’ont aucun moyen d'accomplir leur devoir religieux : il a fallu que, pour eux, à la prière de personnes généreuses touchées du sort de ces malheureux, le cardinal Richard autorisät au moment de Pâques une messe de minuit ! ;

Eh bien! que pouvons-nous faire ? C’est très simple : à peine un sacrifice !

En deux mots, il suffit que les maîtresses de maison tiennent la main à ce qu'aucune fourniture d’alimentation ne soit reçue chez elles, le dimanche, après dix heures du matin. Ce n’est pas la retraite au désert ! |

Avant d'écrire, j'ai pris mes süretés : je me suis. informé à bonne source, et j'ai acquis la certitude qu'il existe soixante espèces de gäteaux excellents, qui le sont encore le soir, ayant élé apportés le matin. Soixante ! il y a encore de beaux jours.

Même le vol-au-vent, même la timbale, même la bouchée à la reine, les grandes objections enfin, ne tiennent pas devant l'enquête : on peut les conserver jusqu'au soir! Vous voyez, Mesdames, que j'ai pensé à tout.

Ah ! il y a.le lait, les œufs, la crème nee J'y ai pensé aussi. Nous ne sommes plus ici dans le domaine des petits marmitons. Les employés de la crémerie forment une catégorie de travailleurs, tout à fait spéciale et intéressante, où les habitudes familiales sont encore à peu près conservées, malgré toutes les influences morales et économiques qui, du dehors, s'efforcent de les détruire.

Mais le travail commence de bonne heure, dès quatre

heures et demie ou cinq heures du matin. Le patron donne l'exemple, se lève avant les autres, souvent à trois heures, pour mettre le lait en bouteilles. Puis, les employés les portent à domicile : tout le monde, même les ouvriers, veut trouver son lait à la porte de son appartement ou de sa chambre.

Le dimanche, le portage peut être fini avant midi, et, pour les œufs comme pour le lait, la difficulté est résolue. Mais la glace, et surtout, surtout, la crème fouettée, sujet des plus graves débats ! comment faire ?

J'ai eu le plaisir de m'entretenir avec un certain. nombre de patrons crêmiers, non des moindres, qui, pour m'éclairer, avaient bien voulu répondre à mon appel. Ge fut une séance très intéressante, où j'ai recueilli d'instructives révélations. Ces Messieurs furent unanimes. Hs se déclarent prêts à livrer, dans la mati-née du dimanche, cinq kilos de glace pour trois, de manière que le soir elle soit encore sulflisante. Quant à la crème fouettée, mon Dieu! c’est comme les vols-au-

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vent du pâtissier ; ils affirment qu'elle peut être con-

servée jusqu'au diner, si les cuisinières y consentent : on assure, il est vrai, qu'il en est d’exigeantes.

Voilà donc les employés du crémier libres avant midi, aussi bien que les marmitons, les magasins fermés et le repos assuré, uniquement par l'initiative de

la clientèle ; et au prix d’un effort presque insensible

de sa part.

Je n'ai parlé que de ceux-là, parce que ce sont les exemples les plus frappants.

Il reste le boulanger, l’épicier et le boucher. Sur

celui-ci il y aurait beaucoup à dire: je ne le pour-

rais pas aujourd'hui, sans abuser de mes lecteurs. J'y reviendrai et on verra que les dix mille garçons bouchers, enfants et jeunes gens, qui peinent dans Paris, méritent autant de pitié que les marmitons.

Le dimanche, les boucheries ferment à midi et demi environ, le personnel n’est libre qu'à deux heures. Repos tronqué et point de liberté religieuse : on m'a cité des Jeunes bouchers demeurés chrétiens, qui font, par permission spéciale, leurs Pâques le vendredi saint, seul jour où les boucheries soient presque toutes fermées.

IE y a peu d'années, on déclarait que cette fermeture à midi, elle-même, était impossible. C’est fait : on s’y est habitué très bien. Quand la elientèle voudra acheter ou faire livrer les commandes le samedi. elle obtiendra le repos du dimanche complet.

Pour l’épicerie, ce sera la même chose. Toute l’Angleterre vit ainsi et ne s’en porte pas plus mal.

Enfin, le boulanger ! Là, oui, je le reconnais, il faut consentir, le pain étant livré le dimanche matin, à le manger, le soir, rassis ou un peu moins frais : voilà le sacrifice réclamé par le devoir chrétien et social. Est-il au-dessus de nos forces ? Qui ne S'y résigne, par nécessité, à la campagne ?

Je sais bien que tous les patrons pâtissiers, crémiers, boulangers ne fermeront pas du premier coup leurs magasins, et que, comme il arrive toujours, les plus humains seront, par la concurrence, victimes des plus durs. C’est la grande raison de la législation sociale, le grand argument en faveur de l’obligation.

Mais, en attendant, la clientèle riche, par sa propre action, à une puissance énorme, qu’elle peut faire sentir en posant ses conditions, et en marquant ses préférences dans le choix de ses fournisseurs.

Elle tient ainsi dans les mains presque toute la grande réforme sociale dont le repos du: dimanche, assuré par les achats du samedi et les livraisons de la matinée, est la condition fondamentale, et qui atteint, au vif, en portant le remède dans le cœur même de la plaie, la désorganisation de la famille et la corruption de la jeunesse populaire.

J'ai dit la journée du marmiton et le martyre de ses courses. Il faudrait un autre article pour le suivre, quand il rentre, dans les laboratoires où il travaille, « cavernes obscures, véritables foyers pestilentiels », écrivait, en 1905, M. Louis Thiery, ancien président de la Chambre syndicale des cuisiniers de Paris : il en faudrait un autre pour étaler sous vos yeux, Mes-

dames, la misère de son logement. C’est à pleurer ! Ici, des chambres de trois mètres de côté, où dorment six ou huit apprentis ; là, des dortoirs empoisonnés d'émanations fétides, ou des rez-de-chaussée détrempés par l’eau qui suinte à travers le sol, presque partout des lits occupés par deux enfants. Lisez les enquêtes. « Le couchage des apprentis est scandaleux », dit le rapporteur du Conseil supérieur du Travail. Et M. du Maroussem cite, sur «les réduits où ils sont entassés », des faits abominables.

J’ose demander à mes lectrices de méditer un moment là-dessus et d'examiner, dans leur conscience, si, comme dit M®° la baronne Brincard, l’une des plus ardentes propagatrices de la Ligue d'acheteurs, leur devoir le plus certain n’est pas de «faire sentir aux patrons que leur clientèle ne se borne pas à demander des plats savoureux, mais qu’elle entend aussi leur imposer l'hygiène morale et physique de leurs employés. »

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