‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 82 sur 97 · I. 17 juin · texte numérisé non relu

I. 17 juin

drait-il9 Il lui faudrait avouer qu'il recule devant les brutales conséquences de ses doctrines. Mais aussitôt

ses amis crient à M. Clemenceau : « Relisez-vous ! » et

M. Clemenceau, à son tour, reste muet. Que répondrait-il, lui aussi, qui ne füt un aveu plus cruel encore ?

En revenant de la séance, j'ai ouvert au hasard cette « Mêlée sociale », où le journaliste d'hier, premier ministre d'aujourd'hui, à réuni tant d’articles brillants, tour à tour émouvants et rudes, écrits au courant du drame contemporain.

Du premier coup, par chance singulière, je suis tombé sur cette phrase lapidaire : € La paix imposée par la force, tous les régimes la donnent avec des gendarmes. La paix de la liberté, la paix de la justice, c'est ce que la République avait promis. Ce Jour n’est pas encore venu ! »

M. Clemenceau devinait, il y a treize ans, sa propre

: histoire. Peut-être, tandis qu'il répondait à M. Jaurès,

le souvenir de cette lamentation revenait-il à son cesprit ! Peut-être aussi songeait-il à ces affaires d’Aubin et de La Ricamarie, bien autrement tragiques que celle de Draveil, dont tous les hommes de mon âge ont gardé la mémoire, et qui, en 1869, semblables à un glas funèbre, furent la réplique brutale des colères popurlaires aux tentatives libérales de l'Empire expirant.

Il n’y eut pas d'interpellation au Corps législatif. On élait au mois d'octobre, et la session n'était pas encore commencée.

Mais à défaut d’un discours ministériel, le Journal officiel, ayant fait le récit des faits douloureux (16 morts et un bon nombre de blessés), en tira la morale politique. M. Clemenceau aurait pu la lire à la tribune :

« Plus la liberté est grande, plus le respect de la loi devient obligatoire, et plus la répression de tout acte qui trouble la sécurité publique doit être énergique. »

L'Empire donnait la paix du gendarme. C'était sa raison d’être. Mais la République !

Évidemment, un gouvernement ne peut pas « laisser briser les automobiles, rançonner les voyageurs, et assommer les gens à coups de matraque ». M. Clemenceau le dit et il a raison. Seulement, il Le dit avec quelque embarras, en couvrant de fleurs les soldats qui, sans répondre, se sont laissés insulter, menacer et frapper. La paix du gendarme le gêne : on sent qu’il pense à celle autre paix que la République avait promise, et dont le jour n'est pas venu !

La faute en est, ditl, à « l’état d'esprit » qui appelle la violence. Ah! oui, voilà le mot liché et nous sommes d'accord. Il à, au fond de toute cette barbarie, un état d'esprit. Qui en est responsable ?

Il y a deux ans, des pauvres gens s’élaient fait tuer par les gendarmes, pour défendre lcurs églises, attaquées el envalries par bles agents du pouvoir. C'étaient des humbles, des travailleurs, comme ceux de Draveil, L'un d'eux, Regis, fut massacré tandis qu'il essayait, en tournant aulour d’un arbre, d'éviter les balles. Un autre, Ghysel, tomba dans l'église, au pied de lautel. Des paysans, à Champels, furent cruellement blessés : combien d’autres, dont on n’a pu faire le compte, furent frappés dans ces bagarres quotidiennes! Combien, vielimes ignorées, n'ont jamais guéri des coups dont ils, furent roués par les gendarmes et les policiers !

Or, en ce temps-là, ni M. Clemenceau, ni M. Jaurès, ne protestèrent contre ces barbaries : tous les deux furent d'accord pour accabler les victimes, pour flétrir les « fauteurs de guerre civile ». Il n’y eut même pas un commencement d'enquête, point d'instruction, point de poursuites. La paix de la liberté, la paix de la

. justice, nul n’y pensa. La paix du gendarme se fit sur * Rs le corps des catholiques. |

è Dimanche dernier, à Rennes, M. Clemenceau évoqua __ légèrement cette histoire d'hier. « Miracle! s'estil

écrié : car nous aussi, nous faisons des miracles! La Séparation n’est même plus un sujet de conversation. »

Hélas ! ïl a fait rire avec cela les cousinset les jolies cousines de Bretagne, tandis qu'il distribuait les décorations el les palmes, cent quinze en une demi-heure ! M. Clemenceau aurait bien tort de se gêner :et il ne se £ oène pas, en effet. À table, ayant ainsi charmé les bons 5e cousins, et du geste salué les frères vendéens, il parla | se de la république, comme le philosophe de la « Mêlée sociale » : « Notre république, dit-il, est une république

- libéral. Non seulement nous n'avons pas d’ennemis

à gauche, mais noush'avons pas d’ennemis du tout. »

Ce recueil de maximes est du 7 juin. Le 8, les jour-

naux publiaient l’information suivante : « M. Clemen-

ne ceau vient d’ordonner la fermeture de quarante-neuf établissements d'enseignement libre. »

Voilà l’état d'esprit ! La république est ouverte à tout le monde, excepté aux maîtres chrétiens. La tolérance s'étend à tout, excepté à l'Évangile et au catéchisme. Le gouvernement n’a pas d’ennemis, excepté les parents qui veulent faire élever leurs enfants chrétiennement. |

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ouverte. La tolérance est le premier devoir d’un esprit

Ainsi la paix du gendarme s'établit dans les âmes comme dans la rue. Les bons cousins ont quelques raisons de le savoir; ils en auraient davantage pour ne pas l’oublier.

Mais, tout l’art de la dictature est de cacher le dé-

sordre moral sous l'apparence de l’ordre matériel. Le gendarme est l’exécuteur de cette politique, et les honnêtes gens en sont les complices inconscients ou volontaires. Nous les importunons ävec nos écoles et nos églises : c'est de l’histoire ancienne, à peine, comme dit le maïître, un « sujet de conversation ». La grande affaire, c’est qu’on ne bouscule pas les automobiles et, pour cela, il n’y a encore que M. Clemenceau. . Sa besogne, il est vrai, ne va pas sans quelques accidents. On ne fait pas d’omelette, dit l’autre, sans casser des œufs. Tant que les œufs sont des braves catholiques, respectueux des lois lorsqu'elles ne violent pas leur conscience, c’est au mieux. Mais il arrive que l’omelette pacifique se fait aussi avec les os des ouvriers grévistes. Alors ce sont des cris de colère. « Vous êtes P’anarchie ! »

Nous le pensons aussi et depuis assez longtemps. Seulement nous n’aimons pas à le dire, étant par état, et même quand il s'établit contre nous, les amis de l’ordre légal.

Ces grévistes, d’ailleurs, commettent d’insupportables violences : nous le savons mieux que personne. La loi divine commande de respecter le bien d’autrui et c'est même pour préserver les automobiles et les chauffeurs la meilleure des garanties.

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Mais la loi divine! il n’en faut plus. Notre société démocratique a pris pour devise : «Ni Dieu ni maitre ! » Je l’ai entendue formuler, tout simplement à la tribune, un jour de cette année, par je ne sais quel député, sans que cette tranquille exhortation à l'anarchie

soulevât la moindre protestation.

Imaginez là-dessus « l’état d'esprit », comme dit M. Clemenceau, des ouvriers grévistes. Ce ne sont pas seulement les meneurs, venus de Paris, les unifiés et les bourgeois de la Confédération générale, qui les surexcitent : c’est l’'évangile que leur prêchent les ministres et les députés.

On leur parle de la loi ? Quelle loi? Celle de M. Clemenceau ? Pourquoi pas celle de M. Griffuelhes ? Le droit, le respect de la propriété? Mais puisqu'il n'y à ni Dieu ni maître, où est le fondement du droit? où est le titre du propriétaire ?

Donc, ces malheureux à qui, depuis vingt-cinq ans, on apprend qu'il n’y à pas de Dieu, s’insurgent aujourd'hui contre le maître. [ls ont tort, c’est entendu. Les gendarmes cognent, c’est leur fonction. L'affaire, en cet état, vient devant la Chambre. Anarchie ! s’'écrient tout d’une voix M. Jaurès et M. Clemenceau. Ils ont raison tous les deux. C’est la logique du régime.

Car il y a plusieurs sortes d’anarchie. La pire n’est

pas celle qui trouble la rue, qui menace les propriétés,

et qui moleste les passants. Celle qui, par l'exemple et par la doctrine, égare les esprits, corrompt les âmes et

livre les cœurs à toutes les passions de la haine et de l’égoïsme, celle-là est autrement redoutable.

Cette anarchie nous dévore : elle est l’œuvre de tous ceux qui, depuis un quart de siècle, travaillent à effacer de l'âme française les traces de l'éducation chrétienne.

Donoso Cortès, dans son immortel discours sur la

dictature, a dit : « Quand le thermomètre religieux

baisse, le thermomètre politique monte. » C'est une parole très profonde. Elle signifie que, lorsqu'un régime prétend asseoir la paix sur la guerre religieuse, et le respect des lois humaines sur le mépris des lois divines, il n’a plus, pour se défendre, d'autre recours que la force, qui est le dernier mot de la politique. La barbarie dans la révolte engendre nécessairement la barbarie dans le châtiment. La Commune offrit, de cette vérité, un terrible exemple. Nous y retournons.

Ces propos, je m'en rends très bien compte, sont hors de saison. M. Clemenceau a terminé son discours l’autre jour par une phrase qui fut saluée, dit Officiel, de « vifs applaudissements sur un grand nombre de banes ». Il à demandé qu’on le soutint «dans la lutte contre les révolutionnaires qui veulent le désordre et la violence »,

et qu’on l’aidât à faire « l’ordre légal pour les réformes

contre la révolution ». Toutes les fois qu’un gouvernement parle de révolutionnaires et d'ordre légal, il est sûr d’avoir avec lui au moins tacitement ce qu'on appelle à Paris l’opinion. C’est ce qui est arrivé. Songez qu'on était à la veille du Grand-Prix ! Done, c’est entendu, nous luttons contre la févolution et pour l’ordre légal.

Pres en jusqu'à présent, il y en a deux en.

cours : le rachat de l’ Ouest et l' impôt sur le revenu | I

v: avait bien aussi la suppression des conseils de guerre, :

mais M. le général Picquart ayant l’autre jour protesté avec véhémence contre un socialiste qui se permettait de les critiquer, il n ‘est plus question de cette ré Ÿ

forme-là. en nu . =

Restent le rachat et Pinpôt sur le revenu, les déus à grands chevaux de bataille du socialisme révolution- 4 =. Ps ‘naire: l'ordre légal et la lutte contre la révolution vont. servir à cela, c'est-à-dire à faire, comme a dit M. Prevet au Sénat, « le lit du collectivisme ». Te Nous nous y couchons bien tr anquillement, bercés . : Fe le paix du gendarme : nous sommes déciéinent de . Fee bien br aves gens !

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