‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 4)Chapitre 20 sur 58 · ALLOCUTION PRONONCÉE V LA DISTRIBUTION DES PRI · texte numérisé non relu

ALLOCUTION PRONONCÉE V LA DISTRIBUTION DES PRI

DE LÉCOLE LIBRE DE S\SSETOT-LE->[VUCONDUIT

(Sei>e-I>férielbej

a l,"occasion l)v défaut des religieuses expulsées de cette école

par décret de m. combes

(AOCT 1908)

Mesdames. Messieurs.

Mes E^FA^TS.

.lavais accepté avec cmpressemeiil. pour lépoïKlre à 1 invitation qu'avait lîien voulu niadresser le comité (le Fécole libre de Sassetol. rhoiiueur de présider aujourd'hui celte distribution des prix. J'étais heureux de saisir cette occasion pour marquer mou attachement à votre beau pays, auquel m'unissent, désormais, des liens si puissants ', et f(iii m'olTre chaque année la

1. Le chtileaii de Sasselol-le-.Maiitondiiil appartient à M. le (Ointe et à M"'" la comtesse Henri de Muii. M. VIbert Perquer. père de la comtesse Henri de Mun et de qni elle tient le cliàtean, était mort au mois de janvier iqo-j.

agO COMBATS D UlEK KV DAUJOLRd'iI L I

dovicour (liiii i('|îos ])l('iii (le cliiinncs ; heureux aussi d'apijorler à celte école un lémoij^nage de ma vive et chiélieiiue sympathie, de payer un Irihnl dhommages à la mémoire de sou foudaleur si ret>i('llé. mon excellent ami M. Albert Perquer, et en massociant à la lé<>itimc salisfaclion des jiarenls chrétiens, joyeux de couronnei' leuis |ietits enfaids, de me Joindre à eux pour exprimer en leui- nom Jiotre respectueuse atleclion aux humbles et ferventes leligieuses (|ui, de])uis tant ([années, se dévouent ici à leur tâche avec un zèle si touchant et un si grand succès.

Je venais ici le cœur rempli de ces sentiments, ayant à la bouche des paroles toutes prêtes de bonheur et de confiance, croyant prendre simplement ma part d'une aimable et paisible fête de famille, célébrée dans une tran(piillc indépendance par ime population assurée du libre exercice de son droit le plus respectable, celui d'élever ses enfants comme elle le veut.

Brusquement, tout a changé : au lieu d'une fête, c'est un deuil ; au lieu de la joie, c'est la tlouleur ! Tout à l'heure, pendant que ces enfants, dans rinsouciante innocence de leur âge, s'amusaient et nous amusaient avec elles, ime angoisse serrait nos cœuis. et, dans un moment, quand elles vont embrasser leurs maîtresses aimées, avant de passer le seuil de l'école, elles fondront en larmes dans leurs bras, et leurs })arents pleureront avec elles.

Et moi, ce ne sont plus des paroles de confiance et de paix que je puis apporter ici : ce sont plutôt des cris de colère et d'indignation ; ce n'est même plus seulement l'ami, le visiteur de passage, qui peut vous parler, c'est le représentant du pays, investi, par là même, et par l'expérience de sa longue carrière, d'une respon-

sabilité à laquelle il ne s'est jamais dérobé, et qui a le devoir de faire entendre en son nom et aux vôtres une énergique, une ardente protestation.

Pourquoi tout ce ehangement. ce deuil, ces larmes et ces colères P Mon fds vous Ta dit dans un langage que jai été fier d'applaudir : parce qu'il a plu à un ministre sectaire, poussé par une majorité de socialistes révolutionnaires, exécuteur des volontés d'une poignée de franc-maçons, d'abuser de son pouvoir pour ordonner aux bonnes sœurs de sortir de cette maison, qui est une propriété privée, où elles demeurent parce que le l)ropriétaiie les y a placées, d'abandonner l'œuvre à laquelle elles sont attachées parla volonté de la majorité de la population, 'et de f[nitter un pa\s où dcjjuis vingt-cinq ans elles exercent la charité avec un dévouement qui ne s'est jamais démenti. C'est un acte de violence inqualifiable, de criminel arbitraire, accompli sans motif, sans droit, en opposition avec les lois du pays, sans autre raison que la haine du christianisme.

Je dis : sans motif. Est-ce que je me trompe? Je le demande à la population qui m'écoute. Qu'a-t-on à l'cprocher aux bonnes sœurs? De})nis vingt-cinq ans, on les voit ici à l'œuvre, faisant le bien, donnant l'exemple de la piété et de l'humilité, élevant les enfants dans la foi qui est celle de leurs parents, formant pour le pays des femmes chrétiennes, de bonnes épouses, de bonnes mères de famille, connues, aimées des pauvres auxquels elles se dévouent. Quel est leur crime? le crime qui leur vaut aujourd'hui ce châtiment barbare et inhumain, d'être chassées comme des malfaiteurs de leur demeui-e et de leur pays d'adoption, arrachées comme des indignes, à leurs œuvres et à leurs travaux?

99?- COMBATS D hii:r i;i d mjolud hui

Esl-cc que ces (ihi\ rcs éhiieiil inlcrdilcs j)ai' la loi!' Nnllcmoiil. La loi (jui iv^il dans noti-o pays Iciifieignomenl |)riiiiaiit'. depuis dix-scpl ans, la loi de 1886, ffui a élc faite non j)as par des cléricaux ni par des réactionnaires, mais par des républicains comme Jules l^'erry, celte loi consacre, dune manière absolue, le droit pour les particuliers d'ou\ rir des écoles libres, sous certaines conditions que vos sœurs avaient remplies.

Est-ce que, dans Texei-cice de ce di'oit. elles alta- ((uaient le gouvernement ou les instilulions !> Est-ce (pielles faisaient (le la ])olili(pie !' Vous savez bien que non. Elles accomplissaient simplement leur tâche de maîtresses chrétiennes, sans soccuper d'autre chose.

Et cette tâche, qui la leur avait confiée P Est-ce que (pielqu'un ici était forcé de leur envoyer ses enfants .'* Est-ce que ce n'était pas libiement qu'un comité, comj)osé d'hommes indé])endards el de dames généreuses, soulenail. encourageait leur école? Est-ce que ce n'était ])as lilnemcnt, volontairement que de si nombreux parents remettaient leurs enfants à leur direction ? Pourquoi? afin que. dans l'école, ils eussent sous les yeux le crucifix, symbole de leur religion, exemple et consolation de ceux qui souffrent, afin qu'ils apprissent à faire leurs prières, à croire en Dieu, à connaître leurs devoii's envers Lui 1

Ainsi, ni dans la conduile des sœm's. ni dans leur enseignement, ni dans l'existence de leur école, ni dans la volonté de la population, il n'y avait de motif à la violence qui les frappe.

Pouvait-on. contre elles. invo((uer le droit que les gouvernements tiennent de la légalité? Aucunement : j'ai le devoif de le déclaicr ici. très nettement. Ceux

qui. dajis cette afïairo. violent la loi, ce sont les ministres, les préfets el leurs ajuents.

Je vous ai dit que la loi sur renseionement primaire établissait le droit d'ouvrir des écoles libres. Cette loi n'a pas été abrogée : elle est en pleine vigueur. Lorsqu'on 1901. il y a deux ans. on a discuté l'odieuse loi contre les congrégations, M. A\ aldeck-Rousseau. qui était alors premier ministre, a formellement déclaré qu'elle ne changerait rien à la loi sur l'enseignement et ne touchait pas à la liberté des écoles privées. Cette loi contre les congrégations, elle-même, qua-t-elle décidé, pour les congrégations comme celle des sœurs d'Ernemont qui sont autorisées !* Que leurs établissements de\ raient faire une demande qui serait examinée par le Conseil d'Étal et, par ce mot d'établissement, nid à ce moment-là n'entendait parler des écoles. Alors, voici ce qu'a fait M. Combes, ju'ésident du conseil, ministre de lintérieur. Il a commencé par déclarer que les écoles libres étaient des établissements de congrégaiions : et puis il a dit aux directrices : Demandez l'autorisation, le Conseil d'Etal examinera votre demande, etil n'y a pas de raison pour qu'on la repousse. Elles ont fait leur demande, les pauvres religieuses toujours })rètes y se soumettre à ce qu'on leur dit être la loi... Et ([uand on a eu les demandes en main, au lieu de les transmettre au Conseil d'État comme cela avait été promis, juré solennellement, le ministre a dit : Je me passe du Conseil d'État, et. de mon autorité privée, je vous ordonne de quitter votre école 1

Voilà ce qu'on a fait. Vous êtes ici des hommes sérieux, habitués aux affaires, aux transactions commerciales ; je vous demande comment, dans les affaires privées, on apj^elle cette manière de tenir ses engage-

meiilsi^ El ce n'esl pas loul : pour iTiieux assurer le succès de celle abominable manœuvre, on a envoyé les préfels trouver les supérieures des congrégations et on leur a dit : Prenez gartle ! si vous encouragez vos sœurs à protester, à défendre leurs droits, si vous ne leur ordonnez pas de se soumellre, votre maison-mère sera l'ermée elAolrc congrégation sera détruite !

Voilii à ([Liels bas procédés on a eu recours ! Dans les affaires privées, comment encore est-ce que cela s'appelle, sinon un odieux chantage!'

C'est là-dessus que s'appuie le droit du Gouvernement.

Où est la loi i* Est-ce que ce n'est pas de l'arbitraire pur, l'arbitraire le plus effronté qu'on ait vu dans ce pays depuis les temps de la Terreur.^

En voulez-vous une autre preuve? Si c'était la loi, on l'appliquerait partout, n'est-il pas vrai? Au lieu de cela, on ne l'applique que suivant le bon plaisir du ministre et du préfet. Chez vos voisins, par exemple, à Cany. la position est exactement la même qu'ici ; même école libre, mêmes religieuses... Seulement, il va y avoir des élections municipales : on a peur du mécontentement de la population, et, pour faire plaisir à M. le Maire, on retire provisoirement l'arrêté de fermeture qu'on vous applique à vous.

Voilà les procédés dont vous êtes victimes! Et c'est avec ce cynisme gouvernemental qu'on ose venir dire au propriétaire d'une maison privée de chasser de chez lui ceux qu'il y a logés, à ses habitants de déguerpir, à toute une population de renoncer à son droit le plus sacré ! Il n'y a pas un pays libre oii on accepterait une pareille violence. Quand on raconte ces choses-là à un

Anglais ou à un Américain, il croit qu'on se moque de lui.

Depuis un an. cependant, la Fiance, la France chrétienne, la France libre, supporte cette tyrannie 1 Depuis un an. lo.ooo écoles, librement ouvertes, en conformité des lois, ont été fermées ; des milliers de saintes fdles ont été jetées, sont jetées journellement dans la rue, privées de leur gagne-pain, obligées de quitter leur maison, leur pays : et ce sont de longs convois de ces malheureuses qui. tous les jours, s'expatrient, passent la mer et s'en vont en Angleterre, en Amérique, demander une hospitalité que ces pays protestants leur offrent avec joie, heureux de s'approprier ces trésors de charité, de dévoûmcnt. que la France a la folie de rejeter de son sein.

Eh ! bien, je n'ai pas de conseils à vous donner, à donner aux bonnes sanu"s. Ma tâche s'arrête ici : mon devoir se borne à vous dire la vérité.

Laissez-moi seulement ajouter deux mots : Partout, jusqu'ici, où les sœurs ont continué leurs œuvres malgré la persécution, malgré les poursuites, partout où la population a voulu énergiquement les soutenir, les écoles vivent encore. On a reculé devant la perspective d'avoir à traîner en prison des femmes, de pauvres religieuses ; quand la tourmente actuelle sera passée, comme passent toujours les violences, celles qui auront, au prix de beaucoup de sacrifices, sauvé leurs œuvres, seront glorifiées comme des héroïnes : les populations qui les auront soutenues seront environnées de la reconnaissance publique. Voilà ma première réflexion.

Et voici la seconde :

Le christianisme est le bien par excellence : l'ensei-

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gnement chrétien dos enfants est, pour les parents, le devoir le plus essentiel. Cela passe avant tout.

Dans cette Bretap^ne que j'ai, depuis vin<j!-t-sept ans. l'honneurde représent(>r. il \ aune lon^uegrèvc de sables mouvants, au-dessus de laquelle s'élève un calvaire de granit, que les flots couvrent à marée haute. Lorsque la mer monte, tant que les paysans voient les bras de la croix, ils savent qu'ils peuvent passer .sur la grève ; dès qu'ils disparaissent, ils ne s'y aventurent plus .le sable les engloutirait. 11 en est ainsi des peuples. Tant que la cioix étend sur eux ses bras protecteurs, ils peuvent marcher sans crainte vers leur avenir ; si elle cesse de les abriter, c'est fait d'eux, la barbai'ie les menace de les sul)merger bientôt. Que les parents chré tiens veuillent bien méditer cette image !

Pour moi, je m'arrête : mon devoir est rempli. Yous êtes un peuple libre : défendez votre liberté. Vous êtes un peuple chréticji : défendez votre foi, et criez avec moi : Vivent les Sœurs 1 Vive la Liberté !

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