DE CHALON-SUR-SAONE
LE () M\I IIJo3
Paris, le 9 Mai iyo3.
Messieurs,
Comme, il y a deux mois, la maladie m"a ravi l'hoiiiieur de défendre l'Église et la liberté à la tribune de la Chambre, ainsi, et pour la même raison, la joie m'est aujourd'hui refusée de paraître un moment a celle que m'offrait votre cordiale invitation.
Non moins qu'alors, le sacrifice me semble malaisé. Le poids même, je l'avoue, men serait trop lourd si je devais, écarté du combat, ne prendre d'aucune manière ma part de l'action commune.
C'est à quoi je ne puis me résoudre. Tant qu'une arme restera dans mes mains, je ne la déposerai point ; et, puisque, à défaut de la parole. Dieu me laisse la plume, j'en veux, encore que malhabile, user pour votre service, ainsi qu'hier pour celui des proscrits.
Vous me permettrez, j'espère, de gard. r ainsi, par
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ces quelques pao-cs, ma phice au milieu tle vous : elle csl mar(|uée depuis lioj) longlomps pour que je consenle à ne plus loccujjer.
.le dis depuis Irop loii/^jlemps el ce n'est pas assez. Il me faut ajouter que trop de souvenirs, cl de trop importants à mes yeux, me lient à l'Association catholique de la Jeunesse française, pour que je n'aie pas un naturel empressement à chercher près d'elle le réconfort el la eoufiauee. dans les douloureuses coujonclures oùjelleul Moliepays les sectaires qui l'oppriment. De ces souvenijs je ne veux jappeler qu'un seul, et je m'excuse si son évocation mentraîne, en m'éloignant un peu (les (pieslions spéciales qui font lohjet de votre Cono-rès. à \ous dire quelques mots de la poliljtpic générale.
Aussi hieu. qu'est-ce aujourd'hui que la polili(jue générale, sinon la politique religieuse, et comment des calholiques assemblés pourraient-ils s'en désintéresser? Ce n'est pas leur faute si, à l'heure présente, la calme el sincère discussion des réformes sociales ne les peut réunir, sans qu'aussitôt le spectre des persécutions, se dressant au milieu d'eux, ne les force à d'autres soucis.
Il y avait six ans déjà que, dans un étroit accord de principes el d'idées avec l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, vos aînés avaient fondé voire association, lorsque nous nous sommes rencontrés à Grenoble, au printemps de iSg-î. dans un congrès semblable à celui-ci. C'était l'heure où le Pape, s'adressant auv catholiques français, venait de les inviter solennellement à s'unir dans une action commune sur le terrain constitutionnel. Ces conseils trouvaient nos
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cœurs préparés. Quelques mois plus tôt, le 28 septeml)re i8{)r, — les anciens, parmi vous, ne l'ont pas oublié, — nous avions à Pvome, au \atican. dans la grande salle du Belvédère, échangé des paroles décisives. Vous étiez là un millier, confondus dans la foule immense des ouvriers, et, répondant à Robert de Roquefeuilqui, dans ce grand spectacle, découvrait l'aurore d'un mouvement nouveau, je vous disais : « Allez ! allez de lavantl Affranchis de la tutelle des partis politiques, organisez -vous sur le terrain catholique avec vos cadres, vos chefs, vos ressources matérielles, vos revendications nettement formulées, et obligez tout le monde à compter avec vous ! o Le jour même, comme pour symboliser votre programme, vous présentiez, dans un transport d'enthousiasme, à la bénédiction de Léon XIÏI votre drapeau, salué sur son passage, à travers le corridor des Suisses, par l'unanime acclamation des étudiants de toutes les nations. Nos âmes vibraient encore de ces émotions, quand, le 20 février 1892, l'Encyclique parut: et. le 9 mars, nous nous réunissions chez Reverdy — il \ a bien quelques-uns des vôtres qui se le rappellent aussi — pour fonder la « Ligue de propagande catholique et sociale». Ce que nous voulions être, vous laviez vous-même exprimé dès le mois de janvier : « Fidèles aux engagements pris l'année dernière dans nos grandes réunions, nous voulions, disiezvous. former un parti catholique, organisé en dehors des partis ])()liii([ucs. non pour demander la paix dans la défaite, mais pour l'impo-ser par la victoire. »
Et comme, alors pas plus qu'aujourd'hui, nous n'entendions séparer la question sociale de la question politique, nous résumions ainsi le programme de la Lisue : u Nous nous unissons sur le terrain constitu-
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liijiiiicl pour (Jérendre dans la vie publique, a\ec loule la liberté que nous donne noire qualité de eiloyens français, les droits de Dieu et les droits du peuple. » Le lendemain nous aliiojis à Montmartre olTi'ir au iSaei'é Cœni'. avee nos résolutions, les allaqnes prévues ([iiCIlcs allaient déchaîner contre nous. Nous axions ainsi, vous et moi, déjà sondé le faisceau de nos\<jlonlés, quand le ^3 mai, à Grenoble, au pied de cette montagne illustre où s'abrite l'antique monastère dont M. Combes vient de rajeunir la gloire, en achevant sa propre honte, nous formulions ensemble noire |)nre et simple déclaration dobéissance aux conseils du Souverain Pontife.
Tel est. Messieurs, le souvenir qui, dans Tordre politique, m'engage envers vous.
Onze ans ont passé, depuis ce premier eiïori d'organisation des forces catholiques; et, de ces onze années, près de dix furent perdues en disputes stériles, en discordes violentes, en récriminations passionnées, dont nous subissons aujourd'hui le rude châtiment : épreuve cruelle, assurément, moins encore à ceux qui la portèrent qu'à la France et à l'Eglise, épreu\ e cependant peut-être nécessaire, puisque c'est grâce à ses leçons que, selon la parole de Bossnet dans loraison funèbre d'Henriette de France, « ce qu'une judicieuse prévoyance n'a pu mettre dans l'esprit des hommes, une maîtresse plus impérieuse, je veux dire l'expérience, les a forcés de le croire » .
Car il faut tout dire : à nous aussi l'expérience a profité.
Le })arti catholique, celui que nous rêvions ensemble. j)eul. dans notre pays, être le iioyau, l'élémenl principal d'un grand parti politi([ue ; il ne peut pas le eons-
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titiier à lui seul, sous peine de se réduire à n'exercer qu'une action insulTisanle, suiiout au point de vue électoral : pour défendre eiïicacement les intérêts sacrés dont il a la garde particulière, il faut qu'il appelle à lui tous ceux qui, moins ardents dans leurs croyances, veulent cependant en sauvegarder le respect et la liberté. C'est ce qu'avait très bien discerné, avec sa haute clairvoyance, le Souverain Pontife, lorsqu'en i885, il me demanda de renoncer à l'organisation du parti catholique ; et, pour le dire en passant, cela prouve que l'obéissance envers le pape est encore la plus sure des politiques ^ L'organisation que nous
I. Lorsqu'on i885 je proposais la formation d'un parli catholique, je ne demandais pas qu'il s'établît sur le terrain constitutionnel. Si peu de temps après la mort de M. le comte de Chambord. survenue en i883, c'était une impossibilité : parmi les députés catholiques, aucun ne m'aurait suivi ; moi-même, je n'en avais pas la pensée. Je me bornais à passer sous silence la forme du gouvernement, acceptant, par la force des choses, pour le futur parti catholique l'équivoque nécessaire dont se couvrait alors ï Union conservatrice, qui groupait, pour la défense sociale et religieuse, sans programme défini, les monarchistes des divers partis. Ce fut la grande faiblesse de ma tentative : un parti catholique, pour être viable, doit nécessairement être constitutionnel, sous peine d'être confondu avec les groupes d'opposition purement politique. Je le sentais, sans pouvoir l'alllrmer hautement : les conserva teuis, des divers partis monarchistes, sentirent aussi confusément que, tôt ou tard, cette évidence s'imposerait, et c'est pourquoi ma proposition rencontra, de leur part, une résistance extrêmement vive qui se traduisit par des lettres publiques, des polémiques de presse et d'instantes démarclies près du Pape. La partie sociale de mon programme, très précise et très complète, ajoutait, d'ailleurs, à leurs répugnances un motif de plus. Je ne crois pas que ces démarches aient été la cause déterminante de l'intervention de Léon XllI. Ce ne fut pas en tovit cas l'éloignement manifesté par les conservateurs jjour mes idées sociales qui put rémouvoir : car l'Encyclique Rerum novnriim devait, bientôt après, leur donner une solennelle consécration. Je pense plutôt
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soulioMs nécessaire en 1892. léclamail une base assez lar^e pour donner accès à loules les bonnes volontés, un chef assez indépcndanUles groupes calholiques pour les lallier tous à lui, assez voisin, par ses idées, des libéraux sincères, pour leur inspirer une entière confiance. Nous n'apportions, vous et moi, ni l'une ni l'autre : vous étiez les représentants d'une association particulière, j'étais le soldat déjà vieux des Cercles catholiques, l'homme d'une école et d'une doctrine; vous pouviez former une avant-garde, un bataillon d'élite, je pou\ais v ser\ir à mon rang. j)eut-ètrc à
que, (l('s colle cpoquo, il avait on vue la politique ooiistilutionnello. iormuloc six ans ol demi plus tard, (jn'il apercevait l'impossibilité de former, hors de cette politique, un parti catholique sérieux et que, constatant la persistance de fespril monarchique, il jugea inopiîortune une initiative destinée à soulever des divisions, sans un prolit certain. Sans doute, plus tard, après un long examen de la situation intérieure de ia France, en vint-il à reconnaître que, même s'il était constilutionnel. le parti catholique ne po'.nail être qu'un élément du grand parti d'ordre, d'action sociale et de liberté religieuse dont il désirait la constitution. L'Encyclique aux Français, en demandant aux catholiques daccoptor le fait constitutiomiel, les invita, en oU'et, non à se grouper exclusivement entre eux. mais à faire appel au concours de tous les honnêtes gens. Cependant le Pape ne découragea pas, et approuva au contraire, l'ellort que je tentais en 1892, avec quelques membres de l'Association calliolique de la Jeunesse française, pour constituer, sous le nom do Ligue de propagande catholhpie et sociale, ce noyau d'un parti catholique constitutionnel. Cet effort échoua devant l'opposition, cette fois très passionnée, d'un grand nombre de catlioliques attachés à l'opinion monarchique. Les calholiques résolus à obéir à la direction de Léon Xlll n'avaient plus, dès lors, qu'à adopter pleinement les vues du Souverain l^ontife, en apportant loyalemont leur concours et leurs forces à l'organisation politiqu(> <|ui la réaliserait et offrirait un terrain d'union à toutes les bonnes volontés. C'est pourquoi je crus devoir, lorsque M. .Jacques Piou constitua V Action libérale populaire, m'associer à son initiatixe et encourager les catholiques à suivi'c mon exemple.
COMBATS D HIER ET D AUJOURD HUI ZilO
voire tête; nous ne pouvions entraîner la masse, ni lui commander.
Mais, quand les idées sont mûres, les hommes paraissent. Celui que nous attendions est venu : au dernier jour de ce Congrès, vous racclamcrez une fois de plus, et je voudrais être là pour le saluer le premier en votre nom. Il nous a. par la fondation de VAction Libérale Populaire, donné le chef nécessaire et la large plate-forme indispensable au succès : nous pouvons nous placer derrière lui. sans cesser d êlre. comme hier, catholiques avant tout. Déjà, d'ailleurs, et depuis longtemps, nous étions lapprochés de M. Pion, non seulement par la communauté de la foi. mais par les assauts violents des mêmes passions politiques. Comme les nôtjes. ses premiers efforts se brisèrent contre leurs aveugles résistances.
L'union, si impatiemment attendue, en fut retardée d'autant. Dans les deuils présents, y songez-vous f[uelquefois ? Si, lorsqu'au bruit des paroles de Léon Xlll, se levait le premier souille de (( l'esprit nouveau », lorsque, malgré les polémiques ardentes, et pour premier fruit du ralliement conseillé, commençait à se faire sentir la lente, mais progressive accalmie du ministère Méline, si. alors, avant que la criminelle exploitation de l'affaire Dreyfus eût bouleversé ce malheureux pays, notre parti avait été prêt, comme il lest aujourd'hui, s'il avait pu jeter dans la lutte élec torale de 1898 toute sa force organisée, n'aurions-noiis pas réussi à grossir le nombre des élus libéraux, sutïisamment pour empêcher la formation de la majorilé socialiste ?
Mais ce sont de stériles regrets, salutaires cependant à qui les veut méditer ! Peut-être la brève é\ ocation de
[il\ COMBATS d'hier ET n' AUJOUUd'hUI
ce passé liop oublié, pouna-l elle, en éclairant les hommes de bonne foi, nous préserver dans l'avenir des chutes cruelles où nous ont jetés ces lamentables (li\ isions !
Car c'est assez parlé d'hier, il faut songer à demain, y sonfj"cr sans peur, mais aussi sans illusion.
L'illusion est lr)ujours la pire des fautes ; elle serait, ici. imjiardonnable et rendrait irrémédiable la crise que nous subissons en nous livraul. sans org^auisation, aux entreprises de l'ennemi.
Sans doute l'odieux speclaele des expulsions violentes, et rémotion publique qui grandit juitour des couvents crochetés, la guerre civile piovoquée par un gouvernement criminel, les femmes brutalisées, les prêtres insultés et le sang qui commence à couler, les prétoires encombrés d'accusés de tout rang, de tout sexe, de tout âge, coupables d'avoir défendu la liberté outragée, la propriété violée et la religion profanée, sans doute aussi le lamentable exode de ceux qui partent, la basse persécution infligée à ceux qui demeurent, les œuvres détruites, les écoles chrétiennes arbitrairement fermées par milliers, les cris enfin qui s'échappent des consciences exaspérées sous la poussée des révoltes longtemps contenues, et ces démissions, douloureusement glorieuses, d'officiers ou de magistrats, condaiTinés à subir des ordres impies, sans doute cette luiiversellc et croissante anarchie soulève, bouleverse ou du moins trouble les esprits et les cœurs. Mais ce n'est qu'une insuifisante émotion. Même aux catholiques, le péril n'apparaît pas dans sa gravité : que dire de la masse, j'entends de la masse des honnêtes gens ?
COMBATS d'hier ET d'aL JOURd'hL I 4l5
C'est qu'il y a, au-dessus de celte barbarie, comme uu vernis d'ordre public. Les affaires vont leur train : les plaisirs aussi ! Si appauvri qu'on se dise, l'argent se dépense largement : c'est donc que tout n'est pas au pire ! AI. le Président de la République voyage en Als:érie. les escadres du monde le saluent, le roi d'Angleterre vient à Paris, qui le reçoit avec éclat ; notre patriotisme ne peut-il se consoler, par ces témoignages donnés à la France, des douleurs que lui inllige son gouvernement ? Et puis M. Loubeta parlé de la bonne semence des proscrits : c'est une leçon pour Al. Combes ! Il a dit qu'il était contre le rachat des chemins de fer : c'est une rupture avec les radicaux 1 II a déclaré qu'il ne signait pas tout : pour le coup, c'est certain, on ne s'entend plus ! Il y aura du nouveau : AI. Combes tombera ! On se rassure là-dessus.
Illusion ! Les socialistes sont maîtres de la majorité, ils tiennent les radicaux modérés, comme à la Convention la Alontagne tenait la Plaine, par la peur du modérantisme ; ils savent ce qu'ils veulent, ils l'accompliront ; la Chambre est entre leurs mains un instrument de révolution inespérée ; l'occasion est trop belle d'en finir avec les deux dernières forces qui défendent l'ordre social, la religion et l'armée ; ils ne la laisseront pas échapper : ils ont la force, ils en useront. L'armée, qu'on n'ose attaquer directement, on la désorganisera par la destruction de l'esprit militaire. A la religion, on déclarera la guerre ouvertement : après les congrégations d'hommes, celles de femmes, les congrégations autorisées après les non autorisées, le clergé séculier après les congrégations ; les écoles de garçons après les écoles de filles. AI. Combes ira jusqu'au bout. Le christianisme l'obsède comme un
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remords. On diruil* qu'il est hanté par la citalion au tribunal de Dieu de Dorn Mieiicl ', et ([u'il s'élourdit du bruit de ses propres violences. Je lisais ces jours derniers le bel ouvra ffc de M. Paul AI lard sur Julien l'Apostat : il raconte son eid'ance et sa jeunesse; comment, dit Sozomène, « il fut élevé dans un milieu tout ecclésiasti(jue », et il ajoute : « On l'appela lApostat, non seulement parce qu'il avait cessé de croire, mais parce que ce mol signilie qu'on s'est tourné avec une sorte de colère contre ses anciennes croyances. »
M. Combes a cette colère • il est comme le fou dont parle Joseph de Maistre cjui mettait .i4!ori(Misement le pied sur une monlre. en lui disant : « Je t'empêcherai bien de faire du bruit. » Mais M. de Maistre se reprend aussitôt et moi aussi : « Qu'est-ce donc que je dis ? Ln fou n'est pas coupable. » Quand M. Combes met le pied sur l'Église, il sait bien ce qu'il fait. Croyez que la campagne des chapelles et des prédications, comme celle des bulles épiscopales. n'est pas lui incident. C'est un plan arrêté par un homme ({vii sait la théologie et le droit canon, comme aulrefois les em})ereurs de Byzance. monophysites et iconoclastes, ([uand ils persécutaient les moines. Il n'ignore pas qu'il y a des points sur lesquels l'Église ne saurait transiger, où le droit et le devoir sont engagés à ce point que ni le Pape, ni les évêques ne peuvent céder. C'est là qu'il poiiera l'attaque.
On dit que M. Dumay lui avait fait espérer la soumission des évêtiues. et qu'ainsi, il n'y aurait plus en Krance qu'un épiscopat déshonoré, niùi- ])0ur le
I. Doni Michel, prieur des Cliartreux. expulsé de la (irande Chartreuse le 29 avril 1908, avec vingt-trois de ses religieux.
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schisme. Cela est possible. Les loges maçonniques ont pu rèver cette sorte de victoire. Moi j "imagine que M. Combes savait mieux à quoi s'en tenir et qu'il escomptait l'effet de ses circulaires.
Quoiqu'il en soit, l'épiscopat s'est levé, presque tout entier, et, une fois de plus, a retenti d'un bout de la France à l'autre le « I\oii possiimus » apostolique, libérateur des âmes.
Votre Congrès est la première assemblée de catholiques réunie depuis ce grand événement, capital dans l'histoire de notre Église de France. Il voudra, j'en suis sûr. offrir riiommage ému de sa reconnaissance et de son admiration aux cardinaux et aux évêques dont les lettres courageuses et les actes énergiques ont donné un si fier exemple.
La question en effet est bien plus haute que le sujet qui la soulève. C'est la liberté du culte catholique, c'est l'existence même de l'Eglise qui sont en jeu.
Les catholiques qui doivent tant à M. Brunetière lui sont redevables en particulier d'un service éminent : c'est d'avoir forcé beaucoup de gens qui n'y songeaient plus ou n'y avaient jamais songé, à lire Bossuet : car Bossuet a tout dit. Voyez le panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry :
(( Henri II. roi d'Angleterre, se déclare l'ennemi de l'Église. Il l'attaque au spirituel et au temporel : en ce qu'elle tient de Dieu et en ce qu'elle tient des hommes, il usurpe ouvertement sa puissance. Il met la main dans son trésor qui enferme la subsistance des pauvres. Il flétrit l'honneur de ses ministres par l'abrogation de
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leurs privilèges, et opprime leiii" liberté par des lois qui leur sont contrai ics. r
Tout \ est, M. VN aldeck-Kousseau et M. Combes, M. Dumay et M. Alénage' !
MainleuanI allez plus avant : voilà saint Thomas résolu à résister au roi de toute sa force. Écoutez Bossuet :
(( Mais que dis-je de toute sa force 1 Est-il donc permis à un sujet d'avoir de la force contre son prince, et, pensant en faire un généreux, nen ferons-nous point un rebelle ? »
Oui, c'est bien l'accusation qui remplit les journaux de la secte, qui. dans huit jours, retentira avec de grands éclats à la tribune de la Chambre et que AI. Combes portait, il y a deux mois, à celle du Sénat, dans ce discours sans précédent, oi^i il dévoilait son plan de campagne, en promettant aux ennemis de l'Eglise la dénonciation du Concordat, comme le châtiment delà prétendue rébellion qu'il sapprètait à provoquer. Bossuet lui a répondu d'avance :
(I Saint Thomas peut dire véritablement à Henri, roi d'Angleterre, ce que disait Tertidiien. au nom de toute l'Église, à un magistral de l'Empire, grand persécuteur de l'Église : \on te terrenms, qui nec timemas... c'est par ce sentiment qu'il unit ensemble les devoirs de lépiscopat avec ceux de la sujétion. ÎSon te ferremus, voilà le sujet toujours soumis et respectueux : qui nec timemus. voilà l'évêque toujours ferme et inébranlable. Non te ferremus, je ne médite rien contre l'État ; qui nec timemus. je suis prêt à tout soun'rir pour l'Église.
I. M. Ménage, nommé par le Gouvernement liquidateur dos biens d'un grand nomljre de congrégations proscrites.
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Jai donc eu raison de vous dire qu'il résiste de toule sa force, mais cette force n'est point rebelle, parce que cette force, c'est sa patience. » Voilà la doctrine de l'Église, celle que M. Combes a entendue à Paris et à Reims, à Lyon et à Autun, à Bordeaux et à Rennes, qui s'est dressée devant lui à Orléans, à Nancy et à Meaux. partout oii les évèques ont pai;lé. et c'est aussi celle qu'hier, dans un magnifique langage, poursuivi pour avoir librement enseigné la vérité chrétienne à ce peuple deTréguier. tout frémissant de l'outrage que la statue de Renan prépare à sa foi. un Jésuite d'avant la loi. l'abbé Lemarescal, jetait, du prétoire de Rennes, aux échos de la France chrétienne :
« Oui, j'ai déclaré qu'une loi injuste ne liait pas la conscience humaine, que non seulement elle n'avait aucun pouvoir d'obliger, mais qu'elle ne méritait pas même le nom de loi. Oui, j'ai célébré l'héro'isme des martyrs qui préférèrent la mort plutôt que d'obéir aux ordres impies du pouvoir. Oui, j'ai cité avec éloge le mot de Royer-CoUard rééditant à la tribune la protestation de Mirabeau : « Si vous faites cette loi. je jure de lui désobéir. » Oui. j'ai dit cela, je devais le dire,carje suis prêtre, et cela, c'est la doctrine traditionnelle de mon Eglise : et cela, c'est la pratique constante de ces hommes que le monde appelle des héros et nous des saints. »
Ce sont d'admirables paroles et M. l'abbé Lemarescal a raison : c'est la doctrine traditionnelle de l'Eglise. M. Combes le sait, et c'est pourquoi il engage ces irréductibles conflits.
Déjà, la presse qui lui dicte ses ordres crie à la rébellion, et réclame avec des mots impérieux la dénonciation du Concordat. C'est le but. M. Combes la dit
/jao COMBATS I> FIIEIV El' D Al.IOURD FILI
au Scnal, (l('inas(|uanl. iiiconsciont ou cvniqiio. son propre jeu.
Encourager les pailisaus de hi nipliue en avouant qu'on la désire soi-même, déclarei' que la rébellion des évoques la rendra sans doute inévitable, les placer aussitôt entre celte menace et leur conscience par d'inacceptables prélenlions. jMiis. cpiand leur conscience, en dépit de la menace, aura j)arlé, crier à la révolte et se faire alors forcer la main par dc^s conq)lices avertis : je demande en (jut'ls termes l'iiisloire flétrira de tels procédés de gouvernement 1
A^oilà raltentat qui se préparc. Il nous impose un double devoir : c'est d'abord d'éclairer l'opinion, de lui montrer quel est ici le provocateur, et qui viole le pacte séculaire, des évêques. gardiens de la religion, dont il garan m la liberté, ou du minislre. exécuteur des complots formés coidre elle.
A cette œuvre de justice, nous consacrerons, par la parole et ])ar la plume, toute notre activité. Nous le devons à l'Eglise, au Pape, à l'épiscopat, dont il ne faut pas permettre à leur calomniateur de dénaturer le rôle et l'atlilude.
Mais ce n'est pas assez d'établir ainsi les responsabilités : un auii'c devoir nous presse, qui est de nous préparer atix graves et terribles perspectives qu'une fois accomplie, l'apostasie officiel le de la France ouvrirait devant nous.
Un mot de très franche explication me parait ici nécessaire entre nous. Je n'ignore pas qu'un certain nombre do catholiques désirent la dénonciation du Concordai et le disent hautement. C'est mie opinion qui trouve même des défenseurs dans les rangs du clergé, et je comprends à merveille que, chez des
prêtres lassés de voir leur parole et leur apostolat sans cesse entravés par la surveillance administrative, à qui, chaque jour, on reproche avec mépris le traitement qu'on leur doit, comme le prix injurieux d'une sorte d'esclavage, je comprends à merveille que le cœur se révolte à la tin et qu'ils soient tentés de jeter cette poignée d'argent à la face de leurs insultcurs, pour conquérir l'indépendance au risque de la pauvreté. Je comprends aussi que pour nous-mêmes, qui faisons profession de défendre l'Église, il nous scmhle préférable, n'ayant plus à craindre de compromelre sa position dans l'État, ni celle de ses ministres, d'être affranchis d'une prudence qui nous pèse souvent. Je sais tout cela, et tous les avantages qui peuvent se tirer, théoriquement au moins, d'un régime d'entière liberté.
Mais deux raisons m'arrêtent et qui, je le crois, doivent arrêter tous les catholiques.
L'une est une raison de principe. La séparation de l'Eglise et de l'État est contraire à la juste jiotion des rapports entre les deux puissances. Quand l'étroite alliance entre elles, qui, laissant à chacune, dans sa sphère, sa légitime indépendance, assure le concours de l'une et de l'autre, pour procurer aux peuples le bienfait de la vie chrétienne, quand cette alliance n'est plus possible par l'effet des mœurs et l'amoindrissement de la foi. l'accord, loyalement observé, est du moins encore le moyen de sauvegarder la nécessaire distinction du temporel et du spirituel, et de protéger, contre les tendances toujours tyranniques du pouvoir civil, la liberté de la religion, des consciences et du culte. Hors de là, il n'y a que la barbarie ou la persécution, souvent les deux ensemble. Car c'est une chimère de penser que l'Etat puisse ignorer l'Eglise, outre
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qu'il ne saurait le faire qu'au prix d'une méconnaissance absolue de sa constitution et de sa mission divine.
Dans un pays nouveau, sans histoire et sans tradition, une telle si (nation est possible j)()nr un temps. Elle ne Test pas dans une nation lon^iiement façonnée par le cliiistianisme ; et si celte nation née dans un acte de foi, portée, dès son berceau, entre les bras de lEglisc, a eu, pendant quinze siècles, le catholicisme dans son sang-, elle ne peut qu'y être l'effet d'une volontaire abdication, suivie bientôt d'une déchéance profonde.
Or c'est bien de cette nation, c'est de la France qu'il s'agit, et non de l'Amérique ou des pays protestants de l'Europe. L'examen des rapports de l'Eglise catholique et de l'Etat dans ces divers empires m'entraînerait, d'ailleurs, à de trop longs développements, et je n'y veux pas entrer, encore que je me sente assuré d'y trouver, à l'appui de ma thèse, de très forts arguments. C'est un travail par lequel je me propose d'apporter ma contribution à la discussion prochaine des projets de dénonciation du Concordat.
Ici, je m'en tiens à notre propre situation, et je considère, d'une part ce qui est en cause, d'autre part ce qui nous est offert sous le nom de séparation de l'Eglise et de l'Etat. L'examen sera décisif, je pense, et c'est pourquoi à la raison de principe s'ajoute une raison de fait.
Ce qui est en cause, ce n'est pas la plus ou moins grande facilité que les laïques trouveront dans la défense de la religion, ce n'est même pas, ou du moins ce n'est pas seulement la plus ou moins grande indépendance des membres du clergé, c'est d'abord et avant tout le salut des âmes et l'exercice du culte. Cela étant. — et
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nul. au point de vue chrétien, ne peut le nier. — je demande aux catholiques de peser en conscience les effets pratiques de la rupture du Concordat dans un très grand nombre de paroisses, et de dire s'ils pensent que les actes essentiels de la vie chrétienne s'en trouveront facilités. La réponse ne me parait pas douteuse.
Si, à ce coup d'œil sur les conséquences de la rupture à l'intérieur, ils veulent bien ajouter un regard attentif sur celles qu'elle entraînerait à Textérieur, sur la position qui serait faite à la France, séparée du Saint-Siège, en face des nations rivales empressées à se rapprocher de lui ; sur linévitahle abaissement que cette situation amoindrie infligerait à notre influence dans les parties du monde encore éloignées de la foi chrétienne, je m'assure que. à ce point de vue encore, la conclusion sera la même. Voilà pour ce qui est en cause.
Quant à ce qui nous est off'ert, M. de Pressensé. très heureusement, s'est chargé de le formuler nettement par la proposition qu'il a soumise à la Chambre, avec cinquante-six de ses collègues, dont MM. Jaurès et Millerand. et qui servira probablement de base à la discussion. Je dis heureusement, parce qu'aucune illusion ne peut après cela subsister dans les esprits. Il m'est impossible naturellement de citer les 98 articles des XII titres de cette proposition. Mais je considère comme un des devoirs les plus pressants de votre Association de les publier, de les répandre, de les commenter et de les faire bien comprendre dans le pays. Car il faut, enfin, qu'on ouvre les yeux.
N'y aurait-il que l'article 33 qu'il suffirait, à lui seul, pour faire juger l'œuvre tout entière.
»' Il est interdit de rattacher un diocèse ou une por-
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tion de diocèse à la juiidiclion cl "un métropolilain ou d'un évéque ayant son sièg-e en pays t'tranger, sous peine d'une amende de ôoo à 5. ooo francs et d'un emprisonnement do cinq jours à six mois. »
Le Pape est l'éveque de Rome : l'Eglise libre, en France, n'aura donc pas le droit de se rattacher au Pape. M. de Pressensé n'a pas la franchise de le dire nettement, mais son texte l'explique clairement.
Le reste, ce n'est même pas le régime de 1796 à 1799, le régime du Directoire qui s'est traduit par la prison et la déportation : c'est une loi de police plus rude, plus draconienne encore; c'est, en fait, la persécution ouverte, la fermeture des églises, leur adjudication au plus offrant et la mise en surveillance de tous les prêtres menacés des peines les plus sévères à la moindre dénonciation.
Voilà ce qui nous est offert, et, en admettant même que la proposition de M. de Pressensé ne soit pas admise telle qu'elle est, celle qu'on voterait — le jour où M. Combes, ou quelque autre de ses pareils, obéissant aux injonctions de la majorité, jetterait la France dans cette douloureuse aventure, — ne pourrait être, ne serait en l'état des esprits qu'une loi de servitude, de tyrannie et de persécution. C'est l'évidence même.
Pour ces raisons, je suis donc l'adversaire résolu de la dénonciation du Concordat et je crois que vous devez nettement prendre la même attitude.
Mais la perspective de cette funeste rupture n'en demeure pas moins menaçante. Assurément, il y a eu déjà à d'autres époques des propositions de séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais ce n'étaient que les manifestations impatientes d'une minorité. Jamais jusqu'ici un groupe exerçant sur la majorité un empire souve-
raiii n'en avait pris linitiative. Jamais surtout le chef du gouvernement ne les avait ouvertement encouragées par son langage et par ses promesses. Le péril est donc pressant et c'est pourquoi il importe de l'en- Aisager.
Sans doute, si cette crise doit s'ouvrir, elle sera de courte durée. Aucun pays, la France moins qu'aucun autre, ne peut vivre longtemps dans l'état de guerre religieuse et de sauvage agitation qui résulterait d'un tel régime. Nos tyrans de passage y trouveraient bientôt, dans une irrésistible réaction, la fin de leur trop longue domination. Le passé, sur ce point, répond de l'avenir.
M. Combes, qui se déclare le disciple de Yico. a sans doute oublié le «' système des retours historiques » cher à son maître italien. L'événement le lui rappellerait au besoin et aussi que le même Yico a écrit dans son livre La Science nouvelle : ;« Sans Dieu, pas de lois, pas de républiques, pas de société; mais la solitude, la barbarie, la corruption et le désordre. >
Quelque courte quelle soit, une si violente tempête, cependant, n'en serait pas moins redoutable. C'est pourquoi, bien qu'elle ne soit pas encore déchaînée, il faut d'avance nous armer contre elle. Le meilleur moyen de la conjurer est. d'ailleurs, de nous montrer à nos adversaires parfaitement prêts à en subir le choc.
L'œuvre qu'elle rendrait indispensable serait évidemment une œuvre épiscopale : ce n'est pas à nous qu'il appartient d'en tracer le plan à l'avance, ^otre
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devoir, celui de tous les catholiques, sera, le moment venu, de nous mettre à la disposition des Evèques pour les aider à sauvegarder partout l'exercice du culte et la subsistance de ses ministres.
Mais si nous voulons, alors, [)ouvoir leur donner ce concours nécessaire, il faut que, dès maintenant, nous préparions, en quelque sorte, par linslruction pratique et par des manœuvres constantes, cette mobilisalion générale des forces catholiques. Comment y réussirons-nous ? En organisant immédiatement la résistance partout où l'action est déjà engagée.
Les persécutions actuelles contre les religieux et contre les écoles nous en offrent une trop naturelle occasion: le devoir, en nous poussant à l'action sur ce terrain, nous forme pour d'autres combats.
Ici, je vous dois encore une loyale explication. Je n'ignore pas qu'on a beaucoup reproché à plusieurs d'entre nous de ne conseiller aux catholiques que la résistance légale. On nous a blâmés surtout, mes amis et moi, de n'avoir pas, l'année dernière, lors de l'expulsion des Sœurs de Bretagne, laissé l'admirable résistance de la population s'exalter et se prolonger jusqu'à l'effusion du sang, d'un sang qui eût été celui de quelques paysans et de quelques pauvres femmes. J'ai beaucoup réttéchi à ces reproches et, je suis obligé de le dire, en ce qui me concerne, je me suis confirmé dans mes résolutions.
Non. tant qu'il s'agira de ceux près de qui j'exerce une intluence quelconque, je ne leur conseillerai pas la violence et j'essayerai de les retenir sur le terrain de la résistance légale. J'ai, pour le faire, une double raison.
La première est une raison de conscience : non pas.
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VOUS Ten tendez bien, au regard de la loi elle-même, mais des moyens qui s'oftVent à nous de lui résister. En citant les paroles de M. l'abbé Lemarescal, je m'y suis pleinement associé : quand les lois violent manifestement les droits les plus sacrés, elles ne lient pas la conscience. Mais que veut-on dire, lorsqu'on demande autre chose que la résistance légale i^ Est-ce la guerre civile ? Aucun de ceux qui l'ont vue n'y peut songer sans horreur 1 La guerre civile qui armerait nos paysans, nos ouvriers contre nos soldats P >«ul n'oserait en avoir la pensée. Qu'est-ce donc ? Le coup de fusil isolé contre un agent de l'autorité, le plus souvent irresponsable.^ Je ne crois pas qu'on en ait le droit devant Dieu. Que reste-t-il ••' Le sacrifice volontaire d'un brave, d'une héro'ine qui se laissera piétiner par les gendarmes, blesser, tuer peut-être devant la porte d'un couvent ou d'une école .'• Eh bien, je le dis très haut, j'admire de tout mon cœur ceux qui sont résolus à le faire : j'aurais, j'espère, le cas échéant, le courage d'en donner l'exemple : mais je ne crois pas que ce soit un devoir, et c'est pourquoi je ne le conseille pas, surtout aux paysans et aux ouvriers. Si. dans une circonstance où ma responsabilité est engagée, le sang d'un seul de ces braves gens coulait, sans que j'eusse fait tout ce qui était en mon pouvoir pour lempècher. j'en aurais jusqu'au tombeau un épouA antable remords.
Mais alors, me dit-on, pourquoi un simulacre de résistance, pourquoi des manifestations, pourquoi des protestations, si oq ne veut pas les pousser jusqu'au sang !' Par une raison très simple, qui est une raison d'utilité pratique, et qui est justement la seconde raison de mon attitude.
Et d'abord, là aussi, il faut s'entendre : qu'est-ce que
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la résistance légale? C'est celle qui s'exerce sans violence, mais par tous les moyens que le légitime usage de la liberté met en notre pouvoir : protestations publiques, manifestations clans la rue, réunions, conférences, articles de Journaux, revendications Judiciaires, inlassable propagande, œuvres enfin d'organisation et d'action : voilà la résistance légale ; or c'est, dans ma conviction, la seule, vous entendez bien, la seule efficace, la seule pratique, la seule redoutable et j'ajoute qu'elle l'est extrêmement. La violence — la violence comme on peut la concevoir en notre temps, avec notre organisation matérielle et sociale — est fatalement condamnée à l'impuissance ; ce n'est pas seulement une lutte inégale, c'est une lutte impossible ; elle n'a qu'un résultat, qui est de donner à ceux qu'elle prétend abattre des armes contre ceux qui l'ont déchaînée, et dont elle éloigne toutes les sympathies de l'opinion. La résistance légale, au contraire, méthodique, durable, persévérante, finit, tôt ou tard, par avoir raison des entreprises arbitraires et des lois malfaisantes, en conciliant à ceux qu'elles oppriment tous les hommes — et ils sont encore nombreux — chez qui persiste le souci de la justice et de la liberté. L'histoire est remplie de ces victoires remportées i)ar la conscience contre la tyrannie. Au surplus, remarquezle bien, la résistance légale ainsi comprise peut, grâce à la tyrannie des lois, entraîner pour ceux qui s'y livrent des peines qui vont jusqu'à la prison, et je n'hésite pas à penser que si nous devons faire tous nos efforts pour en préserver les plus humbles, les plus pauvres que nous, nous ne devons pas hésiter à l'affronter pour nous-mêmes. 11 y a, à l'heure où j'écris, dans la prison de Versailles, une admirable jeune fille,
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Mademoiselle de Lambert, qui inérile le public et chaleureux hommage de tous nos respects. Aucune violence n'aurait, pour notre cause, valu sa courageuse attitude.
Je ne pense pas qu'O'Connell ait laissé dans l'histoire le renom d'une âme pusillanime, Ecoutez ce qu'il disait aux habitants de Manchester, lorsqu'il voulut, dans un voyage qui fut une tournée triomphale, gagner à la cause irlandaise les sympathies de la nation anglaise : « Je vais faire un tour en Angleterre et en Ecosse pour encourager le peuple à agir sûrement et à éviter la violence ; car la violence, outre qu'elle fortifie nos ennemis, est un mal en elle-même... Dans les annales du monde... je défie qui que ce soit de me montrer aucun changement bienfaisant produit par la violence... Méprisez l'homme qui vous opprime, mais ne le touchez pas ; regardez le comme un chien enragé, mais évitez sa dent de peur qu'il ne vous communique sa rage. Que chacun de ceiLx qui m'écoutent se joignent à nous ! Nous voulons obtenir la paix et le progrès par des moyens qu'aucun homme de bien ne condamnera et auxquels Dieu lui- mêmie doit sourire... Que les Irlandais donnent l'exemple de la paix et de l'ordre, et alors nous aurons l'Angleterre avec nous... »
Nous avons besoin, nous aussi. — menacés que nous soiTimes d'être réduits à former dans notre pays comme une Irlande Aouée à loppression. — d'avoir avec nous, pour secouer le joug de la faction qui nous persécute, les sympathies de la nation. Nous les gagnerons par la sagesse et la fermeté.
Mais la sagesse et la fermeté sont les a ertus des forts, et, pour être forts, il faut être organisés.
A3o COMB\TS DIllEU ET d'aL JOLRd'huI
Est-ce donc (juc je vais vous demander, vous proposer des organisations nouvelles, en vue des graves conjonctures qui s'apprêtent?
Assurément non. L'organisation existe : c'est IMc/Zo/i Libérale Populaire: elle est déjà très forte, très puissante : en un an, clic a couvert la France de ses adhérents et de ses Comités. Elle offre aux calholiqucs. par son programme, par le nom de son chef, toutes les garanties.
C'est dans ses cadres, c'est sur son terrain qu'ils peuvent le plus promptement, le plus facilement s'unir pour la défense de leur cause. N'allons pas — au moment où le combat, engagé aux avanl-postes, s'étend sur toute la ligne — nous disloquer, rompre notre ordre de bataille, et, sous prétexte de l'améliorer par des formations nouvelles, nous offrir une fois de plus par petits paquets aux coups de l'ennemi.
Ce serait, d'ailleurs, une dangereuse et fausse conception des nécessités de la lutte, que de prétendre borner V Action Libérale Populaire à la seule préparation électorale. Outre qu'elle s'est fondée avec des vues beaucoup plus larges, elle risquerait, à n'avoir pas d'autre but, de le manquer lui-même. Les élections, c[ni sont, il est vrai, le moyen pratique de changer la polili(juc du pays, ne peuvent être qu'une résultante d'efforts quotidiens.
C'est en défendant la liberté religieuse, journellement et pratiquement, en résistant sans relâche à la tyrannie ministérielle, que se fera la véritable organi sation électorale. Séparer les deux actions, c'est vouer chacune d'elles à l'impuissance.
On a coutume de nous citer souveid l'exemple du Centre catholique allemand, et de sa lutte illustre
COMBATS DHIER ET D AUJOURD'HUI A3l
contre le CuUurkampf. Malgré la très grande différence des situations, et bien que la comparaison entre nous et nos voisins pèche par beaucoup de points, je l'accepte cependant et je la livre volontiers à vos réflexions.
Trois raisons principales me paraissent avoir fait la force des catholiques d'Allemagne.
Ce fut d'abord l'union, établie entre eux pour la cause commune, sans que la diversité des origines et des tempéraments nationaux, la rivalité des influences, les souvenij's même, si récents, de la guerre de 1866, tant de causes de discorde enfin qui, à tout prendre, valaient bien les nôtres, missent obstacle à la forte cohésion d'un parti constitutionnel. Ce fut. ensuite, et par une conséquence naturelle, la discipline, acceptée par tous, pratiquée avec ensemble et fidélité, envers les chefs qu'ils s'étaient donnés, et dont, ctiaque année, l'autorité grandissante s'affirmait dans ces congrès annuels, que Windthorst appelait les grandes manœuvres d'automne. Ce fut enfin le souci de la question ouvrière et l'intelligence des besoins populaires.
Il suffit aux catholiques français de le vouloir sincèrement pour remplir les deux premières conditions. L'Action Libérale Populaire leur en offre le moyen. Elle leur permet aussi, par son nom inème et par son programme, de satisfaire à la troisième.
Vyant expliqué comment je comprends les deux autres, il me reste à dire un mot de celle-ci, en revenant ainsi à l'objet particulier de votre Congrès.
Vous avez voulu, avec bien de la raison, affirmant par là une fois de plus le caractère de votre Association,
'(.12 COMBATS J) lUEll ET DALJOURDIILI
(liic cel objcl fùl celui qui icpoiul le mieux aux préoccupations actuelles des travailleurs. Le mouvement syndical est le grand fait économique et social de notre temps. Il uc s'agit plus pour personne de le nier ou (le Teutraver. sa puissance est irrésistible. De l'esprit dajis k-([U('l seront compris et conduits ses développements inévitables, dépend l'avenir du pays. Il ren-" contre, en effet, dans l'immense horizon qui s'ouvre devant lui. tous les problèmes profonds et redoutables dont la solution touche à la vie même de ,la nation ; organisation du travail, rapports entre le capital et la main-d'œuvre, formes du contrat qui les lie : ({ucstions de réglementation, de salaires, d'assurances et de retraites, qui touchent si directement à l'état de la famille, à son éducation morale et intellectuelle, à son hygiène et, par suite, à la prospérité publi([U(' : transformations colossales du commerce, source de répercussions violentes sur la condition des ouvriers, tout ce cj[ui, enfin, préoccupe, agile le monde industriel, met aux prises les droits, les besoins et les passions, tout aujourd'hui dépend nécessairement de l'initiative, de la lutte ou de l'entente des forces syndicales ; et, par une évidente conséquence, leur action s'exerce aussi, chaque jour grandissante, dans l'ordre public, par la pression sur les élections, sur les pouvoirs publics, sur la législation, par la représentation indirecte des groupes professionnels ou seulement des coalitions d'intérêts, acheminement naturel et forcé A^ers une représentation normale des uns et des autres. Ainsi le mouvement syndical emporte, de plus en plus, dans son lourbillon. tous les éléments de la vie sociale ; l'action poli [iq ne elle-même y trouve sa forme [)ratique en attendant qu'elle lui demande luie organisation
durable ; et c'est encore lui, sans doute, qui nous fournira nos armes dans la lutte religieuse à ln([uelle nous condamneront peut-être les événements.
Vous avez donc choisi le programme de \otre Congrès, dans un sentiment très juste de la réalité. En le parcourant, j'ai reconnu d'ailleurs avec joie l'accord intime qu'il témoigne, une fois de plus, entre vos idées et celles dont l'Œuvre des Cercles callioliques a si longtemps soutenu la propagande. Notre ami Georges Goyau écrivait un jour, dans un article oii son affection pour moi excusait la bienveillance de ses jugements : « On n'a jamais le droit de se croire plus utile que. lorsque, de toutes parts, on se voit exproprié: c'est là le succès complet. »
Si cela est vrai, et je crois bien qu'en effet, c'est, pour des hommes de foi, la plus noble des ambitions, nous sommes largement récompensés.
Lorsqu'il y a trente ans. nous commencions, mes amis et moi, à parler de l'organisation professionnelle, terme nécessaire du mouvement syndical, nous avions presque tout le monde contre nous, non seulement les maîtres du pouvoir et les majorités parlementaires qui nous repoussaient, parce que cléricaux, mais les conservateurs qui nous accusaient d'être des utopistes, une partie des catholiques qui condamnaient notre témérité, les grands patrons qui nous reprochaient de favoriser le mouvement révolutionnaire, les ouvriers eux-mêmes qui nous traitaicid en suspects parce que nous le combattions. Nous luttions seuls, et l'idée syndicale, hors de nos modestes organisations, ne profitait qu'aux socialistes. Ce fut un grand pas en avant, quand, après dix ans. votre Association, constituant ses premiers groupes, vint par son adhésion à la
COMIÎ.VTS. — I. 28.
(loclriiic jusque-là défeiuluc par la seule Œuvre des Cercles, lui apporlei-, avec la force de la jeunesse, les promesses de l'avenir.
Mais, alors môme, après cette première victoire, que de temps perdu sui' ce terrain, comme sur le terrain polili({ue, en aveugli's ié])uonances. en funestes hésitations, tandis qu'en face de nous, l'organisation révolutionnaire attestait chaque jour ses progrès !
Peu à [)eu. ccpciulanl. lévidencc des faits, la pression des circonstances changeaient les esprits, cl tout le monde, aujourd'hui, accepte l'organisation syndicale, tout le inonde, veut y recourir, contre les dangers de la concurrence, contre l'exploitation des intermédiaires, contre l'omnipotence de l'État, surtout contre la tyrannie socialiste, j'allais dire que tout le monde veut en avoir eu. le premier, la pensée.
L'heure est donc propice au\ idées que votre Congrès va remettre en lumière : elle lest, à cause du consentement presque universel de l'opinion publique ; elle l'est aussi à cause de l'impuissance manifestée, depuis qu'ils sont au pouvoir, par les socialistes et les radi eaux. Jusqu'en 1893, le Parlement, avec beaucoup de lenteur, il est vrai, avait voté quelques réformes sociales, la loi sur les syndicats professionnels, la loi sur le travail des femmes, la loi sur les accidents. Cène sont pas les socialistes qui les ont faites : ils comptaient encore très peu dans les assemblées ; elles sont issues de la collaboration des hommes de tous les partis, et elles ont été préparées hors de la Chambre, par des éhides et des travaux dont vous avez eu vous-mêmes une très large part. Depuis lors, depuis que les socialistes sont entrés en force à la Chambre, depuis surtout quapiès 1898 ils sont devenus les maîtres de la
majorité, rien ne s"est fait pour le peuple : il y a eu des diseours enflammés, des exposés confus de la doctrine collectiviste, mais en fait de résultat, rien. Je me trompe : il y a eu l'affaire Dreyfus et la loi sur les associations, la désorganisation de l'armée et la guerre religieuse, c'est-à-dire la préparation de la guerre sociale. Voilà ce qu'en cinq ans les socialistes ont donné au peuple. Vu contraire, voyez, à côté de nous, ce qui se passe en Belgique ; les catholiques y sont au pouvoir depuis vingt ans et aucun Etat n'a aujourd'hui une législation sociale plus avancée, plus constamment, plus hardimen! progressive. C'est un contraste saisissant que.je vous conseille de mettre souvent sous les yeux du pays ; il n'y a pas de réponse plus décisive aux calomnies dont on nous charge devant les oiivriers.
Mais, pour pouvoir l'invoquer, il faut, vous le comprenez à merveille, que nous ayons un programme social, net et positif. 11 le faut, non seulement à cause des luttes qui s'apprêtent et qin. de plus en plus, dans l'écrasement des partis modérés, nous placeront seuls en face des socialistes ; il le faut aussi parce qu'en deliors de toute raison politique, c'est notre devoir de chrétiens Ais-à-vis des travailleurs, parce que nous leur devons, en conscience, notre concours désintéressé pour l'amélioration de leur sort, pour la satisfaction de leurs revendications légitimes.
Or vui programe social n'est pas une œuvre d'improvisation ni d'entraînement. La générosité du cœur qui porte vers les faibles et les déshérités ceux que presse le sentiment de leur responsabilité, ne suffit pas pour découvrir les moyens légitimes de leur témoigner un dévouement etTieace. Il y faut joindre l'étude, la
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réflexion, l'oliservalioii des fails éconoinuiiics. l.ji programme social elirélieii est encore t|iiel(jue chose de plus: c'estuneœuvrede doctiine. Les enseignements de l'Eglise en sont le point d'ap[)ui nécessaire : l'organisation des forces constitutives de la nation en est, avec la législation. Télément indispensable. C'est le grand péril de lEtat démocratique, et qui le met en danger constant de dissolution. <ju"il repose sur la conception individualiste de la société. Le socialisme, bien loin de leii préserver, ne fait que l'y précipite!' j)lus sûrement: car il n'y a entre l'individualisme et lui. ([nun conllit apparent, une opposition de mots. Tous deux, dérivent des mômes principes, de ceux que Le Play a si fortement appelés « les faux dogmes de la Révolution » : l'un est la conséc[uence de l'autre, en même lemps que son châtiment.
C'est pourquoi on a bien raison de dire que notre démocratie, pour subsister, en dépit de son vice originel, doit être chrétienne, pourvu qu'on entende par là qu'elle doit être protégée, contre ses propres tendances, par la force d'une organisation conforme aux lois immuables de l'ordre social chrétien.
Ces idées, au reste, vous sont familières. Elles forment, depuis longtemps, comme l'essence de notre action commune. Car, sur le terrain social, comme sur le terrain politique, il y a entre nous un contrat ancien. Nous l'avons signé, le i8 décembre 1892, dans cette réunion de Saint-Etienne, qu'assurément vous n'avez pas oubliée. Notre programme d'aloi's était, comme celui d'aujourd'hui, à la fois religieux et social : déjà nous pensions que la <( question religieuse et la question sociale sont intimement liées et qu'elles constituent ensemble toute la question politique -1. Déjà la mission
de la Jeunesse catholique nous apparaissait telle que nous la voyons encore : « Sur le terrain religieux, défendre la liberté de l'Eglise, réclamer ses droits, })rotester contre la violence, combattre la franc-maçonnerie afin d'arracher la France de ses mains ; sur le terrain social, opposer nos doctrines à celles des socialistes, leur disputer l'âme et l'intelligence du peuple, non pour le vain orgueil de le diriger, mais par amour pour lui. par dé\ouement sincère à sa cause, avec le ferme dessein de le conduire pacifiquement à un état social meilleur et plus juste, en le sauvant, lui et la patrie du même coup, de la barbarie que leur prépare le collectivisme athée où se résume aujourd'hui tout le programme socialiste. »
En vertu de ces principes, après avoir revendiqué la liberté religieuse la plus entière et celle de l'éducation chrétienne, nous demandions une organisation professionnelle qui permît de prévenir les conflits, de créer des caisses de retraite et d'assistance, de garantir des indemnités aux victimes d'accidents, de maladies ou de chômage, de déterminer dans chaque profession le taux du salaire, enfin de constituer entre les mains des travailleurs une certaine propriété collective.
Nous demandions aussi une législation sociale capable de protéger le foyer et la vie de famille par la restriction du travail des enfants et des femmes, l'interdiction du travail de nuit, la limitation de la journée de travail, l'obligation du repos dominical, la constitution du bicji de famille.
Voilà les idées qui nous inspiraient en 1892. Nous avons le droit d'y rester fidèles : j'ose dire que nous en avons le devoir, puisque Léon Xlll a daigné, dans une lettre mémorable, les couvrir de sa haute approbation.
[\'.]8 COMBATS d'iIILU ET d'aL JOLUD'iIL I
Foils (le ces eiicoiira^eineiils. ^ous voudrez donc, votre Congrès d'aiijourdlud le témoigne assez, en demeurer les défenseurs énergiques.
Mais vous ne prétendez pas «pie V [cfioii Libérale Populaire les accepte intégralemcnl et sans réserve. Elle ne le peut Jii ne le d(jil : Jeu ai donné la raison : c'est quelle n'est lœuvre ni d'un groupe ni dune école, et quelle veut otîrir aux hommes tle bonne volonté un terrain accessible à tous.
Or ce terrain, il me paraît très facile de le définir : c'est celui où se rencontrent tous ceux qui veulent sincèrement donner satisfaction, par des réformes loyalement étudiées, aux légitimes revendications des liavailleurs. et les aider à secouer, par la force de lorganisation professionnelle, le joug des syndicats socialistes.
En fait, ce sont les bases fondamentales de notre programme, et c'est assez pour que votre place soit marquée dans les rangs de ÏAclion Libérale Populaire, au point de vue social comme au point de vue catholiciue.
jetez donc, dans le grand combat quelle soutient, toute l'énergie, toute l'ardeur, toute la foi de votre jeunesse. OlTrez à son chef, avec l'affectueuse sympathie de vos cœurs, le dévouement empressé d'une troupe disciplinée. Apportez enfin à l'œuvre commune la belle, chrétienne et i^atriotique confiancequi naîtde la volonté et qui donne la victoire.
C'est le vœu le plus vif de votre vieil et fidèle ami.