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COMBATS D HIER ET D AUJOLRD HUI UÇ)!
pour tous les protégés de la loi : le principe ainsi posé se fût étendu, par une conséquence naturelle, à tous les ouvriers.
Alors, comme aujourd'hui, tous étaient daccord sur la nécessité du repos hebdomadaire pour les travailleurs.
Ce qui restait à décider cétait de savoir si ce jour doit être ou non déterminé par la loi, et c'est encore la première question posée par lenquête.
Or, si le jour de repos n'est pas déterminé d'avance, qui le fixera ? Le patron, apparemment. Mais qui garantira que le choix du patron sera celui qui convient aux ouvriers .^ Seront-ce donc les ouvriers ? Comment s'y prendront-ils, et qui assurera, de la part des patrons, l'obéissance à leur volonté ?
Sera ce alors l'entente entre le patron et les ouvriers i' Cette méthode, excellente, indispensable à mon gré, quand il s'agit de déterminer les applications variables d'un inême principe, est insuffisante pour poser le principe lui-même. Toute la législation industrielle repose sur cette base. Elle a précisément pour objet de fixer certaines règles communes et imposées par des considérations sociales d'ordre général. Le jour du repos hebdomadaire est assurément du nombre, et l'on s'étonne de voir des défenseurs résolus et souvent très excessifs de l'intervention de la loi dans le contrat de travail, en devenir les adversaires quand il s'agit d'un de ses objets essentiels.
Mais une autre raison encore rend nécessaire la fixation légale du jour de repos. L'inspection est un corollaire nécessaire de la législation industrielle : comment les inspecteurs pourront-ils faire respecter le repos hebdomadaire, tant que le jour n'en sera pas commun et déterminé ■'
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Liiii clioisil le •liiiidi, un autre le jeudi, un troisième le dimanche. Dans la même usine, peut-être, ou décide que telle catégorie d'ouvriers chômera un jour, telle autre le lendemain. On établit un roulement, on divise les équipes... Au milieu de cette confusion, comment rinspecleiu' peut-il remplir sa mission '}
On dit : « Mais, en fait, le repos est presque toujours le dimanche... » Je le crois, et alors je demande : Qui donc empêche de le dire dans la loi ?
La liberté de conscience ? C'est bien la prétention des ennemis du repos dominical : ils ne veulent pas, disent-ils, offenser la liberté de conscience.
Or, c'est précisément ce qu'ils font. De qui, en effet, la liberté est-elle en cause ici ? Ce n'est pas, assurément, celle des libres-pejiseurs, de ceux qui n'ont aucune croyance et ne veulent pratiquer aucun culte. Pour ceux-là, le choix du jour de repos leur est bien indifférent, au point de vue religieux du moins, car, à d'autres points de vue, je le montrerai tout à l'heure, ils ont, comme les croyants, un très grand intérêt au choix du dimanche ; mais il est évident que leur conscience est ici hors de cause.
Les autres, au contraire, ceux qui croient et qui veulent pratiquer, que fait -.on de leur liberté à eux ? Ne voit-on pas qu'avec ce prétendu respect de la liberté, c'est la leur qu'en fait on offense gravement, la leur et la leur seule qu'on atteint ?
Quoi qu'on puisse dire, quoi qu'on puisse désirer, une partie considérable de la population ouvrière, l'immense majorité de la population féminine est encore profondément attachée à ses croyances et fidèle à les mettre en pratique.
De quel droit, au nom de ce qu'on npptlic !a iibi'ifé.
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va l-on violenter toutes ces consciences chrétiennes et les mettre dans limpossibilité de remplir leur devoir le plus essentiel en portant à Dieu, le dimanche, dans ses temples, rhommage dadoralion que leur foi leur impose ?
Croit-on qu'il n"y ait ici pour eux qu'une simple question de repos physique et matériel, et que le désir de trouver ce jour-là, pour leur âme et poiu- leur esprit, le réconfort dont ils sont si souvent privés, ne tienne pas pour le moins dans leur pensée une place aussi grande que le besoin du délassement physique ?
Croit-on qu'ils comptent pour rien la liberté de s'élever un peu, en les oubliant pour un moment, au-dessus des préoccupations ^purement matérielles auxquelles ils sont condamnés pendant tout le reste de la semaine ?
Quelle idée se fait-on de ces hommes, à quel rang veut-on les abaisser, si on n'admet pas qu'il y ait dans leurs âmes une aspiration vers l'idéal, vers un inonde meilleur que celui où ils gagnent durement leur pain de chaque jour, et comme un besoin instinctif de relever quelquefois vers le ciel leur front toujours courbé vers la terre ?
Les sectaires, emportés par leurs passions antireligieuses, ne savent pas ce qu'est le dimanche des chrétiens. Il faut les plaindre et plaindre plus encore ceux qu'ils empêchent d'en jouir, ces déshérités de la vie, sevrés de toutes les joies du monde, de toutes les jouissances de la richesse, à qui l'Eglise parle, pendant tout un jour, d'espérance et de consolation, en leur prodiguant ses pompes, ses harmonies et ses splendeurs.
La libre possession de ce jour-là. c'est pour l'ouvrier
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chrétien la force do sa vie et la véritable condition de son indépendance.
Mais le diniaiiclie n'est pas seulement une fête religieuse pour le chrétien, il doit èlre aussi pour tous une fête de famille, et quand nous demandons à la loi d'en faire le jour commun du repos, cest la vie de famille que nous voulons rendre aux ouvriers.
Que devient-elle, en effet, si le jour du repos nest pas le même pour tous ses membres ;*
La mère travaille dans une fabrique, le pèic dans une autre, l'enfant dans une troisième : quand se réuniront ces membres épars d'un même corps ? Quel jour pouriont-ils se trouver rassemblés ■*
Le repos hebdomadaire n'est il donc que celui des bras et la cessation du travail ? Est-ce qu'on ne veut pas que. ce jour-là, le foyer, désert et froid pendant la semaine, soit un peu transformé, qu'un rayon de gaieté vienne l'embellir, que la famille, séparée pendant six jours, se trouve rassemblée autour d'une table garnie d'une nourriture un peu meilleure, que des vêtements propres et réparés remplacent les habits ordinaires du travail, et que tous, réconfortés par ce renouveau de bien-être, puissent, oubliant un peu leur misère, fuyant pour quelques heures l'air étouffé du faubourg ou de la cité ouvrière, s'en aller joyeusement respirer l'air pur de la campagne !
Si ce n'est pas cela qu'on veut, si le repos hebdomadaire n'est qu'un temps d'arrêt dans le travail, l'homme est traité comme la machine elle-même.
Le fondement delà législation du travail, sa grande raison d'être, celle qui devrait, à mon sens, en rendre tout le monde partisan, c'est cette préoccupation dominante du rétablissement de la vie de famille.
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Si nous demandons que les enfants, que les femmes ne soient pas livrés au travail pendant la nuit, si nous désirons qviun jour vienne où la femme mariée ne travaille plus à la fabrique, c'est qu'à nos yeux la désorganisation de la famille est la plaie la plus douloureuse de notre état social et le mal le plus profond dont souflrc la classe ouvrière.
Or. la première condition pour que la vie do famille puisse renaître, c'est quil y ait un jour où tous .ses membres se trouvent réunis autour du foyer, où les mères embrassent leurs enfants et ne soient pas obligées d'abandonner les plus jeunes à des mains mercenaires.
C'est pourquoi le repos dominical lui même n'est complet que si. comme en Angleterre, il commence dès l'après-midi du samedi : c'est ce que je demandais encore en 1890. M. Richard Waddington. qui, en qualité do rapporteur, combattit alors mon amendement, s'est fait récemment, auprès du Sénat, qui l'a adoptée le 3o mars dernier, le promoteur d'une loi consacrant ce principe, au moins à titre facultatif. Il y a là un indice frappant du progrès que nos idées ont fait dans les esprits et nous ne pouvons que nous en féliciter.
On accuse souvent l'alcoolisme des ravages que le travail industriel fait dans l'organisme humain, et, certes, personne n'est plus convaincu que moi du danger dos cabarets ; quand le Parlement voudra bien s'affranchir des préoccupations électorales pour en restreindre le nombre, et exercer sur eux une surveillance efficace, je m'associerai volontiers à cet acte d'hygiène sociale. Mais enfin on a bientôt fait de reprocher à l'ouvrier la fréquentation du cabaret I Oii veut-on qu'il aille s'il n'a pas de foyer, s'il n'y a personne à la maison
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pour y faire le mcnugc. pour la reiidie «aie, propre et souriaiile ?
(Jiiaiu! lui homme a Lra\ aillé loule la semaine crun dur labeur, et que, reulraul elicz lui. il n"\ trouve ni sa l'emme, ni ses enfants, (juand le foyer est obscur et sans feu, encore un coup, oîi veut-on quil aille ?
Les prédicateurs de morale eux-mêmes, sont ils bien sûrs qu'à sa place ils résisteraient à Tattrait de cette salle, où du moins il fait chaud, où il \ a de la lumière et des camarades à qui parler i'
Qu'on donne d'abord à l'homme une famille, un ménage, un intérieur, et on pourra, avec plus d'autorité, lui prêcher la tempérance et l'horreur du cabaret.
Dans ces questions, c'est, nous dit-on quelquefois, faire trop de sentiment.
Je suis d'avis, quant à moi, que le sentiment est souvent un guide plus sûr que les plus beaux raisonnements, et je pense comme M. Jules Simon quand il parlait, dans V Ouvrière, de ces admirables mécaniciens de la vie sociale qui ont tout [)révu : la crèche pour les enfants, l'atelier poui" la femme et pour l'iiommc, l'hôpital j)our les vieillards et qui, songeant à tous les besoins du corps, n'ont oublié que les besoins du cœur.
Ces besoins, ils n'auront pas de satisfaction si la famille n'a ]3as un jour complet de repos commun. Et si un jour de la semaine doit être fixé pour ce repos commun, il n'est personne, je crois, qui puisse sérieusenieid en proposer un autre que le dimanche. Je me contenterai de citer à cet égai'd ces paroles de M. Vandervelde, l'orateur bien connu du socialisme belge : u Pour jouir de la vie de iamille, dit-il, il faut que le repos hebdomadaire, dans la mesure du possible et
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sauf les exceptions indispensables, ail lieu le même jour pour tous... Or, quel doit être nécessairement le jour du repos hebdomadaire commun ? C'est celui qui nous est donné par une longue tradition, celui qui est déjà le jour du repos du plus grand nombre de nos concitoyens : c'est le dimanche ! »
Tels furent à peu près les arguments (j'omets à dessein ici ceux d'un caractère plus technique) que je préscidai à la Chambre en i8go. Le rapporteur de la loi, M. Richard ^^ addington, n'essaya pas d'y répondre. Il se contenta d'adjurer ses collègues de la majorité de rester « fidèles à leurs mœurs politiques ». Ceux-ci, hélas ! lui obéirent. •
Depins, nous avons vu le mal s'accroître, et les revendications des ouvriers, celles des employés dv commerce, le dénoncent avec juste raison.
L'enquête entreprise par la Croix achèvera, je l'espère, d'éclairer les esprits et préparera l'adoption d'une mesure depuis si longtemps attendue.
CO.MUATS. — I. —