‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 4)Chapitre 41 sur 58 · LETTRE AU R. P. DOM DU BOURG · texte numérisé non relu

LETTRE AU R. P. DOM DU BOURG

■AT janvier igoo.

Mon Révérend Pêke, cher Camarade ET VIEIL Ami,

Ces noms variés que mon cœur dicte à ma plume, et le familier tutoiement qui va les suivre, contrastant singulièrement avec le premier d'entre eux, disent assez que nous sommes unis par des liens nombreux et diversement intimes. C'est qu'en effet la fraternité militaire de notre jeunesse s'était, dans notre âge mûr. continuée, sous une forme nouvelle, par le dévouement aux mêmes œuvres sociales, longtemps avant que le saint habit qui couvre aujourd hui tes épaules, vieillies comme les miennes, n'eût ajouté la chrétienne obligation d'un sentiment plus respectueux à la persévérante fidélité de mon amicale affection.

J'aime à me parer de tous ces titres pour te dire avec quelle émotion je viens de lire l'histoire du « Frère Gabriel » : car c'est bien l'ancien soldat, le chrétien, l'admirateur de l'ordre monastique, dont ce

I. Le R. P. Dom du Bourg, bénédictin, ancien ollicier, venait de publier sous le titre Du champ de bataille d la Trappe, la \ ie du Fr. Gabriel, trappiste, ancien capitaine de dragons.

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récit, simple el touchant comme une pieuse chronique, a. tour à tour, fait vibrer l'âme profondément.

Lorsque ton livre a paru, voici déjà plus dun an, les occupations dont j'étais alors accablé me laissèrent à peine le temps de parcourir en grande hâte ce chemin qui va d du champ de bataille à la Trappe », et dont lAcadémie française a caché l'austérilé sous les Heurs dune de ses couronnes Ce fut assez pour me donner le très vif désir d'en refaire, pas à pas, les étapes, et. paivenu au terme de ce captivant pèlerinage, j'ai hâte de t'offrir enfin le tribut de ma très sincère reconnaissance.

Je dis de ma reconnaissance, parce que je veux plutôt te remercier du bien que ton livre m'a fait, que l'adresser des félicitations, pour lesquelles je me sens très insuffisamment autorisé. Tu ne dédaigneras pas.au reste, j'en suis sûr. la simplicité de ce témoignage intime. Car tu as voulu, avant tout, fidèle à ta haute mission sacerdotale, pieux interprète du saint moine dont tu racontes la vie mortifiée, faire une œuvre d'édification.

Trop souvent on a l'habitude, même dans les milieux chrétiens, de considérer les écrits de cette sorte comme d'un genre quelque peu inférieui-. On dit volontiers: « Ce n'est qu'un livre pieux! » el. s'il arrive que le mérite littéraire, l'originalité du récit, l'intérêt qu'y découvre l'érudition, forcent davantage l'attention, c'est à ce point de vue seulement qu'on consent à lui décei'uer des louanges.

Combien de témoignages notre temps n'ofl're-t-il pas

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de ce dilcllantismc mondain, dont il no faut, u vrai dire, se plaindre (juà moitié, pnisquil concourt à remettre en honneur I Miistoire sacrée, mais qui ne sulFit pas cependant à en l'aire c()in|)rcii(lr(' l'esprit ou saisir la portée !

Ainsi la « Légende dorée )) a-t-elle, de nos jours, trouvé des admirateurs et des apologistes imprévus, qui n'en ont vu que le charme extérieur, sans pénétrer les pieux desseins dont s'insj)ira Jac(pies de Yoragine, Fhumhle Frère prêcheur.

L'exemple vient ici naturellement à ma pensée, ])uisque, dans la seconde partie de ton livre, où se déroule, en ses merveilleuses manilestations, l'œuvre de Dieu sur l'âme de son fidèle serviteur, tu as voulu emprunter aux vieux clironi([U(>ui's la l'orme naïve de leurs biographies.

Si tu as réussi à les si bien imiter, c'est que, comme eux, lu as cherché d'abord à l'aire paraître l'action surnaturelle. Dans la lutte quotidienne, soutenue, au prix de tant d'humiliations volontaires, par le ])auvre Frère trappiste, contre les j-etours de l'orgueil, même le plus légitime, du capitaine de dragons, ce que tu as voulu montrer, c'est l'esprit héroïcpie qui fait les saints.

Le Frère Gabriel, repoussant les joies mysti(|nes du sacerdoce, pour se réduire aux plus modestes emplois, soignant l'âne du mojiastère, récoltant les choux du jardin, ou portant aux maçons des sacs de plâtre, offre au lecteur attentif le plus admiiable sujet de médilatioji. Le monde, sans doute, ne comprend guère ces abaissements : il dédaigne, s'il ne s'en rie, leur apparente stérilité. Quiconque, cependant, s'élevanl au-dessus de ses jugements légers el superficiels.

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inlcrroo;cra le mystère des âmes vraimeiil fortes, (léeouvrira bientôt leur secret dans ces obscures vicloires de la volonté, que cette reclierche de l'humilité manifeste ici sous une forme particulièrement rude, mais dont toute vie offre l'occasion plus discrète à qui la veut saisir.

Ton livre éveille d'abord ces salutaires pensées et c'était son premier objet.

Il en atteint un autre. En même temps qu'il montre h quels traits se connaissent les saints, et par quels détachements se forment leurs cœurs, il fait paraître, sans effort, dans l'enchaînement du récit biographique, la simple grandeur de la vie monastique.

A l'heure où, de toutes parts, elle s'écroule dans notre pays, sous la \iolence et la calomnie, où ses asiles séculaires sont brutalement fermés et leurs hôtes dispersés, le pauvre Frère Gabriel apparaît dans la triple auréole de l'obéissance, du travail et de la pauvreté, comme la protestation de la vérité contre le menson»e.

Voilà, pris sur le fait, ces perturbateurs de la paix: publique, ces artisans de guerre civile ! voilà ces inutiles ! voilà ces accapareurs de la richesse nationale ! L'histoire de la Trappe de Chambarand répond mieux que tous les discours aux accusations des persécuteurs. Je n'ai pu. quant à moi. la lire sans une émotion profonde, évoquant dans ma pensée la figure charmante de ce baron de Duras, abbé de Saint-Lieu-Seplfons, qui lourna ^ers les âpres solitudes du Dauphiné les ardeurs du futur Ti-ajipiste. et dont une rencontre

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