Déccdéo à Paris, le 3 février igoô
2. Bossuet. Oraison funèbre de MiciicI Le Tellior. clianceiicr (]c I-^rancc.
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Quand la morl. difii coup toujours inalleiidu. f[ai)])e un chef de famille qu'entouraient de longues tendresses et de vieilles amitiés, la douleur des survivants, longtemps groupés autour de lui. rend elle-même témoignage à rinvincible puissance de la vie.
Sans doute, l'ordre naturel, en dénouant les liens formés par les habitudes du cœur, n'éveille pas. comme les tragiques rujitvues qui le troublent brusquement, d'ardentes compassions, et trop souvent ses impassibles destructions ne rencontrent que la frivole affectation d'une indifférence irréfléchie. Mais ceux ((ue touche directement la rude loi de l'humanité, en mesurent mieux la cruelle amertume : car elle ouvre dans leurs âmes un vide où nulle promesse d'avenir ne prend plus désormais la place des dons du passé, et dont l'effroi les remplit d'une tristesse désolée. L'adieu suprême qu'il leur faut dire au mourant plein de jours qui furent les leurs, s'adresse en même temps à leur propre vie : quelque chose d'eux-mêmes finit aAcc celui qui donnait aux souvenirs aimés l'illusion de la perpétuité. C'est toute une jeunesse qui s'ensevelit dans cette mort, toute une histoire de joies intimes dont cette heure marque la dernière, un livre entier de secrètes confidences qui se ferme avec ces veux.
De tels regrets, cependant, ne sont pas une révolte de l'àme contre la volonté de son Créateur, mais plut(M l'instinctif hommage de la nature envers Lui. Car la vie est un don divin : s'il est commandé d'en user pour Dieu, il n'est point défendu de l'aimer. Le courage est de savoir la sacrifier, non de prétendre la mépriser. L'offrande spontanée du sacrifice fait l'héro'ïsme des saints, et le volontaire détachement des choses terrestres en devient la récompense anticipée : sa dociie accepta-
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lion csl lobligalion coinmiiiic. cl lit ii<iii('ur. (luicinciil éprouvée, du délaclicmcnl (Icniicr on coniixMisc l'insufllsauco.
Ces médilalions assiégeaicnl de leur ^ra\ ilé douloureuse l'es])rit des amis fidèles f[ui. le 3 lévrier dernier, près du lit où M"'" la Comtesse de Biron ' s'était endormie, quelques lieures plus tôt. dans limpénélrable mystère, mêlaient leurs larmes el lenis ])rières à celles de ses enfants et de ses proches.
Elle semblait presque sourianicel son \isa<4-c fali^ué gardait, pour l'offrir à la mort, l'aeeueillanto expression que, si longtemps, aimèrent en elle ceux qui l'approchaient. Car cette vertu de l'accueil, aimable entre toutes, fut vraiment comme l'extérieure révélation de son ame. Assise paimi les souvenirs de sa vie passée, entre les portraits de ses enfants et de ses petits-enfants, elle recevait chacun comme s'il lui apportait une joie personnelle. D'un mot. d'un geste, elle prenait possession des cœurs, et. les ayant séduits j)ar ce premier mouvement, elle le répétait, avec une inlassable bonté, pour les retenir comme par le don du sien.
Fière du sang qui remplissait ses veines, elle en faisait surtout connaître la chaude abondance, et telle elle paraissait dans les effusions de la ftimille ou de l'amitié, vive en ses témoignages, ardente en ses sentiments, prompte en ses sympalliics. telle elle se montrait à tous ceux qu'amenaient près d'elle la
I. Charlotte-Marie de Fitz-James. nc-e le i mais i83i, mariée le 7 mai 1849 à Etienne-Charles, comte de. Biron, morte le 3 février 1905.
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renommée de son cœur, la souffrance, dont elle appelail l'aveu par un charme secret, la vanité même, flallée par son rang, et qu'elle tournait vers le bien.
Ainsi, mère passionnée, amie dévouée, figure au plus haut point attachante pour le monde, fut-elle en même temps une femme d'oeuvres incomparable. Ce n'était pas seulement qu'elle mît, à celles qu'elle entreprenait, toute lardeur de son âme généreuse, ni quelle sût, par des instances que son exemple justifiait et qu'aucun obstacle ne décourageait, obtenir des concours qu'elle stimulait sans relâche : c'était surtout parce qu'elle avait l'art de prendre les cœurs, en demandant les volontés.
Une de celles qui fut, dans la charité, sa fidèle auxiliaire, disait, le lendemain de sa mort : « Elle savait si bien remercier ! « Cette simple parole exprime quelque chose de plus qu'un hommage rendu à la gratitude aimablement otTerte. Dans ces remerciements qui laissaient une trace si profonde, on sentait, sous l'enveloppe des mots, la promesse de son affection et. par là, ceux qui l'avaient aidée, se voyant payés à si haut prix, devenaient ses obligés.
S'il était permis de remonter aux sources de cette rare vertu, il en est trois qui. peut-être, se pourraient découvrir dans l'âme d'élite dont elle était le rayonnement.
M'"" de Biron avait, au suprême degré, l'intelligence du cœur, l'indulgence du jugement et le goùl du dévoùment.
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Elle-même oprcjiivéc pai" tle (ruelles sounVanees. elle savait manier la donleiii-. en pailer la langue et en écouler la plainte : elle fut une admirable consolatrice. Ceux qui venaient vers elle accablés, s'en retournaient lelexés. Il senihlail aux aflligés qu'un l'ayon sortit d'elle, allumé [)ar la diA ine parole : (( Venez à moi, u vous (|ui êtes chargés de peine, et je xous soulage- « rai. » ,
Dans son auréole d'épouse inconsolée et de mère incomparable, elle n'avait, pour les l'aiblcsscs de la vie, ni rudesse, ni mépris: aux âmes qu'elles ont meurtries, elle gardait, au contraire, une secourable pitié. Bien qu'en tous les sujets elle montrât volontiers l'ardeur de ses impressions, jamais elle ne s'y livrait jusqu'à la rigueur, encore moins jusqu'à l'injustice ; son cœur droit et sûr passait à travers sa parole spontanée.
Elle était, cnlîn. avide de dévoùment. Toute sa nature, tout son cœur, toute la race qui resplendissait en elle, se soulevaient contre régo'ïsme et contre l'inutilité de la vie. La sienne fut ainsi, sans qu'elle le proposât jamais elle-mêine, un exemple constant offert au monde où elle Aivait.
L'histoire de ses œuvjcs personnelles lemplirait de longues pages : ce n'est pas le lieu de l'écrire. Il faudrait la suivre des pauvres maisons du village oii, dans les radieuses années de sa triomphante jeunesse, se formait sa charité, aux ambulances du siège de Paris où elle s'était faite infirmière volontaire, puis des lits où les Dames du Calvaire soignent les cancéreux, aux maisons de famille pour les ouvrières dont elle fut la première fondatrice, et surtout à cet asile des « Petites i)réservées » ([ui fut la ciéation et la orande affaire de ses dernières années.
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Là. les petites martyres de la l)arbarie ou de Tabaiidon. recueillies, par ses soins, au Dépôt delà Préfecture de police, lorsque la déchéance de leurs parents venait dèlre prononcée, trouvaient le salut de leurs corps et celui de leurs âmes. M""" de Biron les aimait dun amour maternel, ne cessant d'admirer, avec des transports de reconnaissance envers Dieu, la grâce qui transformait ces pauvres enfants en jeunes fdles parfaites, économes et laborieuses. Le jour de sa mort, celles qu'elle avait ainsi sauvées vinrent Tentourer du cortège qu'elle eût souhaité pour son escorte dernière. Toutes, en larmes, approchaient de ses mains leurs chapelets et leurs crucifix, voulant, comme pour les reliques des saints, que quelque chose de sa vertu passât en elles par ces objets consacrés.
Que dire de plus ])our son éloge funèbre ?
L'imparfaite esquisse de cette belle âme demeurerait, cependant, elle-même incomplète, si un mot discret ne laissait apercevoir la blessure qui. durant trente-quatre ans, fut à la fois sa souffrance et sa force.
A la première page d'un cahier où M""" de Biron notait ses intimes pensées, elle avait tracé ces mots, empruntés à un livre écrit, par une main pieuse, en souvenir d'êtres chéris ' :
« Mon Dieu ! ne séparez pas ce que vous avez uni. (' Souvenez-vous que nous nous sommes toujours
I. Récit d'une sœur, par M""" Vugustus Graven, née La Ferronnays, t. I. p. !\ôo. d'rière écrite dans son jonrnal, par Alexandrine de La Ferronnays, le 6 avril i832, huit jours après la mort de son mari.)
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(( souvenus de \ous, que nous inous beaucoup |)rié « ensemble et que nous avons voulu f[ue noti-e amoui- « iul élenu'l. » (c) jan\ ier 1871 .)
A 1 lu'ure où lonibail sur eettc page ce cii damour et d'espérance. Paris bouil)ardé se dél)allail dans l'agonie. Au deuil universel s ajoutait pour M"" de Biron lindicible épreuve du plus rude sacrifice. Le comte Etienne de Biron, son mari, saisi par le froid sur les rem|)arts, à son poste de soldat, venait de mourir en (jueUpjes heures, fidèle à la devise de sa maison : Péril, sed in (innis.
Ceux-là seuls peuvent comprendre ce que fut cette douleur, qui ont connu la vie ainsi brisée poui* toujours. Pendant vingt années, près d'un époux quelle chérissait, au milieu d'enfants dont la beauté préparait à son cœur tous les orgueils, d'amis qu'elle séduisait par sa grâce, et le charme d'un délicieux visage, M'"" de Biron avait paru comblée de toutes les joies de la terre. Mais, pour elle et pour son mari, un bonheur surnaturel, plus profond que ces joies humaines, marquait progressivement, de sa forte et douce empreinte, leurs âmes étroitement unies par une piété grandissante. Ils redisaient entre eux, dans leur tendresse divinement transformée, le cantique des époux chrétiens dont parle Lacordaire, a que la mort même ne fait pas taire, parce « que l'éternité qui le leur prête ici bas. le leur rend « dans le sein de Dieu '. »
C'était leur confiance, leur certitude. Ils ne s'attendaient pas que. sitôt, le cantique de la terre serait interrompu : mais la mort ne le fit pas taire. M'"' de Biron ne cessa de le chanter, dans une douleur mêlée d'un