ALLOCLTFO.N AUX OBSÈQUES DE M. HENRI DE LVSSUCIIETTE
Messieurs,
L'Œuvre des ceieles catholiques esl c rucllemcnt éprouvée. 11 y a (quelques mois, celait Victor Pierre c[ue Dieu rappelait à lui, en un instant et par un coup foudroyant. Aujonid'hui, c est Henri de Lassuchette qu'une courte maladie, presque en quelques heures, enlève à notre atîeelion, à celle de sa lamille, au Cercle dont il était l'âme, à toutes les œuvres qu'il soutenait de son inépuisable dévouement. L'un avait atteint la vieillesse, l'autre était dans toute la maturité de son âge : mais tous deux étaient, pour !'( Euvre, des vétérans.
Henri de Lassuchette entra dans nos rangs dès sa première jeunesse et, aussitôt, il y prit une place que son zèle devait toujours élaigir, sans que jamais sa modestie recherchât, pour la servir, d'autres fonctions que celles où il pouvait le mieux exercer son actil dévoûment.
I. Membre du flomilé général de l'Œiarc des cercles cnllioliques d'ouvriers et Président du conseil de c|uartier du cercle de Vaugirai'd-Grenclle, décédé à Paris, le 9 mai 1905. Celle alloculion a été lue, au nom de M. de Alun, par un des assistants.
COMBATS DHIER ET d'aUJOURDHLI 545
Tel vous lavez vu, au cercle de Vaugirard, se donnant tout entier à la tâche, dirigeant, agissant, animant tout de sa !'oi et de sa piété, tel nous l'avons connu, il y a près de vingt-cinq ans, acceptant dans le secrétariat de rŒuvre les fonctions les plus laborieuses, se prodiguant, dans nos fêtes, dans nos banquets, dans nos grandes réunions, alors si nombreuses et si fréquentes, aux soins multiples de l'organisation, puis se consacrantavec la même bonne volonté aux démarches fatigantes et répétées qu'exigeait le développement croissant de notre propagande.
Il avait l'amour de l'Œuvre 'des cercles, comme d'autres ont l'amour du régiment : il en aimait les habitudes et les exercices ; il s'attachait à ses règles avec une scrupuleuse fidélité ; il défendait ses droits et ses intérêts avec une ténacité que rien ne décourageait.
J'insiste sur ce trait de son caractère parce qu'il est digne d'être offert en exemple dans ce temps oi!i l'égo'isme personnel, l'esprit d'indiscipline et le mépris des traditions exercent autour de nous de si cruels ravages. Dans la sphère où Dieu l'avait placé, Henri de Lassuchette a pratiqué des vertus qui. sur un plus vaste théâtre, et directement appliquées au service du pays, sont par excellence des vertus publiques et sociales.
Cet amour de son Œuvre alla chez lui jusqu'aux sacrifices les plus rares, tous le sa \ eut ici et ce serait offenser sa mémoire que d'insister, par une louange indiscrète, sur la générosité qui lia si étroitement sa vie personnelle et celle de son Cercle.
Son dévouement, d'ailleurs, ne s'enfermait pas dans la maison dont il avait fait la sienne. Il ' se répandait
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an dehors et nul. parmi ccnx qui soni rnrirs au mouvomcnl des œuvres, n'ignote la louchanle iniliali\e par laquelle il Aonlut donner aux enfants du peuple la joie de respiier pendant quelques journées d'été un peu de eet air marin, pur et vivifianl. qui semblait réservé auv pri\ilégiés assez riches pour en aller chercher le bienfait.
Sa vie fut couronnée par cette belle et charitable entreprise, et le dévouement envers les faibles et les déshérités qui séduisit ses premières années, (pii occupa tout enlière sa trop courte existence, en lui ainsi la dernière pensée.
Tant dœuvres accomi)lics pour le service de Dieu et l'amour des ouvriers lui avaient déjà, sans doute, mérité la récompense promise aux hommes de bonne volonté, et Dieu, dans son impénétrable sagesse, nous l'a ravi alors que nous le croyions pour longtemps encore nécessaire.
Nous adorons sa volonté, en pleurant notre ami. en j)rianl pourqueson àme. si elle n'en jouit déjà, reçoive bientôt la gloire éternelle.
Eloigné de l'CËuvre qu'il a si bieji servi, réuni à ceux qui. partis avant lui, la servirent d'un égal dévoûment, il continuera, avec eux, à la servir encore en intercédant pour elle. Rien ne saurait mieux convenir à notre douleur que cette chrétienne et foilifiante pensée.
Avec l'hommage de notre affection pour celui que nous avons perdu, je l'offre aux deux familles d'Henri de Las.suchette. celle du sang et celle du dévoûment, comme la meilleure et la plus douce des consolations.
LETTRE A L'l\ DES DIRECTELRS DU PATRONAGE SAINT-GERVAIS
Paris, le i3 mai kjoô.
Mox CHER Ami,
Jai espéré, jusqu'au dernier moment, pouvoir assister à la représentation, si intéressante, que les jeunes gens du patronage Saint-Gcrvais oui eu l'heureuse pensée d'organiser, et à laquelle ils m'ont fait le grand honneur d'associer mon nom.
Puisqu'il me faut, à mon vif regret, renoncer à cette joie, je veux, au moins, vous remercier vous et vos collaborateurs, de votre bienveillance, et vous dire de quel cœur sincère et chaleureux, j'applaudis à votre Œuvre.
L'initiative que vous prenez aujourd'hui, mérite, en effet, toutes les louanges et tous les encouragements.
C'est une belle pensée que d'avoir choisi pour thème de votre réunion un drame chrétien i. interprété par le génie des plus grands maîtres, et d'en avoir confié l'exécution à la fois aux jeunes gens du Patronage et
I. Le drame Domine, quo radis? emprunté à l'œuvre de >Sienkievicz.
j/jS COMRVTS d'hier ET d'aUJOLHOFI 1 F
à (les at'lislcs rniiiuMils qui savciil si iiiciNfilIcnscmi'iil Iraduiic la imisicjuc sacrée.
l ne lelli> assoeialioii . [nnw un lel ohjel. esl un exemple ('(''cond el une él(>(|nenle leçf)n.
L'exemple ([ue je voudrais Aoii- se «généraliser dans les œmres eallioliques, c'est celui du. généreux cfforl entrepris ponr intéresser les intelligences et distraire les esprits, en les élevant vers l'idéal, en les initiant à la heauié littéraire et artisticjue. au lieu de les retenii-. comme on le fait trop souvenl. dans la médiocrité des drôleries \ulgaires et des chansons de café-concert.
Ceux qui. par leur talent, \eulenl bien aider à la réalisation d'une si heureuse» expéiience ont droit à la reconnaissance de tous.
Ce n'est pas seulement une bonne œuvre qu'ils accomplissent, c'est une idée qu'ils servent, idée essentielle, dont vous montrez assez, vos amis el vous, (pie NOUS êtes pénétrés, je veux dire l'éducation intellectuelle du peuple.
,Voilà la leçon que vous joignez à l'exemple.
Les grandes lran.sformalions accomplies dans notre état social, et (pii ont marqué l'avènement de la démocratie, imposent des devoirs pressants à tous ceux ((u'inquièlent les destinées de notre pays.
L'obligation de l'école et sa gratuité, l'essor immense donné à l'instruction primaire, j'ajoute la persécution dirigée contre l'enseignement libre, ouvrent aux esprits réfléchis des horizons de plus en plus vastes.
Linsuftisance de l'école pour l'éducation populaire éclate à tous les yeux. C'est entre les années où s'achèNC sa vie d'écoliei-. où commence sa vie d'homme et de citoyen, ({ue se décide, pour le traAailleur. la formation (le son caractère el de son inlellitî'ence. celle aussi
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de son âme dont nous, catholiques, nous ne pouvons nous désintéresser.
Les œuvres post-scolaires sont ainsi la gianclc nécessité de notre temps. Elles ne peuvent porter des fruits vraiiTient sérieux et durables, que si elles s'appuient sur la foi chrétienne qui éclaire l'intelligence et lui sert de guide, sur la recherche constante des hautes aspirations et des nobles sentiments qui l'élèvent aux sphères supérieures, sur le dévoûment, enfin, qui seul peut, à force de désintéressement, simposer à elles et entraîner les volontés en conquérant les cœurs.
Aucune tâche plus belle ne saurait être offerte à la jeunesse catholique : aucune n'est plus méritoire.
Je ne saurais exprimer assez haut l'admiration que minspirent ces étudiants, tout le jour courbés sur les livres, dans la fiévreuse attente de l'examen décisif, et qui, le soir, le dimanche, aux jours et aux heures du repos, s'en vont, pressés par le besoin de se donner, porter aux ouvriers le trop plein de leur esprit et de leur âme.
Vous en êtes, mon cher ami, vous et vos amis, et cest pourquoi, de tout cœur, en vous renouvelant mes excuses et mes regrets, je vous adresse ici. l'expression de ma très vive et très cordiale sympathie.
A. DE MuN.
\1V LETTRE \ M. .I1;A\ LEROELE
l>Bl':SlDENT DE L'ASSOCIATION CVTIIOI.IQI K DE LA JELKESSE FUWÇVISE '
Paris, le :!(j mai H)o5.
Mon cher Ami,
Je voudrais répondre pleinement à voire appel et à votre confiance, en adressant au Congrès une lettre qui fût véritablement digne et de l'assemblée et de vous-même. Pardonnez-moi si je ne vous envoie, avec un salut cordial, qu'une parole dafFectuouse sympatliie et de chaleureux encouragement.
Le temps me fait défaut pour vous écrire plus longuement. Puis que pourrais je ajouter au discours dont le Congrès va ce soir entendre les admirables accents et récompenser l'éloquence en saluant, d'un même applaudissement, deux générations d'orateurs et de chrétiens ?
Soufflez donc qu'en m'associant, de tout cœur, à ce double hommage, je me borne à vous dire, en deux mots, combien l'œuvre \lu Congrès me paraît op|)orlune.
Sans doute, à l'heure oii nous sommes, alors que se prépare, par de lamentables discussions, l'apostasie officielle de la France, il semble que les catholiques ne puissent, dans leurs réunions, donner à leurs travaux et à leurs résolutions d'autre objet que la protes-