‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 11 sur 94 · CRE EUX RASE S GADETL RE NS LOT ANT · texte numérisé non relu

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ho COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

chose comme l’Abeat quo libuerit! de Bossuet, à propos de la Déclaration des quatre articles.

Mais non, M. Clemenceau n’abandonne rien de cette loi de Séparation qui «n’est pas un chef-d'œuvre ». Il le déclare très haut, et qu'il ne reculera pas, cette fois, comme « sur la question de l'opportunité des inventaires ». .

Soit Mais encore, qu'est-ce que M. Clemenceau appelle ne pas reculer? Nous ne voulons pas, en effet, de ces privilèges qu'on nous offrait et dont les principaux étaient la spoliation immédiate d’une partie de nos biens, la confiscation prochaine du reste, et la mainmise de l'État sur des églises que nous avons bâties et meublées. Comment s’y prendra-t-on pour nous obliger cependant à user d’une loi dont nous sommes résolus à ne pas nous servir? C’est ce qu'il importait de nous dire.

J'ai lu et relu avec la plus grande attention le dis-

cours de la Roche-sur-Yon. Je l’ai lu en contenant les révoltes de mon âme, et ce ne fut pas sans effort! Car, dans l'évocation, savamment répétée, des rencontres tragiques dont la terre vendéenne garde la mémoire, j'ai reconnu, sous l'appareil insuffisant des mots pacifiques, l’accent accoutumé des haïnes toujours vivantes, acharnées à poursuivre dans les fils jusqu’au sang de leurs pères.

J'ai vu le passé de la France outragé, et le long travail des âges d’où sortit sa glorieuse unité, et l’œuvre quatorze fois séculaire qui la fit grande entre Îles nations, rejetés comme un souvenir de honte dans « l’abjection des temps anciens ».

J'ai vu l’Église catholique accablée d’injures et de calomnies, ramassées dans la poussière des combats

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électoraux ; je l’ai vue accusée d’avoir couvert le pays

de sang et de bûchers, et c'était sur la terre même

dévastée par les « colonnes infernales » de la Révolu-

tion ! c'était à deux pas de cette ville de Nantes, où les

âmes des catholiques fidèles semblent encore errer sur les rives du fleuve, dont les temps nouveaux, chers à M. Clemenceau, firent pour eux un charnier.

Je l'ai vu accusée « d’avoir toujours été pour les puissants de la terre contre les faibles, malgré le verbalisme de son enseignement », et toute son histoire

accourait à mes yeux, montrant les œuvres de frater-

nité dont elle a couvert le monde, les pauvres secourus, les captifs rachetés, les malades soignés au péril de la vie, les humbles relevés et le peuple défendu contre les abus de la force.

J'ai tout lu, cependant, incertain si c'était le discours réfléchi d’un homme d'État annonçant à son pays ses desseins de gouvernement, ou la harangue enflammée d’un tribun sans responsabilité, cherchant à soulever

l’applaudissement d’une assemblée populaire.

J'ai tout lu, car il fallait, après tant de paroles, cher: cher les conclusions pratiques.

Or, je n’en ai trouvé qu’une, et qui n'est pas nouvelle : c’est le refus de négocier avec le pape. « On nous demande de causer, d’entrer en négociations, dit M. Clemenceau. De négocier avec qui? Avec une puissance étrangère. On nous demande de causer de quoi ? Des droits de la loi française.

Tout le discours de La ne et; à bien dire, toute

la politique du gouvernement tient, dans cette phrase,

où éclatent ses arrière-pensées.

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Que le Pape, chef de l'Église universelle, ne soit un étranger pour aucune nation, tout le monde le sait à merveille. On le sait parce qu'on en voit, chaque jour, la preuve chez tous les peuples de la terre et chez ceuxlà mêmes qui sont, officiellement et en majorité, séparés de l’Église romaine.

Partout où il y a des catholiques, les gouvernements traitent avec le Pape, pour ce qui touche à l’exercice de leur religion. La République des États-Unis n’a pas cherché d’autre manière de résoudre aux Philippines la question religieuse, et le Sultan des Turcs, prompt à profiter de notre abdication, demande au Pape un ambassadeur, [pour représenter près de lui les intérêts religieux de ses sujets catholiques.

Tout le monde sait cela, etaussi qu'avec un souverain étranger qui n'était pas le Pape, le gouvernement français fut, cependant, il n'y à pas plus d’un an, très pressé de « causer ». Et de quoi causait-on ? Le patriotisme humilié me défend de l'écrire. Mais pourquoi donc, hier, tant d’abnégation, et tant d’orgueil aujourd'hui ? |

Quoi! il s’agit de l’organisation même du cultecatholique, et, pour refuser de la régler d’un commun accord avec le Chef de l’Église, on abritera derrière des mots une obstination qui, demain, peut livrer le pays à la guerre religieuse!

Cela n’est pas possible et, de fait, ce n’est pas de mots qu'il s’agit, mais de menaces trop réelles. M. Clemenceau dit : « Nous nous cantonnerons dans le droit français, non pour tyranniser, mais pour libérer. »

Libérer de quoi ? Il faut presser cette question, car elle contient tout le différend qui met aux prises le gouvernement et les catholiques.

* * *X C’est du Pape que M. Clemenceau veut nous libérer. L'entreprise est rude, assurément, et lui-même s’en doute, puisqu'il s'attend bien à ne pas rencontrer chez ses adversaires « du jour au lendemain, cette transformation de l'esprit que leur fera peu à peu le régime bienfaisant de la liberté de conscience ».

I! a raison. Car il faut parler clair. Qu'est-ce que la liberté de conscience, suivant M. Clemenceau? Ce n’est pas la nôtre, sans doute, puisque notre conscience catholique nous commande, pour rester fidèles à notre religion, d’être en communion avec le Pape et de n’accepter, pour notre culte, aucune organisation qu'il n'ait approuvée.

M. Clemenceau ne peut rien à cela : c’est un fait et le plus insurmontable qui soit, puisqu'il n’est point soumis à la volonté des hommes. IL semble que cette vérité d’évidence doive frapper tous les yeux. M. Clemenceau, cependant, n’en veut rien savoir. Ce n'est pas à nous de dire à quelles « conditions de droit » nos consciences seront libres, c’est à lui! Ne pouvonsnous lui remettre le soin de notre « libération » ? On sait bien, dit-il, que les républicains n’ont pas de « Congrégation de l’Index ».

M. Clemenceau, il est vrai, entend poursuivre jusqu'à la dernière les écoles chrétiennes laissées debout par le gouvernement libérateur de M. Combes! Il ordonne à ses préfets de faire arracher les crucifix partout où les conserve encore le vœu unanime de la population ; il permet aux maires de démolir, en pleine Bretagne, les calvaires et les croix! IL à trouvé très bon qu’on fermät les portes du Collège de France à

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M. Brunetière et au Père Scheil, parce qu'ils élaient suspects de littérature et d’assyriologie cléricales ! Comment ne serions-nous pas en confiance ?: |

Malentendu! s’écrie M. Clemenceau, malentendu pareil à celui qui, «il y a cent ans, nous jeta les uns contre les autres... C’est l’histoire même d’aujourd’'hui ». | |

Oui, nous voilà bien d'accord. L'histoire recommence : comme il y a cent ans, au temps de la Constitution civile du clergé, vous voulez imposer au pays une religion fondée sur un statut civil que le Pape refuse d'accepter. Les positions sont les mêmes et la nôtre, comme celle de nos pères, est irréductible ; comme alors, il n’y a, dans le conflit qui nous divise, d'autre solution que le recours au Pape.

C’est ce que ne veulent ni M. Clemenceau, ni ses complices du gouvernement et de la majorité, et ils ne le veulent pas, non parce que le Pape est un étranger, non pour ce mauvais prétexte, habituel cliché de réu- * nion publique, mais parce qu'il est le chef de l’Église dont ils rêvent la ruine. Voilà la libération qu’ils nous

proposent.

« Malentendu de mots. plutôt que de pensées profondes », dit encore M. Clemenceau, Non. non, malentendu ou plutôt opposition absolue de pensées, qui vainement, dans les disccurs apprêtés, s’abrite derrière les mots.

Aïlleurs, dans l’épanchement des rencontres intimes, la parole est plus libre. En quittant La Roche-sur-Yon, M. Clemenceau est allé, à Montaigu, et là, sa pensée s’est échappée sans voiles. Il a parlé de nous, de « ces

gens » qui fidèles aux traditions de leurs pères, veulent rester unis à l’Église romaine et n'admettent pas qu'une loi civile, en violentant leurs consciences, puisse les forcer à rompre avec elle. De ceux-là il a dit : « Ce sont de mauvais Français, de mauvais citoyens, indignes du titre d'homme libre, que seuls nous méritons. »

Nous pouvons mépriser l’injure, forts de notre dévouement à la patrie. Mais nous n'avons pas le droit de: dédaigner l'avertissement. C'est, dans une outrageante provocation, la guerre religieuse qui nous est annoncée. Contre les mauvais Français, contre les mauvais citoyens, toutes les armes seront bonnes. Nous sommes prévenus. |

M. Clemenceau était allé en Vendée, « pour s’expliquer, a-t-il dit, avec ceux qui nous jugent sans nous comprendre. » C’est fait. Désormais chacun doit comprendre et chacun peut juger. La question est parfaitement posée. IL s’agit de savoir si les catholiques seront traités en « mauvais Français », en « mauvais citoyens », parce qu'ils demandent que leur religion soit respectée, dans son principe et dans ses lois. Li

De la réponse qui sera faite dans quelques jours à cette question par le Parlement, dépendra la paix publique. Nul plus ardemment que moi ne souhaite qu'elle ne soit point troublée. Il suffit pour cela que le gouvernement, comprenant son devoir, donne au Pape les justes garanties qu'il réclame. S'il ne le fait pas, la responsabilité de ce qui pourra suivre pèsera sur lui tout entière.

M. Clemenceau a dit à La Roche : « Notre force est dans le droit. » La nôtre aussi. Seulement le droit de M. Clemenceau est le droit de la force: le nôtre est le droit des consciences. Ceci tuera cela.

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