novembre
les menaces. La presse gouvernementale les répète à l’envi : tout à l'heure, la tribune en retentira.
Si les catholiques se laissaient traîner à la barre en accusés, 1ls perdraient, sans sauver l'honneur, leur cause et celle de la justice. Qu'ils y paraissent au contraire en accusateurs, pour exiger le respect de leurs droits violés, et, de leur défaite passagère, la conscience, du moins, sortira satisfaite et fortifiée.
Hier, Lamarzelle a fièrement donné cet exemple en relevant, par un défi public, la provocation que s'était permise, à propos des réunions privées de Périgueux, le délégué du maître aux poursuites judiciaires. C'est:la bonne méthode. Il faut nous y tenir, sans nous laisser troubler par l'espoir de chimériques accommodements. - |
Notre position est très nette, et nous y sommes inexpugnables. Tout le monde, aujourd'hui, reconnait que la loi de Séparation est inapplicable. Dans un moment,
sans doute, la déclaration ministérielle affirmera qu'elle
sera, cependant, intégralement appliquéeet, à l'instant même, il apparaîtra qu’elle ne peut l'être qu'avec des interprétations variables au gré des hommes et des circonstances. / SAS
Il faut donc, de toute évidence, que la loi soit modifiée, de manière à nous donner les garanties formelles et durables que le Pape a réclamées, au nom de la constitution de l’Église. La paix religieuse est à ce prix.
M. Clemenceau a dit, dans une de ses harangues : « On avait tout prévu, excepté ce qui est arrivé. » Ainsi, on prétendait bouleverser l’organisation séculaire du culte catholique dans notre pays; on prétendait accomplir cette révolution sans tenir aucun
compte du Chef de l'Église, sans traiter avec lui, en
RP nn,
feignant d'ignorer jusqu’à son existence, et, dans cette entreprise formidable, on n'avait oublié qu’une chose, c'est que le culte catholique est soumis à des principes, à des règles, à une discipline dont le Pape est le gardien, et que l’organisation nouvelle serait nécessairement vaine et caduque s’il n’en autorisait pas la mise en œuvre! Les hommes qui ont jeté la France dans l'aventure où elle se débat, ont été, à ce point, infatués et ignorants ! L’aveu, certes, suffirait à établir leur cri-
minelle folie.
Mais M. Clemenceau n’a pas tout dit, et ce qu'il a oublié achève d'établir notre bon droit.
On dénonce aujourd'hui le refus du Pape ; on affecte de s’en indigner : on ne jure que par cet article 4, arraché à la politique sectaire par l’habileté de M. Jaurès, que nous avons voté par loyauté, et que. M. Clemenceau appelait avec fureur laccord « socialo-papalin ». Le Temps assure que cet article ambigu visait non seulement l'autorité épiscopale, « mais toute la hiérarchie romaine, c’est-à-dire le Pape ». Que voulons-nous de plus ?
Ce que nous voulons de plus, c’est, entre autres choses, que la loi dise nettement, expressément, ce qu'on essaye, à présent, de lui faire dire, à mots couverts, pour sortir d'embarras.
Elle ne l’a pas dit: elle a dit le contraire par Farticle 8, et pourquoi? parce qu’on voulait, avant tout, laisser la porte ouverte aux schismes espérés. M. Briand, à l'heure même où il employait la souplesse de son esprit à couvrir son œuvre des apparences de la liberté, déclarait que ce n'était pas le rôle de la Loi de faire.
obstacle au schisme. M. Jaurès, en défendant l’article 4, montrait cependant, dans un avenir prochain, les prêtres libres d'esprit, les exégètes audacieux, affranchis par la Séparation de la discipline romaine.
M. Ferdinand Buisson, irrité du vote et préparant la revanche du lendemain, demandait que les biens d'église fussent attribués, non à un dogme représenté par une hiérarchie, mais à des groupements de citoyens libres. Et, enfin, M. Clemenceau lui-même, poursuivi par sa prétention de libérer de Rome les consciences individuelles, écrivait au même moment : « Pourquoi. n'y aurait-il qu'une association cultuelle dans chaque paroisse ?... De la rivalité des sociétés cultuelles au schisme il n’y a qu’un pas. »
Toute la loi a été conçue pour introduire dans l’organisation de l’Église la mobilité des assemblées populaires. Ce n’est pas une séparation, c’est une invitation au schisme et un préliminaire de désorganisation.
M. Combes à exprimé cela très clairement à ses confidents de l'étranger : « L'Église catholique est désormais aux prises avec deux périls : l'extension des schismes multipliés, ou l’effritement et, comme conséquence, la dissolution des associations. » :
On à fait cette loyale besogne, et maintenant on s'étonne que le Pape n’en veuille pas être complice ! On n'avait pas prévu ce qui est arrivé |
Ah ! je le crois bien : il y a une chose, en effel, qu'on n'avait pas prévue. C’est l’unanimité des évêques, du clergé et des catholiques, dans l’obéissance au Pape : je dis l'unanimité, moins il est vrai les trois malheureux
curés qui s’en furent, il y à une quinzaine, porter une palme verte à la statue d'Étienne Dolet, moins aussi la troupe ridicule des catholiques du Matin, en communion avec M. Henri des Houx, ou je ne sais quel autre fabricateur de religion, moins encore les conseillers municipaux libres-penseurs de M. Decker-David.
Oui, on avait espéré mieux, quelque évêque sans doute ou quelques prêtres de marque, et, pour les suivre, autre chose que les passants attroupés sur la place Maubert, lorsque le curé de Culey y descendit de son fiacre avec sa palme. On avait cru aux schismes, et il ne vient que des mascarades. L'autre jour, le journal officiel des catholiques affranchis croyait tenir, enfin, deux vrais vicaires, résolus à arracher à la discipline romaine le diocèse de Chartres : c’étaient d’aimables farceurs. Le mouvement schismatique en est là.
On comprend le désarroi. Que faire ? La loi tout entière reposait sur la rivalité progressive, inévitable, des associations cultuelles. « Au début, disait M. Clemenceau, il n’y en aura qu'une par paroisse. Mais bientôt comment évitera-t-on les diversités fatales qui sont de l’homme en tous les pays? La liberté les fera renaître et l’autorité du Pape infaillible en souffrira cruellement. »
M. Briand, irrité de voir un si beau plan s'écrouler, s'est emporté d'abord en une circulaire incohérente, où il faisait à lui tout seul une loi nouvelle prétendant interdire aux catholiques, sous peine de prison, toute association destinée non seulement à organiser l’exercice du culte, mais même à la propagande religieuse, au recrutement des prêtres, ou à leur subsistance. Groussau va tout à l’heure démonter pièce à pièce ce stupéfiant appareil de tyrannie.
Ce fut le premier mouvement, celui de la colère ; le second fut celui de la dissimulation. M. Briand est retourné à la manière habile, mais il n’a rien retiré.
On a dit d’abord, et à grand bruit, que les églises ne seraient pas fermées. Je veux bien le croire, mais qu’en sait-on ? En fait, elles tomberont dans le domaine communal et les municipalités en feront ce qu’elles voudront. J'en sais une qui s'occupe déjà de transformer celle du village en salle de conférences. Que peut, pour l’en empêcher, une parole de ministre?
Après cela, on a annoncé une espèce de règlement sur le culte public, fait avec une pincée d’une loi, une pincée de l’autre, dont on a composé un amalgame que le Conseil d'État a approuvé, mais qui n’a aucune valeur législative. La déclaration, tout à l'heure, nous donnera la formule définitive de cette mixture. Quelle en sera là garantie? La fameuse circulaire, en tout cas, subsiste. M. Briand a eu bien soin de le spécifier, en demandant au Conseil d'État son avis, et les catholiques demeurent exelus, pour tout ce qui regarde leur religion, du droit commun d'association.
On en est là, et c’est à cette loi en lambeaux, dépecée, avant d’avoir vécu, par ses auteurs eux-mêmes, qu'on ose nous sommer d’obéir malgré l'interdiction de notre conscience.
Car voilà, dans la discussion qui commence, l’arme empoisonnée que l'ennemi va, par tous les moyens, chercher à nous planter au cœur !
Ils diront : « Vous êtes des rebelles ! Vous refusez. pour obéir à la loi de Rome, de vous soumettre à la loi
française. » M. Clemenceau a donné le ton du concert qui va nous assourdir. Déjà investi de la puissance publique et à la veille de la concentrer tout entière dans ses mains, il est allé à travers les campagnes semer d’irréparables paroles.
Ce n'était pas assez d’avoir, lui ministre d’un pays où les catholiques sont en foule, insulté l'Église, travesti son histoire, outragé son chef; fidèle à la tradition révolutionnaire, comme autrefois le Comité de Salut public envoyait les prêtres à la mort, en les acecusant d’être « Les agents de Pitt et de Cobourg », il les a, d'un geste criminel, dénoncés aux colères aveugles par un de ces mots funestes qui, aux heures troublées, arment les bourreaux : « Fonctionnaires de létranger ! » Îl a prétendu flétrir, de cette parole odieuse, tous les prêtres français, et, déjà, pour la commenter, il fait annoncer, il annoncera peut-être tout à l'heure, qu'ildemandera une loi de bannissement contre les évêques et les curés, coupables d’obéir au Pape! L'histoire de 1792 et de 1796 recommence sous nos yeux.
C'est après cela que le Temps nous reproche de ne pas accepter avec une confiante reconnaissance les offres pacifiques de M. Clemenceau et de M. Briand.
Eh bien, ce n’est pas assez de s’indigner : il faut marcher droit à l’abominable calomnie.
Qu'est-ce que M. Clemenceau a voulu dire en parlant des « fonctionnaires de l'étranger » ? Quoi ? Que nos évêques, par cela seul qu'ils tiennent du Pape leurs pouvoirs spirituels, que nos curés par cela seul qu'ils les reçoivent des évêques nommés par le Pape, que tout ce clergé, enfin, sorti du cœur même de la nation, devient, dans son propre pays, parce qu'ilest en communion avec le Chef de l’Église, je ne sais quel ramassis
COMBATS D'HIER ET D AUJOURD HUI Gr
de suspects, voués à tous les mépris, capables de toutes les trahisons ? ni
Si c’est cela, qu'il le déclare clairement, non pas avec des métaphores, non pas en évoquant, avec des gestes de menace et des accents de guerre civile, le grand drame vendéen et le nom tragique de Quiberon,
non pas en demandant compte à chacun du sang qui
remplit ses veines, mais avec des paroles précises et de formelles accusations ! Un chef de gouvernement n’a pas le droit, devant le pays qui l’écoute, de lancer à l'aventure des mots de réunion publique. Si sa parole est sérieuse, il faut qu'il la justifie.
Est-ce donc que les prêtres, que les catholiques qui refusent de se prêter à l’exécution d’une loi religieuse condamnée par le pape sont de mauvais citoyens, de mauvais Français ? Oui, quelque part, dans sa récente tournée, M. Clemenceau nous a infligé cette injure.
Ainsi, c'est être un mauvais Français que de refuser, pour obéir à M. Clemenceau, de fouler aux pieds sa conscience ! C’est être un mauvais Français, que de repousser l’apostasie !
Car c’est bien de cela qu'il s’agit. Debout, sur les ruines de l'édifice catholique dévasté par une guerre de vingt-cinq ans, la bouche encore pleine des outrages adressés à tout le clergé français, M. Clemenceau nous propose l’affranchissement suprème !
Par lui, nous allions être libérés ! libérés de Rome, libérés du Pape, libérés de la discipline et de la hiérarchie catholiques, libérés du catholicisme lui-même ! Nous ne l’avons pas voulu, nous ne le voudrons jamais, et voilà notre crime.
Si c'est ainsi que nous sommes des rebelles, oui, j'en conviens, contre cette tyrannie, affublée du nom de la
liberté, contre cette violence infligée à nos consciences,
nous sommes et nous resterons en pleine rébellion ; et celte rébellion des âmes vaincra la dictature de M. Clemenceau.
P.-S. — Cet article était écrit lorsque j'ai lu la dernière manifestation des pensées de M. Briand, donnée par le Matin d’avant-hier.
« Non, dit M. le ministre, l'Église n’est pas en rébellion contre la loi. Non, l’Église n’est pas en rébellion contre. l'État.»
Tiens, tiens, mais il y a trois mois que nous le répétons et qu'on nous crie le contraire! Décidément la rentrée des Chambres porte conseil.
M, Briand, d’ailleurs, en veine de libéralisme, veut bien concéder provisoirement aux catholiques un régime de « tolérance ». Eux, ils persistent à réclamer leur droit. Qui sait ? M. Briand finira peut-être par leur donner raison.
Attendons.
re, de 06 20e Cor cames