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LE DISCOURS DE M. BRIAND

Piou va répondre tout à l’heure à M. Briand et

J'attends son discours avec la confiante impatience d'une âme encore oppressée par la longue émotion dont l’a pénétrée l’inoubliable séance de vendredi. Tandis que se déroulait la harangue ministérielle, devant la Chambre crispée en une saisissante attention, sous l’artifice des mots, sous le voile des paroles tour à tour habiles ou menaçantes, le grand drame qui va mettre en question, pour le pays tout entiér, la paix religieuse, apparaissait, dans sa poignante réalité, toujours plus redoutable et toujours plus obscure.

Se tournant vers nous, M. Briand a dif : « Il y a quelque chose de terrible dans votre position ! ».

Oui, cela est vrai : notre position est terrible, et ce n’est pas seulement la nôtre, à nous, catholiques, c’est

1. Dans un discours prononcé à la Chambre des Députés, le 9 novembre 1906, M. Briand essaya de rejeter sur les catholiques la responsabilité de la « terrible position » dans laquelle allait se trouver l'Église de France, à la suite de la condamnation par le Pape de la loi de Séparation. Il mit en cause personnellement M. de Mun, qui lui répondit dans les deux articles suivants.

la position de tous les bons Français. Ceux-là seuls peuvent en parler légèrement, qui n'en connaissent que la surface ou la jugent sans responsabilité.

Mais si notre position est terrible, ce n’est pas, comme le croit M. Briand. parce que l’obéissance envers le Pape pèse à nos volontés et à nos cœurs ! Dans l'épreuve douloureuse que la folie des ennemis de l'Église impose à la France, une seule chose, au contraire, nous soutient et nous réconforte : c’est la certitude que nous sommes avec le Pape, c’est la pensée que, durant la tempête, le pilote veille, assisté du Saint-Esprit, qu'avec lui nous pouvons être ballottés par les flots, mais que sa barque ne peut pas périr.

Si notre position est terrible, ce n’est pas non plus, comme le croit M. Briand, que nos consciences soient troublées par le regret d’avoir tout fait pour conjurer cette loi funeste, pour en démasquer les perfidies, pour en dénoncer la tyrannie. « Si vous aviez refusé de discuter avec nous, a osé dire M. Briand, nous n’aurions pas pu élaborer un projet de loi ! » Outrageante raillerie, dont suffit à faire justice la longue expérience du cynisme des passions ! Placés sur le champ de bataille, nous y avons combattu avec toutes les armes qui étaient entre nos mains : c'était notre devoir. Si nous l’avions déserté, la loi eût été votée, six mois plus tôt, plus dure peut-être, et plus tyrannique, et M. Briand se plaindrait aujourd’hui de notre défection.

Laissons-là ces plaisanteries et parlons net. Notre position est terrible, parce que ceux qui ont juré la ruine de l’Église de France sont devenus, par l’aveuglement du pays, les maîtres du pouvoir. Voilà la vérité.

Mais M. Briand sait bien qu’en cette périlleuse aventure, les vaincus d'hier, sûrs de leur droit, ne sont

pas les plus inquiets du lendemain. Il l’a dit lui-même :

« Nous sommes, les uns et les autres, en face de difficultés redoutables » et, pour se délivrer du poids qui l’accable, à cette heure historique, il a aussitôt employé toute la dangereuse habileté de sa parole, à rejeter sur nous la responsabilité des conflits qui commencent. Invoquantd’abord la lettre célèbre signée par quelques catholiques de marque, puis affirmant, sans mesurer

la gravité de son aveu ou celle de son accusation, que

sa qualité de ministre des Cultes lui avait livré les secrets de l’assemblée des évêques, il s’est vanté d’avoir avec lui la majorité des catholiques, « de ceux du moins, qui ont le souci de la religion », et, nous regardant, il a ajouté : « Sur les épaules de quelques-uns d’entre vous pèseront lourdement les responsabilités d'une situation qu'ils auront contribué à créer. »

Le défi est formel. J'ose le relever, et non pas en mon nom seulement, à moi qui, cependant, ai peut-être quelque droit de dire que « j'ai surtout Île

souci de la religion » ; je le relève au nom de tous

ces pelits, de ces simples croyants, de ces femmes

chréliennes € qui ne voient dans la religion que la

religion », comme dit encore M. Briand, dont il a l'audace de revendiquer la complicité, et dont moi, humble serviteur de la cause commune, j'ai si souvent, durant ce combat de deux années, senti battre les cœurs à l'unisson du mien : je le relève au nom des quatre

. millions et demi de citoyens, dont M. Briand a déchiré

les pélitions, sans même, d'un mot, les honorer d'une

réponse, et qui, tous, demandaient qu'on respectât

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