‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 17 sur 94 · RE ADES RS LT EE CL · texte numérisé non relu

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le pacte séculaire conclu entre la France et la papauté.

Quoi ! pour obéir aux sommations de la Franc-.

Maçonnerie internationale, quelques hommes ont bouleversé l’organisation du culte catholique dans ce pays ! Personne ne le demandait, l'opinion, celle même des incroyants, était hostile à cette folle entreprise! Dans le Parlement, la moitié des députés n’en voulait pas. M. Briand le sait, il le dit, il reconnaît que c'était une œuvre difficile, dangereuse, qui pouvait, qui devait. en troublant toutes les habitudes, en blessant toutes les consciences, agiter profondément la nation, il sent, il avoue presque, qu’en voulant donner à la religion catholique, sans l’assentiment du Pape, un statut nouveau, on allait se heurter à l'impossible, et il dit : « Nous n'avions plus d’ambassade auprès du Vatican et, par conséquent, il nous était impossible de négocier une dénonciation du Concordat. » Par conséquent ! il faut répéter ce mot d’une superbe inconscience. Ainsi volontairement, brutalement, à la faveur d’un « mensonge historique », on a tourné le dos au Pape, claqué derrière soi toutes les portes par où on aurait encore pu l’aborder, verrouillé toutes les issues par lesquelles on aurait pu s'échapper de l'impasse où, traîtreusement, les ennemis de l'Église avaient poussé la France, et, après cela, c'est le Pape qui est responsable du conflit ! c'est nous qui, parce que nous ne voulons pas être catholiques sans le Pape, n’avons pas le « souci de la religion ! »

Quoi ! M. Briand rassemble aujourd'hui toutes les ressources de son esprit pour essayer de démontrer que la loi de Séparation n’est pas contraire à la constitution

de l'Église ; il invoque les jurisconsultes catholiques !

« La loi de 1905 ne parle pas de l’évêque, mais elle le

rend omnipotent ». Ah ! je ne suis pas jurisconsulte,

mais j'ai des souvenirs politiques très nets et très présents : je vois encore M. Bienvenu-Martin au moment

de la discussion de l’article 4, pris entre les menaces

des radicaux et les sommations de M. Ribot, embarrassé, ne sachant que répondre ; et quand enfin il eut balbutié le nom de l’évêque, j'entends encore les cris de colère,

et « l’accord socialo-papalin » de M. Clemenceau, et

M. Jaurès, vainqueur, s'écriant pour justifier son triomphe : « C’est nous qui sommes les adversaires les plus efficaces de l'Église catholique ! »

L'article 8 est sorti de là, l’article 8 que M. Briand nous montre aujourd’hui comme une arme forgée tout exprès pour nos propres mains ! il est sorti de là, avec la suprématie du Conseil d'État, avec les « circonstances de fait » d’après lesquelles il devra juger ; il est sorti de là, comme la revanche victorieuse et acclamée du parti radical. |

Au Sénat, le rapporteur, le président de la Commission eurent bien soin de le consacrer: « L'avis de

l’évêque sera un des éléments du jugement ! » [Il ne

sera que cela.

Voilà son omnipotence : et comment pourrait-elle exister en fait, quand il s’agit d'associations où, aux termes de la loi, l’assemblée générale est souveraine ? M. Briand ose reprocher au cape de n'avoir pas voulu les associations canoniques ! il jure qu’elles eussent été légales ! Mais sur quel texte de la loi de Séparation, eût-il donc appuyé cette légalité ? L’omnipotence de l’évêque, c’eüût été la négation même de la loi.

Oh ! je crois bien qu'au moment où se discutait

l'article 4, M. Briand qui, déjà, commençait à sentir le poids de son fardeau et l'étendue de sa responsabilité, eüt mieux aimé s'en tenir à cet article, que lui avait donné notre honnête et loyal désir de la paix religieuse ; je crois surtout qu'aujourd'hui il voudrait qu'il n’y en eût pas d'autre, et je me souviens de quel ton il apostrophait ses amis, les adjurant de ne pas faire de la Séparation, « une gifle sur la face de l'Église. »

Mais la gifle a été donnée, elle demeure là, injurieuse et cuisante, et c’est nous qu'on accuse de l'irrémédiable discorde !

Les espérances de schisme, cela est entendu, à l'heure présente, personne ne veut plus les avouer ! M. Briand les répudie avec indignation ; il n'a pas contre les cultuelles de fantaisie, contre les prêtres en révolte, de paroles assez mordantes. Il n’en a pas d'assez dures contre les secrets calculs de certaines âmes protestantes. « La loi n’a pas été faite pour susciter une Église dans l'Église catholique. » Soit ! il faut louer ces tardifs . désaveux. Mais alors que voulait dire M. Briand, quand il se vantait de vouloir donner à l'Église « la liberté la plus large, parce qu'elle serait pour elle l'adversaire le plus redoutable » ? | | |

Que voulait dire M. Ferdinand Buisson quand il demandait que les biens de l'Église ne fussent pas attribués à un dogme représenté par une hiérarchie, mais à des groupements de citoyens libres ? ;

Que voulait dire M. Clemenceau quand :l parlait, comme d'un avenir menaçant pour l'Église, « de l’inévitable rivalité des associations cultuelles », quand il annonçait aux catholiques que la loi nouvelle allait

les libérer de la discipline romaine et leur permettre « d'évoluer » en pleine indépendance, quand, ayant

reproché à cette loi, qu'il votait « prisonnier de son parti », ses concessions trop nombreuses, il se consolait à cause de sa « partie destructive » ?

Qu'était-ce donc que tout cela, sinon l'appel au

schisme, dont, avec l’article 8. le Conseil d'État devait

être l'artisan ?:

[n'y a pas jusqu'à la police des cultes dont on ne

veuille, maintenant, faire un privilège concédé par

l'amour de la liberté à nos insatiables prétentions ! « Nous vous offrions de vous protéger, en vous surveillant, il est vrai |! mais si votre conscience ne vous reproche rien, en quoi la surveillance de l'État peut-elle vous inquiéter ? » |

Je n'imagine pas qu'on puisse formuler, en un plus audacieux paradoxe, l'exercice de la tyrannie. M. Briand

ignore-t-il que la conscience d’un prêtre catholique

lui fait un devoir étroit de condamner l’école sans Dieu, et de rappeler aux fidèles l'obligation formelle d'envoyer leurs enfants à l’école chrétienne ?

Ignore-t-il que la conscience d'un prêtre catholique lui fait un devoir étroit de condamner la loi du divorce et d’avertir les fidèles qu'ils n’ont pas le droit d'en user ?

Peut-il déclarer que jamais un prêtre catholique ne sera, en vertu des articles sur la police des cultes, poursuivi pour avoir, en accomplissant l’un ou l’autre de ces devoirs, attaqué une loi de l’État ? S'il ne le peut pas, que signifie cette apologie de la liberté mise en surveillance ?

On a donc tout oublié, tout et jusqu'à la parole de M. Tillaye au Sénat : « Voilà votre loi ! je la repousse du pied ! »

Oui, on a tout oublié : et la guerre de vingt-cinq ans, et l’athéisme proclamé comme la loi fondamentale de la nation, établi dans les chaires publiques et dans toute. la législation, et l’enseignement chrétien détruit d'un bout à l’autre du pays, et les écoles fermées

brutalement au mépris des engagements les plus

solennels, et les Congrégations dépouillées, les couvents violés, les religieux dispersés, les Sœurs jetées misé-

rables sur tous les chemins de l’exil. et Dieu chassé du

lit des mourants et le Christ arraché des prétoires et des carrefours ! : |

On a tout oublié, et c'est avec ce lourd passé de persécution, de haine et de violence, c'estau lendemain

du jour où, dans une sorte d'ivresse impie, qu'aucun

peuple du monde n’a connue, un ministre a, parmi les acclamations, glorifié l’œuvre d'irréligion, accomplie dans ce quart de siècle, c’est alors que le même homme qui, il ya deux mois, affirmait officiellement la nécessité pour la République d'en finir « avec les mensonges confessionnels », satisfait aujourd’hui d’avoir distingué l’irréligion et l’a-religion, vient aujourd'hui parler aux catholiques de paix et de concorde, et s'étonner que la loi de Séparation, couronnement prémédité de celle guerre sans merci, ne leur paraisse pas, sur sa parole, une loi de liberté! |

Ah ! le ton a changé. À pied d'œuvre on connaît

enfin la folie de l'aventure ! Et, alors, le langage se fait souple et insinuant. Qui donc appelait nos évêques et nos prêtres des fonctionnaires de l’étranger ? N'’était-ce pas M. Clemenceau, président du conseil des ministres !

Qui donc accusait le Pape d’être soumis à l'influence des puissances étrangères ? N'était-ce pas la déclaration ministérielle de lundi dernier ?

M. Briand a oublié cela, comme le reste ! Il a oublié qu’il y a trois jours, un de ses amis, en pleine Chambre, nous criait : « Vous êtes les sujets du Pape allemand ! » Il a oublié que tous les matins, les journaux qui applaudissent à son œuvre, insultent « Sarto, le chef des sorciers ! » A cette heure, il n’est plus question de cela : le Pape « n’est étranger en aucun pays, il est incorporé avec vous, il est parmi vous ; c'est une grande

autorité morale » ; et, déjà, dans les couloirs, des voix

officieuses nous murmurent aux oreilles : « C’est le premier pas vers Rome ! »

Je veux bien le croire. Mais une trop longue expé-

rience m'a désabusé des paroles. Je demande des actes

et des garanties.

Car, enfin, que nous offre-t-on ? De nous laisser dans nos églises, qui nous appartiennent, et dont on sait bien qu'il serait impossible de nous chasser : c’est ce qu'on appelle une concession. M. Briand, il est vrai, y avait au premier moment apporté un correctif. Les fidèles pourraient entrer dans l’église, mais si un prêtre y célébrait la messe, il commettrait un délit ! IL a renoncé à ce libéralisme : c'était seulement, comme il l’a expliqué à la Chambre, pour faire causer les journalistes. Mais alors quelle est sa solution ? Quel droit nous reconnaît-il ?

Pas même les restes d'un prétendu droit commun, dont on nous a dépossédés violemment en fermant,

malgré lui, nos écoles et nos couvents, en chassant nos religieux et en confisquant leurs biens ! Pas même la liberté d’user, pour notre culte, de la loi d'association dont nul n’a cependant le pouvoir de nous exclure !

Non ! il nous offre, comme une grâce, la loi sur les réunions publiques, dont, si nous le voulons, la jouissance nous appartient déjà sans qu’il soit besoin, pour nous l’octroyer, du bon plaisir ministériel ; il nous l'offre à la condition que nous en userons bien sagement, le gouvernement étant prêt, si nous lui paraissons trop entreprenants, à nous faire sentir toute la force de son bras. II nous offre cela sérieusement, en ajoutant que, si ce régime ne nous satisfait pas, c’est que nous sommes donc indignes de la liberté.

Quoi encore ? On nous promet de laisser les églises ouvertes jusqu'à la date du 11 décembre 1907, après

laquelle elles pourront être désaffectées par décret

quand M. le ministre le jugera nécessaire ; et c’est précisément le texte de la loi que nous repoussons comme une odieuse profanation. On nous promet de garder sous séquestre les biens des paroisses jusqu'à cette même date, après laquelle on les distribuera aux communes qui se débrouilleront dans le « nid de vipères » où les jettera la largesse gouvernementale :

et c’est encore justement le texte de la loi que nous

flétrissons comme une indigne spoliation. °

Un seul point restait douteux : c'était l'emploi des sommes données aux paroisses pour les fondations de messes, dépôt sacré que l’image auguste de la mort devait garder de toute atteinte. M. Briand-y a beaucoup réfléchi et il a décidé... que les conseils de Fabrique n’existant plus, les associations cultuelles ne se conslituant pas, les messes ne seraient pas dites, la volonté

des morts serait méconnue, et, que leurs héritiers ne pourraient même pas demander la révocation du contrat. C'est une variante de la fameuse théorie des biens sans maitre : je vous tue, vous n'’existez plus, donc vos biens ne sont à personne, donc ils sont à moi. Mais l'application faite aux morts est une odieuse nouveauté. |

Ayant donné, de son libéralisme, ce dernier témoignage, M. Briand s’est tourné vers nous et il a dit : « Ce ne sera pas la moindre responsabilité qui pèsera sur la conscience catholique. » Un instant plus tôt, il avait reconnu notre droit absolu de ne pas former d'associations cultuelles. Tout l’artifice du système éclate ici : nous sommes libres, mais si nous usons de la liberté, on nous dépouille et on dépouille nos morts. La loi de Séparation est là, tout entière.

Voilà les offres de M. Briand. Je ne trouve pas que ce

soit assez pour me rassurer. Bien qu’en termes galants

ces concessions nous soient faites, j'attends autre chose. M. Waldeck-Rousseau parlait aussi très éloquemment, et il avait promis bien plus que M. Briand ; mais, voyant venir l'orage que faisait monter à l'horizon son renom de modération, il abandonna volontairement le terrain qu'il avait labouré. M. Combes prit de ses mains la charrue : on sait ce qu’il en fit.

M. Briand semble un laboureur de la même espèce : « J'ai tracé mon sillon dit-il : s’il doit y pousser des ronces et des orties, c’est par un autre que sera faite la récolte. »

Nous sommes avertis : les ronces déjà se lèvent épaisses et douloureuses dans le sillon de M. Briand. J’ai peur de la récolte et je me garde contre elle.

7h COMBATS D’'HIER ET D AUJOURD'HUI.

Hier, au terme du grand débat qui, depuis huit jours, tient la Chambre attentive et le pays en suspens, M. le ministre des cultes a prononcé des paroles qui m'ont secoué d'une émotion ‘encore vibrante : je n’ai aucune peine, aucun embarras à l'avouer et je veux dire pourquoi. | M. Briand m'a mis en cause, en termes d’une haute courtoisie ; il a voulu me charger d’une responsabilité que je n'accepte pas. Je le remercie de la forme qu'il a donnée à son accusation, mais, cette accusation, je la repousse de toutes mes forces ; et si je tiens à le faire, quoi qu'il ne s'agisse ici que d’un incident, secondaire

en apparence, ce n’est pas seulement parce que j'y suis”

personnellement intéressé, mais parce que, dans l’imputation qui m'a, hier, directement visé, se révèle une fois de plus l'effort entrepris, depuis le commencement

de la discussion, par le ministre des cultes, pour: rejeter sur les catholiques la responsabilité de la crise

redoutable où la France est engagée.

M. Briand m'a dit, parlant de cet article 8 qui est une des raisons, non pas la seule, mais une des principales, pour lesquelles la loi de séparation est inacceptable, de cet article 8 qui est, en fait, et quoi qu'on en veuille dire aujourd'hui, la négation de la hiérar-

chie catholique, M. Briand m'a dit : &« C’est vous qui

en êtes responsable ! il est sorti d’un article de vous, d’un cri de triomphe, jailli de votre plume, au lende-

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