‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 18 sur 94 · RE AU TR ALP PES · texte numérisé non relu

RE AU TR ALP PES

j æ ñ Er die out ir dits GE OS EU NE US de à

a: Le À TC SE te RTS De ee ANR PR Eh, ART + UE re ; © 4 dl < É

=, Bei NP : wi F

1 < ARTS e - à ES a. Qv mn

main du vote de l’article 4... Vous avez écrit le lendemain : « La Séparation est morte. »

Oui, j'ai écrit cet article !, je viens de le relire, je n'ai pas un mot à retrancher : oui, le jour où M. Ribot

arracha à M. Bienvenu-Martin la parole embarrassée,

formelle cependant, qui consacrait l’autorité épiscopale, le jour où M. Briand, alors soutenu par M. Jaurès, rompit très courageusement avec ses amis dans un discours qui, pour la première fois, laissa paraître en lui la claire vue du péril créé par la Séparation, ce jour-là, oui, la Séparation était morte. On entendait courir sur tous les bancs des radicaux des clameurs irritées : « Gardons le Concordat. nous aimons mieux le Concordat. » |

Des mots irréparables se croisaient. M. Jaurès criait à M. Pelletan : « Vous êtes le schisme perpétuel. »

M. Pelletan répliquait : « Je ne connaissais pas encore

votre côté pontifical ! » et il descendait de la tribune en annonçant toutes les imprécations qu'il allait le len-

demain répandre dans la Dépêche de Toulouse.

M. Clemenceau, dans l’Aurore, d’un mot tranchant, coupait les ponts : « C’est l’accord socialo-papalin ! » Ce matin-là, on eût peut-être surpris M. Briand, si on lui eût dit que dix-huit mois plus tard, il serait le ministre des cultes de M. Clemenceau, qu’il répèterait, qu'il accentuerait ses paroles de respect pour la hiérarchie catholique. et que M. Clemenceau, président du

E. V. Contre la Séparation : de la rupture à la condamnation. (Poussielgue, éditeur, 2° édition), pp. 213-220.

conseil, immobile à son banc, le laisserait dire, sans protester.

M. Ferdinand Buisson, président de la commission, se séparait de son rapporteur et, immédiatement après le vote de l’article 4, sans sortir de la salle, il formulait les amendements que lui suggérait déjà sa haine ingénieuse. :

Les vacances de Paques commencèrent : pendant un mois, la presse retentit des colères, des cris de vengeance des radicaux. À la rentrée, l’article 8 était prêt. M. Briand l'a subi. Il est aujourd'hui sur ses épaules comme la tunique empoisonnée.

En vain, il voudrait s’en dépouiller pour la jeter sur les nôtres, il n’y parviendra pas. Le jour où fut voté l’articie 8, ce ne fut pas la Séparation qui ressuscita : ce fut la constitution civile de l'Église qui fut proclamée. Voilà l’histoire.

Ce n'est pas moi qui le dis: c’est un radical-socialiste, c'est M. Puech, dans le discours qu'il a prononcé lundi soir. Il a fait un très saisissant parallèle entre l’assemblée de 1791 et celle de 1905 : « L'Assemblée Constituante aussi, disait-il, protestait de ses bonnes intentions : elle affirmait qu'elle ne voulait toucher ni au dogme, ni à la liturgie. » [rappelait Camille Desmoulins; s'écriant à propos des prêtres réfractaires : «S'ils s'accrochent à leurs chaires, gardez-vous bien de les en arracher, de peur de déchirer leur tunique de lin! » Puis il montrait les trois assemblées de la Révolution, poussées cependant par la logique aux mesures rigoureuses et violentes : « D'où vient cela? disait-il.…

AMC RES Ti 0 SE A

C'est que l’Assemblée Constituante avait cru qu’en respectant le dogme et la liturgie, elle pouvait toucher à la discipline et à la hiérarchie... Ne sommes-nous pas tombés dans les mêmes défauts ? Dans l’article 4. nous n'avons pas fait de brèche à la hiérarchie catholique. Mais ce beau zèle d’orthodoxie se calma bien vite et, dans l’article relatif à la constitution des associations cultuelles, on substitua au principe monarchique de l'Église, le principe démocratique de nos sociétés mo- :-dernes…. » : |

M. Puech a raison. L'année dernière, je le disais au congrès de l'Action libérale : « L'analogie est doulou- . reusement frappante entre la constitution civile du clergé et la loi dé Séparation : toutes les deux ont voulu, pour asservir l'Église, la laïciser, l’une par l'élection des évêques et des curés, l'autre par l'organisation des associations cultuelles. .» M. Piou l'a dit aussi dans son magnifique discours de lundi : « Qu'est-ce que votre œuvre? tout simplement la laïcisation de l'Église, ou plutôt la sécularisation de la religion.

Ah ! cette laïcisation, cette invitation au schisme, M. Briand se défend avec une chaleur émouvante de l'avoir voulue. Il dit : « C’est un grand malheur qu'un homme ne puisse pas faire croire facilement à ses adversaires qu'il est sincère : et moi, j'avais tout fait pour vous convaincre. »

n'y a pas un homme publie, ayant fait la rude expérience de l'injustice des partis, qui ne comprenne, qui ne sente la vérité de cette parole, et qui n’en soil ému. Nous pourrons en invoquer le souvenir, quand

on nous accusera d’envelopper des pensées politiques dans les alarmes de notre foi, de dissimuler des complots sous les résistances de nos consciences. Mais ce n'est pas ici une question de sincérité : c’est une question de fait. M. Briand, peu à peu, pas à pas, est entré sur un terrain qu'il ignorait : il y a fait

des découvertes ; pressé par l’évidence, il commence à

reconnaître aujourd'hui qu'il n’y a, pour les catholiques, d'organisation du culte acceptable, que si elle est conforme aux principes de l'Église, aux règles de sa hiérarchie. Quand il le verra pleinement, la sincérité, la droiture l’obligeront à avouer le vice radical d’une loi religieuse faite sans le Pape et contre lui ; elles l’obligeront, s'il en est temps encore, à la débarrasser de ce vice d’origine. | .

Jusque-là, quels que soient les regrets, quelles que soient les intentions présentes, les paroles subsistent. Ce ne sont pas seulement celles de M. Clemenceau, dont il faut pourtant bien que M. Briand soit aujourd'hui

solidaire. M. Clemenceau disait au Sénat, dans le dis-

cours passionné qu'il prononça au sujet de la loi de Séparation : « En faisant cette loi, nous aurons fait un pas vers la délivrance de l'étranger. Nous ne serons délivrés de Rome que pour une part, nous continuerons donc à lutter pour achever cette délivrance. » La déli- vrance de Rome! M. Briand croit-il, sincèrement, que ce ne soit pas l’appel au schisme ?

Mais lui-même, a-t-il oublié ses propres paroles,

quand, à propos de l’article 8 et de ses « circonstances

de fait », qu'il s’'étonnait, qu'il s’indignait presque hier de me voir invoquer comme la marque de l'arbitraire gouvernemental, il disait à la Chambre : «Il ne suffit pas d'un certificat d'évêque pour obliger le Conseil

atal at daiter d n à “ailis À AE Z

den hrs is) Re À

is à à

ZN

d'État à s’'incliner... Il aura à rechercher, en interprétant toutes les circonstances de fait, si les dires de l’évêque sont eux-mêmes conformes aux règles de l’organisation générale du culte ? »

A-til oublié le cas de ce curé du diocèse de Bordeaux, révolté contre son évêque, que M. Pelletan lui avait opposé ? Qu'a-t-il répondu : « Je réponds à mon ami Pelletan que demain, en régime de Séparation, le curé Roucaud serait pleinement à l’abri de l’arbitraire de son évêque... L'association formée par lui, groupée par lui, a toute qualité pour l'attribution des biens. »

Si ce n’est pas l’'encouragement au schisme, la loi mise au service du schisme, qu'est-ce que c’est?

« J'avais tout fait pour vous convaincre ! » a dit M. Briand. Voilà ce qu'il avait fait.

Mais la loi de Séparation n'est pas seulement dans l’article 8 : elle est dans ceux qui organisent la spoliation de l'Église, la confiscation immédiate des biens antérieurs au Concordat, la confiscation éventuelle des autres, et leur affectation à des œuvres où l’idée chrétienne n'aura plus aucune part ; elle est dans la mainmise sur les églises, sur les presbytères, sur les évêchés, sur les séminaires ; elle est dans la faculté d’enlever, par décret, au culte catholique, les églises bâties, meublées, ornées par les fidèles. Ah ! cette fermeture des églises, c’est aujourd’hui le cauchemar qu’on veut, à tout prix, écarter. Fermer Lourdes, fermer le Sacré- Cœur de Montmartre! M. Briand ne le veut pas : il les mettra seulementsous séquestre. Ce sera « la méthode la plus conforme aux intérêts de la République ! »

Mais enfin. c’est la loi, et si demain M. Briand, lassé ou contraint, cède la place à un autre, qui aura une autre méthode, qui jugera autrement des intérêts de la République, que restera-t-il ? La loï.

Allons plus au fond! M. Briand m'a dit hier: « Ah ! monsieur de Mun, votre pensée, votre opinion n’a pas varié... Vous considériez que la Séparation serait un désastre, de quelque manière qu’elle füt faite, pour l'Église et pour le pays. »

Oui, cela est vrai. Je l’ai cru, je le crois encore, je le crois plus que jamais après cette discussion de huit Jours, au lendemain de laquelle les textes sont plus confus, les interprétations plus incertaines qu'ils ne l’élaient la veille, d'où les consciences sont sorties plus oppressées, les esprits plus troublés qu'ils ne l'avaient jamais été.

M. Jaurès disait hier : « loute la vie morale et politique est suspendue au drame de la Séparation : nous ne parlons plus que de cela, nous ne discutons plus que de cela, la plupart des familles ne se préoccupent plus que de cela. »

Il avait raison. Voilà en quel état, avant même que n'ait sonné la terrible échéance, la Séparation a jeté ce pays: voilà le premier effet de la criminelle folie qui à conduit des hommes, suggestionnés par les passions, dominés par la peur, ou entraînés par Flillusion, à bouleverser toute la vie religieuse de la nation.

Oui, j'ai cru que celte entreprise élait funeste, funeste pour ma patrie, funeste pour ma foi; oui, avec les armes qui restaient entre mes mains, j'ai combattu sans trêve, depuis deux ans, pour conjurer cette folie, pour en détourner mes adversaires, pour en éloigner mes amis, pour crier à tous qu'elle conduisait inévita-

COMBATS D'HIER ET D AUJOURD HUI Sx

blement le pays à d’irrémédiables discordes, la religion

à de douloureuses, à de terribles épreuves.

Cette responsabilité-là, je l’accepte, je la revendique : ma conscience ne serait pas tranquille, si je ne l'avais pas prise.

Et maintenant, à la veille du jour où va se consommer l’irréparable rupture, à l'heure où ‘tous, amis et ennemis, croyants et incroyants, gouvernants et gouvérnés, vont faire dans le sombre inconnu la chute redoutée, à cette heure, je l’avoue. l'angoisse de mon cœur met des larmes dans mes yeux.

Je vois passer, dans un tragique défilé, l’histoire que j'ai vécue, et dans leur lamentable Du ec toutes les victimes qu’elle a faites, défendues jusqu'au bout par nos bras impuissants : je vois tout ce que j'ai aimé, tout ce que j'ai servi, vaincu, humilié, foulé aux pieds, la France découronnée de l’auréole chrétienne que les siècles avaient mise à son front, livrée par l'impiété triomphante à tous les hasards des passions !

Et moi, qui n’ai plus les longs espoirs, je suis tenté dans ces heures amères par la plainte illustre du vieux Lusignan :

Mon Dieu ! j’ai combattu quarante ans pour ta gloire ; J'ai vu tomber Lon temple et périr ta mémoire !

M. Briand croira-t-il qu'en cet état d'âme, je sois resté insensible à l’adjuration qu'il nous à adressée hier, en terminant son discours ?

Non, elle m'a profondément remué et mon émotion s’est doublée de mon silence forcé.

Ah ! nous n’en étions plus, hier, aux mauvais Français, aux mauvais citoyens que M. Clemenceau dénonçait, il y a un mois, à ses auditeurs de Vendée. C'est parce que nous sommes de bons Français que M. Briand nous adjurait ! Il nous adjurait de quoi?

D'aller à Rome porter des conseils de conciliation, supplier le Pape de lever son interdit, d'accepter enfin la loi qu'il a condamnée. |

Mais pour une telle démarche, quelle garantie emporterions-nous ?

Des discours éloquents, des paroles qui ont cherché à se faire respectueuses et modérées ! des interprétations variables et sur lesquelles l’entente n’a pu s'établir que dans un effort momentané de discipline politique ! celle de M. Allard ou celle de M. Dumont, celle de M. Jaurès ou celle de M. Briand? personne n'a pu, personne ne pourrait nous le dire.

Cependant, ces discours conciliants, ils avaient une préface : M. Clemenceau l'avait écrite à La Roche-sur- Yon et à Draguignan, et M. Clemenceau, läissant à son lieutenant la charge et l'honneur du combat, écoutait silencieux et maître du lendemain, la solennelle adjuration. Qu'en pensait-il ?

Le discours de M. Briand avait eu cette préface et il a eu une conclusion : ce fut l’ordre du jour, voté par 391 députés, qui ordonne au gouvernement « l’application intégrale de la loi de Séparation. » |

Voilà ce qu’on nous demande de porter à Rome. Pour moi, je le déclare sans hésiter, je récuse, et comme catholique et comme Français, une mission qui, à mes yeux, serait une injure envers le Pape et une

trahison envers mon pays.

= À mon tour, je m'adresse à M. Briand et je lui dis:

Vous avez mesuré, désormais, l'étendue du péril! Vous sentez le poids de votre responsabilité ! Vous savez, au

fond de votre cœur, qu'en organisant le culte catho-

lique sans entente avec le Papé, vous avez commis une faute, lourde de conséquences, et que, de cette faute, découlent toutes les difficultés qui nous étreignent ! Vous le savez, vous le laissez entendre, autant que vous

le permet votre position en face de la Chambre; vous

essayez, par de souples interprétations, de réparer votre faute, mais vous ne pouvez ignorer que cela est insuffisant, que de tels intérêts ne se jouent pas sur des mots, sur des paroles fugitives et sur des gestes imprécis, qu'il faut, pour les rassurer, la stabilité des garanties légales. jura

Eh bien! ces garanties, en bon Français comme

nous, qui voulez la paix comme nous, vous nous devez, vous devez à votre pays, vous vous devez à vousmême, de nous les donner par la loi. Vous avez, désormais, établi votre empire sur la Chambre : il vous reste à en user pour arrêter, tandis qu'il en est encore temps, le fléau déjà levé de la guerre religieuse. Vous le devez et vous le pouvez.

Hier, vous avez rappelé les avertissements de l’Encyclique et qu’elle nous commandait de nous servir de notre droit, sans violence et sans sédition.

Nul de nous, monsieur le ministre, n'oublie la parole du Pape ; nul ne la méconnaitra. Mais la vôtre, vos amis l’'écouteront-ils ? Avez-vous entendu, le jour même où s’ouvrit la discussion, M. Allard vous dire, en face, à la tribune : «Quelle que soit l'interprétation que vous donniez à la loi. nous irons dans les campagnes dire

aux maires libres-penseurs : nous vous invitons, forts

de vos droits, la loi de 1905 en mains, à faire respecter

£ L rt RS Re SES VE es,

celte loi et à expulser le prétre de l'église el du presbyère. »

Oui, vous l'avez entendu, nous aussi, tout le pays avec nous. Empêcherez-vous cela? Comment? Si vous ne l'empêchez pas, si vous ne pouvez l'empêcher, qui aura déchaîné la violence, provoqué la sédition ? qui sera responsable ?

ser: S * *

Je reste sur cette parole : elle exprime tout le problème de demain. M. Briand sait comment la paix peut être conservée à ce pays. Qu'il se hâte de mettre à profit le délai qu'il s’est donné! Jamais homme d’État ne vit sonner, pour lui, une heure plus décisive.

Page 1