‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 21 sur 94 · CR · texte numérisé non relu

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Mais, partout ce sont des scènes semblables. En rentrant chez moi je trouve un télégramme de Reims « Les commissaires et les agents se sont présentés ce matin à l’improviste à l’archevêché : les troupes garnissaient la place : Monseigneur a été expulsé et jeté avce la plus grande brutalité dans une voiture avec ordre de le conduire à son nouveau domicile. »

L'histoire de France, tout entière, du haut de la Salle des Rois qui relie l’archevêché à la cathédrale, a contemplé cette injure.

Demain ce sera pire. Après les évêques, les curés seront, dans tous les villages, jetés hors de leurs pauvres maisons : la moitié d’entre eux pour le moins ne savent pas où ils coucheront le soir.

Partout, les séminaristes courent les rues, ro geant en hâte leurs lits et leurs couvertures, pour gagner les abris de passage où ils vont essayer de continuer leurs études, en attendant que la rude main du recruteur les pousse à la caserne.

Voilà le spectacle qu'offre la France à l'heure présente. Et je n’en trace ici que les plus larges traits! Sait-on ce qui se cache dans le secret de toutes ces àmes? Sait-on de quelles douleurs intimes, de quelles tristesses amères elles sont angoissées, de quels soueis affreux elles sont tourmentées ? J’ai reçu d’atroces confidences, des lettres déchirantes ; j'ai entendu de vieux prêtres, les larmes aux yeux, se demander non pas seulement comment ils allaient vivre, mais comment ils continueraient à soulager les misères qui, chaque jour, frappent à leur porte. C’est ce que M. Briand appelle le régime de la liberté : et c'est cette œuvre abominable que salue de ses applaudissements fa Franc-Maçonnerie internationale !

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Ah ! tout à l'heure, pendant que je suivais, le cœur bouleversé, la voiture du cardinal, je me souvenais de ce discours du 10 novembre, où, le ministre des cultes, avec des gestes attendris et des paroles de miel, protestait de ses désirs pacifiques et nous adjurait d'aller à Rome en porter l'assurance. Je me souvenais de mon émotion, du trouble de mon âme, que, le lendemain, j avouais publiquement ; et aussi du refus que j’opposais à l'offre trompeuse d’une paix sans garantie.

La paix, la voilà ! On en a vu passer l’image sur le boulevard des Invalides ; c'était un vieillard auguste, vêtu de rouge, chassé par les agents de M. Clemenceau, à la requête de M. Briand, et protégé contre eux par la piété de la foule chrétienne. |

Cette fois, je pense, c’est bien fini. Tout le monde comprendra, et on ne nous parléra plus d’impossibles conciliations. M. Briand est au bout de ses habiletés : un mois y a sufli.

Déjà, au lendemain de son discours, les inventaires en avaient donné un premier commentaire : et les portes défoncées des églises de France servent encore d'illustration aux lambeaux de la prose ministérielle qui pendent à côté d'elles.

Cependant, comme dociles à la parole du Pape, les curés, partout, avaient recommandé le calme et empêché la violence, comme, dans la rapide exécution de l’ensemble, les brutalités commises — et j’en sais beaucoup d’abominables — avaient passé sans trop de bruit, même après cela M. Briand comptait, pour l’accommodement si longtemps cherché, sur un piège

nouveau. Ce fut le coup de la déclaration inventée par la circulaire du 4 décembre. Une déclaration! pas davantage, moyennant quoi le curé, toléré dans son église, sans droit et sans autorité, aurait eu la liberté provisoire d’y célébrer la messe : pendant ce temps-là, la destruction des séminaires, savamment préparée par la même circulaire, eût tout doucement tari le recrutement du clergé et bientôt rendu le culte impossible : ainsi eût été consommée par la ruse la destruction de

cette Église que, toute démantelée qu’elle est, on n'avait

pu prendre d’assaut.

La clairvoyante fermeté de Pie X a déjoué ces calculs. Alors on a vu commencer la ridicule campagne des contraventions contre les prêtres coupables d’avoir usé, pour y célébrer le culte, des églises ouvertes aux fidèles, avec les messes surveillées par les pauvres agents, cachés dans l’ombre des piliers, honteux de leur rôle, et les procès-verbaux où gravement les malheureux racontent que le prêtre, de temps en temps, adresse quelques mots aux assistants : « Dominus vobiscum » et Q Ile, missa est! »

Au début, — et qui pourrait s’en étonner dans une crise pareille? — ïl y avait eu quelque flottement, quelque incertitude : ce fut assez pour que dans le gouvernement on se reprit au rêve du schisme si longtemps escompté! Après les cultuelles de M. des Houx. les déclarations des braves gens persuadés qu'ils vont sauver la liberté du culte! |

Mais les déclarations se sont évanouies comme les cultuelles. Le bloc catholique, constitué depuis l’'Ency-

clique, est apparu de nouveau, plus complet, plus.

solide que jamais.

Alors, les masques sont tombés, et derrière les paroles

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doucereuses, on a vu paraître les persécuteurs. Maintenant, ils nous apportent un projet de loi nouveau qui va régler. pour de bon, ce qu'on appelle la Séparation

de l'Église et de l'État, et dont M. Briand assure qu'il

donne toute garantie à la liberté des catholiques.

J'ai entendu ce projet de loi, je l’ai lu et relu et mon opinion est faite. C’est une loi de colère : elle tient en deux mots : la spoliation complète, la confiscation absolue, et la jouissance des églises subordonnée au consentement arbitraire du préfet ou du maire, jusqu’à leur désaffectation toujours possible.

Voilà le régime qu'on nous offre en attendant la loi promise, déjà prête, et qu'on n'ose encore présenter, qui permettra de bannir les évêques ét les prêtres comme agents de l’étranger. C’est toute l’histoire de 1792 qui recommence |

Le Temps trouve cela très bien, et assure qu'il ne faudrait pas moins que l’incorrigible intransigeance de certains catholiques, pour ne pas rendre hommage à l’esprit libéral de M. Clemenceau et de M. Briand. Soit! mettons que nous sommes intransigeants.

J'ai médité là-dessus aujourd'hui sur le boulevard des Invalides, derrière la voiture où l'esprit libéral de M. Clemenceau avait jeté le cardinal, au milieu de la foule qui manifestait son intransigeance en chantant le

Credo. La leçon de choses était assez belle et nous en

dons la fin.

verrons la suite.

M. Clemenceau, annonçant l’autre jour à la tribune son premier coup de canon, disait : « Nous avons les lois, les magistrats et la force publique. » Cela est vrai. Nous. nous avons notre conscience et notre droit. Atten-

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