‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 23 sur 94 · Janvier · texte numérisé non relu

Janvier

retraites studieuses les jeunes gens, sainte réserve du

sacerdoce : qu'importe? « Des prêtres, il n’en faut plus » !

Les âges chrétiens avaient lentement accumulé, pour la prière et pour la charité, un lourd patrimoine ; les volontés de ceux qui ne sont plus protégeaient ce dépôt sacré. C'est le butin de guerre; on le saisira pour le tourner contre les vaincus. M Briand appelle cela l’organisation libérale du culte catholique !

Est-ce donc fini ? Non, cela commence. Les vainqueurs ont tout pris : ils s'installent dans les maisons, ils comptent l'argent. Pourquoi leur trouble et leur hési-

tation? Pourquoi, dans la loi nouvelle, cet article

obseur sur l'affectation des églises, après lequel nul ne peut dire si elles seront demain ouvertes ou fermées? Pourquoi ces discours de M. Briand, toujours les mêmes, sous des formes diverses : « Ce n’est pas ma faute ! Gest la faute du Pape! Ne l'écoutez pas, séparez-vous de lui! Ayez confiance en moi! » Pourquoi? Est-ce que, sous leurs pas inquiets, dans les demeures envahies, les malheureux ont heurté de trop près l’image de ceux qu'ils avaient chassés ? Est-ce que l’argent des morts, l'argent des pauvres, déjà, leur brüle les doigts? Non, ce n’est pas le remords qui les tourmente, c'est la peur.

Devant eux, se dresse une pauvre église de village, au portail discret, au clocher modeste, où tinte une cloche sans éclat. Là, chaque matin, un petit curé, humble et simple comme son église, monte à l'autel et offre le sacrifice auguste. |

Tout à l'heure, on apportera devant lui la bière, couverte d’un lambeau noir, d’un paysan mort dans la chaumière prochaine ; les amis, les voisins lui feront

escorte : puis, un ouvrier des champs, une fille de - la ferme viendront, entourés des compagnons de leur enfance, le prier de bénir la promesse qui les liera pour la vie : le soir, au fond de l’église, il versera l’eau du baptême sur le front d’un poupon, tenu dans les bras d’une bonne femme du bourg, et le carillon de la petite cloche appellera les gamins pour ramasser les dragées : demain, ce sera dimanche, et, sur la place, après la grand’messe, les anciens et les jeunes gens formeront entre eux des groupes joyeux ou graves : on écoutera les annonces, on parlera des affaires, de la terre, du commerce, de la pluie et du beau temps.

Cette église, cette place où passe toute la vie du village, c'est le cauchemar de M. Briand et de M. Cle-

menceau. Ce curé qui dit la messe, qui baptise, qui.

enterre et qui marie, tient en échec tous les persécuteurs. |

C'est à lui, tandis que monte vers l’avenir l’année

nouvelle, sombre et menaçante, c’est à lui que songent,

Je cœur ému, tous les catholiques de France.

A-t-on fait le compte de ce que fut, pour lui, l’année qui s’en va, derrière l'horizon, avec sa trouble et douloureuse histoire? A-t-on mesuré ses angoisses, pesé ses souffrances ?

D'abord les inventaires, avec leur traînée de sang, leurs visions de meurtres, leurs convois de prisonniers : il était là, le petit curé, sous le porche de son église prenant à témoin Dieu et les hommes ! Son regard s’est croisé, plein de larmes. avec ceux des soldats condamnés à l’odieuse besogne : jusqu'au fond de son âme ont résonné les coups de hache, qui frappaient les portes

sacrées, glas menaçant des profanations prochaines. Il

a pleuré, il n’a pas faibli.

Puis, la débauche électorale est venue, avec sa ruée

de calomnies et de corruptions, poussant aux urnes la foule inconsciente des dupes et le troupeau servile des complices. Il a vu les ennemis de son Dieu triomphants, et tout près de lui, dans la Loge maçonnique, où chaque jour ilest dénoncé à la haine et au mépris, il a entendu leurs cris de joie : il a compris qu'ils ‘iraient jusqu’au bout de leur victoire et qu'il serait, lui, le premier frappé, parce qu'il représente l'Église détestée, dont ils ont juré la ruine. IL à frémi, il n'a pas faibli. :

Soudain, parmi les clameurs de ses ennemis, une voix a retenti haute et grave, celle du pilote qui conduit la barque, où le petit curé se tient ployé sur la manœuvre quotidienne,

Jour inoubliable ! La tempête grondait : des eaux traîtresses attiraient, par leur calme apparent, la barque en péril, prêtes à la porter, chargée de trésors et d’entraves, vers les mines flottantes semées sous sa marche alourdie. Le pilote s’est dressé, il a vu le danger, et, d’un geste superbe, rejetant les richesses avec les chaînes, bhardiment il a poussé la barque dans l'inconnu plein d’orages. |

Quatre mois ont passé : l'écho de cette voix fait encore vibrer les âmes, et trembler les colères. M. Briand se plaint, M. Clemenceau s'emporte; tous les deux s’agitent, se retournent en tous sens, sur leur couche législative, avec des gestes tragiques et des cris éplorés. Quoi! c'était donc cela, l'Église l Le Pape, c'était. cela !

Ils s'étaient crus si sûrs de les tenir par l'argent : « Frappez à la caisse, leur criaient chaque jour l’Aurore

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