‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 30 sur 94 · Dans des articles publiés par la Neue Freie Presse · texte numérisé non relu

Dans des articles publiés par la Neue Freie Presse

Je n’entends pas seulement la savante réfutation, que

ce docte théologien nous donna de tous les sophismes dont M. Briand nous accable depuis six mois : elle fut pourtant à souhait. Rien n’est resté de l’intransigeance du Pape, de ses perfides calculs, des suggestions de l'étranger, et même des cultuelles allemandes. Ce fut un beau travail. | ce

M. Briand s’en est ému et je le comprends bien : du coup, voilà ses discours éventrés ! Il a donc couru, pour se défendre, après le correspondant de cette presse viennoise d’où nous vient, aujourd’hui, la lumière. Il s’est plaint amèrement du méchant coup de pied donné dans sa propre loi, déjà si malade. (Quoi! la loi de M. Combes, meilleure que la mienne! Si on peutdire! Nous voulons assurément la même chose : mais moi j y mettais les formes, tandis que lui!... Lisez plutôt le Temps qui le répète tous les soirs! »

S'il était permis de rire en un tel sujet, il y aurait de quoi s’égayer au spectacle des deux plaideurs. Perrin Dandin manquait à la fête, qui eût donné à chacun une écaille : de l’une et l’autre loi, il ne reste guère davantage.

Mais ce n’est point d’avoir mis en scène cet instructif apologue qu'il faut remercier M. Combes, c'est d’avoir nettement posé la question sur son vrai terrain, et clairement défini le conflit qui met aux prises l'Église et l'État dans notre pays. La Lanterne l’en loue très à propos. Cela, dit-elle, était « digne du grand ministre anticlérical et démocrate ». Pauvre M. Briand ! Durus est hic sermo. |

Ah!il ne s’agit plus d'appels pathétiques à la concorde civique, ni de ces grands « coups de liberté », que nous promet le ministre des cultes : il ne s’agit plus des envolées de M. Jaurès vers le vaste océan où il conseille à l'Église de s’aventurer, en jetant le lest de sa discipline atrophiante et de ses dogmes épuisés !

La question est bien plus simple et bien plus claire. Depuis vingt-cinq ans, depuis « la rupture entre l’en-

seisnement de l'Eglise et celui de l'Etat », l’école a

battu en brèche «les légendes des religions », non pas seulement de la religion catholique, mais de toutes les religions : elle a travaillé à « dépouiller la nation de ses vieilles croyances » : elle est au but, elle se croit assurée d'avoir détruit dans l’âme populaire jusqu'au souvenir de son Dieu. L'heure est venue : il n’y a plus qu'à étouffer dans un dernier effort cette Église vaincue. La Séparation sera cet effort suprème.

M. Combes appelle cela, par un reste d'artifice, la

lutte entre la Foi et la Raison. fl sait bien que l’anti-

thèse est mensongère, car il se pique de philosophie. Il sait que l’usage de la raison est à la base’ de tout acte de foi, que, non seulement, la raison et la foi ne sont pas naturellement hostiles, mais qu'elles sont faites pour s'aimer et se prêter un mutuel secours. Il sait aussi que proclamer la raison souveraine au même titre que la foi, c’est proprement rompre avec le christianisme lui-même.

M. Combes sait cela, mais il faut bien, quand on fut premier ministre, employer les grands mots. La Lanterne n’y met pas tant de façons : elle traduit en langue vulgaire : « C’est donc bien comme le dit

M. Combes entre l'École et la Croyance que la lutte se

sc

poursuit. »

SA Fa

Ainsi, la Séparation est bien le dernier mot de cette lutte de trente années Qu'on ne parle plus de liberté, de neutralité, de respect des consciences ! Cela était bon pour les manœuvres d'avant-garde, pour les opérations stratégiques, quand il fallait prudemment déloger les catholiques de toutes leurs positions, avant de donner à l'Église l'assaut final. Aujourd’hui, c’est fini : iln'ya qu’à démasquer les batteries.

M. Briand, qui s’attarde en contre-marches, perd le train. Il s’est scandalisé à la Chambre d’une citation que Lasies lui prêta et dont il paraît que l’original ne se retrouve plus. Il s'agissait d'une certaine comparaison entre l'Église catholique et une forteresse démantelée dont il n’y a plus qu’à enlever le dernier réduit. | |

Je ne sais pas pourquoi M. Briand s’est ému pour

si peu ! Le ministre qui, l’été dernier, à Angers, se:

solidarisait publiquement, au nom du gouvernement, avec la « Ligue de l'Enseignement », et M. Ferdinand Buisson, qui répétait après lui que l'heure était venue d’affranchir la France des « mensonges confessionnels ». le ministre qui, le :15 novembre dernier, disait à M. Viviani, après son fameux discours sur l’extinction des étoiles: « Mon collègue et ami vous a tracé son idéal qui est le mien ! » ce ministre-là n’a rien à répudier de la citation qui lui fut attribuée.

De fait, quel que soit l’auteur de la comparaison, elle exprime très bien la situation présente. Chassée de toute la vie officielle, expulsée de ses propres écoles, désorganisée par la ruine et la dispersion de ses con-

grégations, dépouillée de tous ses biens, l'Église de France est bien semblable à une forteresse démantelée, qui voit contre elle s’avancer les colonnes d'assaut. Elle n’a plus qu’un réduit où elle se concentre pour la lutte suprème. Mais dans ce réduit s’enferme avec elle Celui pour qui fut dite la parole invaincue : « Sur toi je bâtirai mon Église. »

M. Combes, M. Briand et M. Clemenceau. et toutes leurs majorités ensemble, ne prévaudront point contre la promesse indéfectible. Non prævalebunt.

C’est pourquoi je reste dans la joyeuse émotion que me donna dimanche la fête patronale de ma paroisse. Je sais qu'il y aura des moments difficiles, des jours sombres et des heures de détresse. Il yen a déjà. Mais je me sens très fort, étant avec le Pape, avec mon Évêque, avec mon curé : et, puisque M. l'abbé Lemire a recommandé à ces bons messieurs du Bloc, qui s'en sont montrés ravis, la religion de Pascal, je dis avec Pascal : «IL y a plaisir d’être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. »

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