L'ASSEMBLÉE DES ÉVÊQUES
«O Rome, je ne t'ai point méconnue, pour n'avoir pas rencontré de rois prosternés à tes portes : j'ai baisé ta poussière avec une joie et un respect indicibles... Une parole est sortie de ton sein, et lorsque le temps aura fait un pas, lorsque sera accompli ce qui doit s’accomplir, cette parole, méconnue du monde présent, éveillera dans son tombeau le Pontife qui en a été l’organe, afin qu'il puisse entendre les acclamations de la postérité. »
Assis sur le rocher qui, dans le sable de la grève, dresse, au-dessus du flot montant, son éperon de granit, je lisais cette page de Lacordaire, ravi d'entendre en ce superbe langage résonner ma propre pensée.
C'était le matin. Le porteur de la Croix passa près de moi; je pris le journal et, à la première page, m'’apparut le télégramme envoyé par les évêques au Pape, à l'ouverture de leur assemblée : |
CTrès Saint-Père, les cardinaux, archevêques et
Le A
évêques de France, réunis avec l'approbation de Votre
1. Ces pages furent écrites à Roscoff au moment où s’achevait la première assemblée de l’Épiscopat francais, tenue à Paris, après la publication de l'Encyclique Gravissimo officii, dans les premiers jours de septembre 1906.
Sainteté, en assemblée plénière... déposent à ses pieds l'hommage de leur filiale obéissance dans laquelle ils veulent, avec leurs prêtres et leurs fidèles, courageusement persévérer, malgré toutes les épreuves et tous les périls. » | La feuille, mince et fragile, où je voyais tracé ce simple et grandiose hommage, disparut à mes Yeux : je crus apercevoir l'assemblée elle-même, auguste et vénérable, de tous ces hommes différents entre eux par l’âge, par le caractère, par les tendances, liés cependant en un infrangible faisceau par les anneaux ininterrompus de la chaîne apostolique, et confondant leurs voix diverses, avant toute autre parole, en cette seule acclamation, profession brève et pleine d’unanime soumission au successeur de Pierre. | Le «grand mystère de l'unité », dont parle Bossuet, saisit mon âme tout entière : je n’entendis plus seulement ce cri d'hier, poussé par les évêques de France, mais comme un tumulte harmonieux et toujours gran- dissant, la clameur immense qui remplit l’histoire, témoignage invariable des Pères et des Docteurs, de saint Irénée et de saint Ambroise, de saint Bernard et de saint Thomas, de Bossuet et de Fénelon, jusqu’à ces pontifes, assemblés dans Paris, se répétant les uns aux autres, et, tous ensemble, envoyant à l’Église de Rome l'immortel écho des chants inspirés du Roi-Prophète : « Que ma main droite s’oublie elle-même, si je t’oublie jamais ! Que ma langue se sèche et devienne immobile, si tu n'es pas, jusqu'au dernier soupir de ma vie, le principal objet de ma joie et de mes cantiques ! » Le soleil naissant baignait de lumière le ciel, les rochers et la mer : les cloches de la vieille église, sonnant à toute volée, répondaient, par-dessus la baie, à