LL INSÉRER RATE
archives de notre ambassade près du Saint-Siège. mourait subitement.
Où étaient ces archives ? au palais Santa-Croce, résidence du dernier ambassadeur. On les avait laissées là, après la rupture, comme le Saint-Siège avait laissé les siennes à Paris, sans notification spéciale, et on avait délégué un Consul général pour les garder.
Il meurt : aussitôt, par ordre du gouvernement français, M. Barrère, ambassadeur près le roi d'Italie, fait mettre les scellés sur le palais Santa-Croce, où il n’y avait plus ni ambassadeur ni ambassade, mais où il y avait les archives, exactement comme à la rue de l'Élysée.
C'était donc que, pour tout le monde, la maison était couverte par l’immunité diplomatique.
Pourquoi à Paris un autre traitement qu’à Rome ?
Ce n’est pas tout.
Les papiers personnels de Mgr Montagnini étaient chez lui, confondus avec les archives de la nonciature, confondus à ce point que lorsqu'on les a saisis, tout a été, à la fois, jeté pêle-mêle « dans un sac»; ce fut
l'expression de M. Ribot, qui l’a dit à la Chambre. sans être démenti : ils étaient confondus à ce point que plusieurs jours après, devant l'émotion publique. devant les réclamations diplomatiques, il a fallu en faire le triage.
Le triage ? comment ? par qui? hors de la présence de Mgr Montagnini, expulsé du territoire; sans aucun témoin diplomatique chargé de représenter le gouver-
nement pontifical ; par les mains des agents du gouvernement qui les avait saisis, après qu’il avait pu à son aise retirer, photographier, altérer tout ce qu'il avait voulu. : |
Est-ce que j'exagère ? Mais, tous les matins, la publication des papiers fait éclater l’inconvenance, l’indiscrétion coupable avec laquelle ont procédé les hommes qui avaient la garde de l'honneur français!
C'est l'ambassadeur d'Angleterre, c’estl’ambassadeur. du Japon, c’est le ministre des Pays-Bas, ce sont des
chargés d’affaires, des attachés d’ambassade, dont les noms, dont les conversations intimes sont jetées aux quatre vents par le gouvernement près duquel ils sont accrédités. Voilà comment fut fait le prétendu triage.
Je demande ce que peuvent dire entre eux, ce que peuvent penser de nous, les représentants des nations étrangères, quelle confiance dans notre discrétion, quel respect pour notre délicatesse peut subsister dans les
chancelleries ? |
Mais, allons plus avant. =
Que contenaient-ils ces papiers, pour la capture des-
quels on a sacrifié l'honnêteté nationale ?
Ils contenaient des secrets de famille, des demandes
adressées au Saint-Siège pour des mariages, pour des affaires privées : de cela on a commencé par se gausser à demi-mots, dans les coins bien informés, puis une honte est venue ou une prudence ; où n’en a plus parlé. Mais les papiers sont là, empilés dans des car-
tons, dans des boîtes de cigares, livrés à toutes les.
curiosités ; demain ils seront sur la table de la Commission Jaurès, el ces messieurs se feront du bon sang en fouillant dans lé tas.
[ls contenaient encore les communications ecclésiastiques, les rapports du Saint-Siège avec les évêques et les informations ouvertes pour les nominations épiscopales ; cela, on ne l’a pas trié; on l’a, sans vergogne, livré aux procureurs, aux avocats, à lous ceux qui ont voulu voir, et les journaux en sont pleins !
Eh bien ! oui ou non, ces secrets du Saint-Siège, pro- prement inhérents au gouvernement de l’Église, est-ce que ce ne sont pas des documents diplomatiques, protégés par l’immunité, comme les affaires de toutes les ambassades ? On a saisi tout cela, on l’a jeté au vent avec les noms propres. Comment faut-il qualifier un pareil procédé ?
Quoi encore ? Ah ! la grosse affaire, celle pour laquelle on a passé par-dessus toutes les convenances et toutes les pudeurs, celle que d'avance on appelait le grand complot électoral.
Eh bien ! oui, on oounert que le Pape, que son secrétaire d’État, que les évêques de France s’intéres- -saient beaucoup aux élections de 1906 ! L'Église catholique était attaquée avec la dernière violence : la prétendue séparation préparait pour elle une inévitable persécution : les faits, depuis, ont justifié toutes les craintes : l’Église est spoliée, dépouillée de tous ses biens ; c'était cela qui s'agitait dans les élections dernières. Et on s'étonne que le Pape s’en soit préoccupé!
Il y avait, dans le pays, une organisation puissante, constitutionnelle, fondée conformément aux lois : elle avait pour objet principal de favoriser l'élection de députés catholiques, d’ennemis des jacobins : c'était l'Action libérale. Et on se scandalise que le Pape ait fait des vœux pour son développement et son succès |
Cette organisation avait un chef, admirable pour son intelligence autant que pour son éloquence, qui l'avait créée à force d'activité, qui consacrait à son service et, par elle, à l'Église comme à la France, un inlassable dévouement : c'était Jacques Piou. Et on crie au complot parce que le Pape a souhaité son élection, parce qu'il lui a donné des témoignages d'affection !
Quel homme de bonne foi ne hausserait pas les épaules ?
Mais, il est vrai, on a découvert autre chose ! Quand il s’est agi de discuter les propositions et les circulaires de M. Briand, de prendre parti pour ou contre ses offres plus ou moins déguisées d’arrangement, les députés catholiques ont consulté le Saint-Siège. Interrogés eux-mêmes, ils ont donné leur avis : et voilà la preuve du complot permanent avec le Souverain étranger | |
J'ai encore dans les oreilles l'accent presque suppliant de M. Briand lorsque, au mois de novembre dernier, à la tribune, il se tournait vers nous pour nous adjurer de porter au Pape des conseils de conciliation.
Où sont les pleurs d'antan! Pour avoir, sur la plus grande question religieuse de ce temps, consulté le chef de l'Église, nous sommes des esclaves ! Et ce sont les
exécuteurs des décrets arrêtés dans les Convents Mmaçonniques qui nous reprochent cette servitude!
Ainsi voilà le régime de la Séparation ! Les catholiques n'auront plus le droit de communiquer librement avec le Saint-Siège, de prendre ses avis, de soHiciter ses directions : s'ils le font, ils seront traités en conspirateurs ; si les évêques consultent le Pape sur les affaires de leur diocèse, demandent des instructions, les transmettent aux fidèles, on les expulsera comme fonctionnaires de l'étranger.
Ai-je eu tort de dire que la liberté des catholiques était, ici, en cause comme l'honneur national ?
Elle n’y est pas seule. La liberté de tous les citoyens y est engagée avec elle. L'affaire des papiers Montaonini, tout le monde le voit aujourd’hui clairement, n’est qu'une manœuvre politique, cyniquement dirigée contre un homme et contre un parti. M. Clemenceau a peur de l’un et de l’autre : il a voulu les tuer. Contre l’homme, il a lancé l’outrage ; contre le parti, il a brandi la menace. La colère l’a mal conseillé, il s’est démasqué trop vite. L'outrage grandira l’homme, la menace fortifiera le parti.
Mais la même aventure peut demain s’abattre sur tous ceux dont le gouvernement voudra se défaire, Comment s’est fait le coup contre Mgr Montagnini ? Le jour des perquisitions, M. Ribot, interrompant M. Clemenceau, lui a demandé : « Quelle est l’inculpation ? » M. Clemenceau lui a répondu : « Complicité avec trois curés poursuivis pour violation de la loi de r909. »
Sur ces trois curés, deux ont été mis hors de cause : pour le troisième, il est désormais évident que rien, dans les papiers saisis, n’a le moindre rapport avec son procès : l'affaire Montagnini a été disjointe. Que devient l’inculpation ? À Ia séance du 20 mars dernier, M. Guyot-Dessaigne, garde des sceaux, Re « À proprement parler, il n’est pas inculpé ! » La farce est jouée, farce odieuse et sinistre.
Cependant, quoiqu'il n’y ait plus d'inculpation, les papiers saisis sont retenus, fouillés, publiés, commentés. De quel droit ?
M. Clemenceau l’a dit, dans cette même séance du 20 mars, en appuyant la motion de M. Jaurès pour la Commission d'enquête : « Il s’agit de papiers politiques, qui appartiennent à la politique, et sur lesquels il est bon que les hommes politiques se prononcent. M. Ribot a répliqué : « La cause est entendue! »
Oui. la cause est entendue. Nous sommes livrés au régime des perquisitions domiciliaires comme en 1793.
Demain, un de nous sera suspect d’hostilité contre M. Clemenceau, contre M. Jaurès, contre la délégation des gauches. On l’inculpera de complicité avec quelqu’un, pris au hasard ; on viendra chez lui, on fouillera ses tiroirs, on mettra tout dans un sac, et on jettera le paquet dans une armoire du Palais-Bourbon. Le lendemain, on disjoindra la cause; mais on gardera les papiers : les journaux, stylés, en demanderont la publi- | cation pour avoir la preuve du grand complot! Il y aura une interpellation ; on nommera une Commission, et M. Clemenceau dira: « Il s’agit de PPS Les hommes politiques se prononceront. »
Ettoutes les lettres, toutes les notes qu'on aura pu saisir, versées sur le tapis vert de M. Jaurès et de ses
amis, seront livrées en pâture au publie, affriolé, chaque jour, par des « révélations savoureuses ».
Après quoi, s’il le faut pour les intérêts politiques de M. Clemenceau, pour faire diversion au Maroc ou
à la grève générale, on convoquera la Haute-Cour et.
on fera condamner les conspirateurs.
Le 4 prairial an IE, une jeune fille de vingt ans, Cécile Renault, fille d’un petit papetier de la rue de la Lanterne, demande à parler à Robespierre : il n’est pas là. Deux amis de « l’incorruptible », qui passent, la font arrêter. On lui demande ce qu'elle voulait. Elle répond : « Voir comment est un tyran. » On la mène à la Concicrgerie.
Le même jour un homme, nommé Admiral, a tenté de tuer Collot d'Herbois. Cécile Renault ne le
connaît pas, elle ne l’a jamais vu; elle n'a voulu tuer
personne. On l’inculpe de complicité ; puis on les transforme tous les deux en agents d'une conspiration contre la Convention.
Elie, Lacoste fait à la tribune un rapport au nom du Comité de sûreté générale. Il dénonce la « grande conspiration » qu'il appelle « la conspiration de l'étranger ». |
L'arrestation de la petite Cécile Renaulta tout révélé : à présent, on lui à trouvé cinquante-quatre complices, depuis le prince de Saint-Mauris jusqu'à Madame de Sainte-Amaranthe, et depuis la sœur Renault jusqu’au gendarme Constant.
Le 29 prairial, on les juge : on montre au tribunal
les papiers saisis dans leurs tiroirs : iln’y a ni témoins, ni défenseurs, comme pour Mgr Montagnini.
Ils sont condamnés et le jour même trainés dans huit tombereaux, à la place du Trône, les épaules couvertes de morceaux d’étoffe rouge, pour marquer qu'ayant outragé Robespierre, ils étaient guillotinés comme parricides |
Cécile Renault avait répondu à l’horrible Dumas, président du tribunal : « Je n’ai jamais eu l'intention de tuer Robespierre, je le regardais seulement comme un des principaux tyrans de mon pays. »
Qui n’a jamais pensé cela de M. Clemenceau ?
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