avril
M. l'abbé Jouin a été condamné en vertu de cet. article, non pas à trois mois de prison, mais à la peine illusoire de seize francs d'amende.
Pourquoi cette peine illusoire, si l'accusé était coupable des délits visés par l’article 35 ? C’est ici qu'éclate le trouble des âmes.
Ce prêtre, debout à la barre, quel est son crime? ]Ila exhorté ses paroïissiens à garder « un deuil armé ». Deuil armé ? on devine assez bien l'embarras des pauvres juges. [ls ont de la lecture, et bien sür ils se souviennent de ce panégyrique de saint Thomas de Canterbury, où Bossuet parle en termes illustres de la force avec laquelle le saint évêque résistait au roi d’Angleterre. « Pensanten faire un généreux, n’en ferons-nous point un rebelle? Non, mes frères, ne craignez rien de la simplicité de mes expressions. Selon le langage ecclésiastique, la force a une autre signification que dans le langage du monde. »
Ils savent cela, et puis enfin ils n’ont pas envie de faire comme le Constitutionnel de 1845, qui, ayant entendu parler des « Exercices » de saint Ignace, annonçait avec horreur que les Jésuites faisaient l'exercice à feu dans les caves de Montrouge ! Ils ne veulent pas être ridicules et c’est pourquoi ils disent : « Le reproche adressé au prévenu ne doit pas être considéré comme fondé. » Alors que reste-t-il ? | 5
Ce prêtre, encore un coup, qui est là, au banc des accusés, qu'est-ce qu'il est pour les magistrats de l’an 1907? Autrefois, on leur aurait dit que c'était un curé
de Paris, agréé par le gouvernement, contraint par les articles organiques à de certaines obligations. Mais à présent ? Après la loi de 1905! Ce n’est plus qu'un simple citoyen : et alors, comment le condamner pour une métaphore ? Leurs âmes se troublent de plus en plus. Décidément, disent-ils, « cette loi de 1905 apparaît comme une loi d'exception! » Et comment s’étonner que le prévenu s’en soit trouvé blessé « dans ses sentiments les plus intimes, les plus respectables ? »
Ah! mon président, je vous crois, oserai-je dire ! Il y a deux ans que nous autres, pauvres justiciables, nous répétons cela sur tous les tons : on ne nous écoutait pas, et voilà qu’à présent, c’est la chose jugée!
Mais, enfin, il fallait bien condamner. On ne peut pas trop demander aux magistrats. Condamner à quoi? Considérez, disent encore nos bons juges, que cette loi d'exception est affreusement confuse, que son application soulève des questions très «controversables », et que « les citoyens même instruits » ne peuvent pas s’y reconnaître!
Il y avait bien les papiers, les fameux papiers; et, évidemment, avant l’audience, les magistrats avaient cru à de foudroyantes révélations. Ils avaient lu le compte rendu de la séance du 20 mars et ces mots du président du conseil : « Nous avions la preuve que des ordres avaient été donnés à certains curés de Paris, leur enjoignant de violer ouvertement les lois de la république française. » Pas de doute : on allait saisir le complot. |
Ac.
T's DEAR
Mais voilà que le substitut avait sorti tout le déssus du panier, et les juges s'étaient regardés entre eux avec une stupeur croissante, jusqu'au moment où, l'accusé demandant si quelqu'une de ces pièces concernait son procès, le procureur répondit : Aucune !!!
Ce fut un coup de théâtre et la stupeur des magistrats se changea, je pense, en une belle indignation. On les entend, après cela, dans la chambre du conseil! Je l’ai dit, ils ont de la lecture et le mot de Voltaire leur est venu à la pensée : « ILest souvent plus criminel, dit-il dans le Dictionnaire philosophique, de surprendre à un homme ses pensées que son argent. »
Et, ils n’ont pas voulu, même par un considérant, mettre la main dans l’affaire. Puisque aussi bien, de ces papiers, aucun ne regardait le procès, ils les ont tout bonnement ignorés. Comme s'ils avaient dit : « C’est de la politique, cela ne nous regarde pas ! » Silence plus accablant que tous les discours.
Mais alors cette condamnation ? Ah ! il fallait bien y venir, et après une si belle exécution de la loi d’exceplion, impossible de parler de prison. On a donc mis les choses au plus bas : seize francs d'amende!
Encore fallait-il une raison.
Nos juges en ont trouvé une et les ayant, pour le reste, loués comme il convient, il me sera bien permis de leur dire que leur raison est mauvaise.
Is ont d’abord rappelé l'interprétation donnée par M. Briand dela loi confuse et inextricable et, fort de son
autorité, ils ont déclaré qu’elle permet « de considérer.
R dr enmits À