PP DE TN CE ARR OT PO NT RU. TP
comme une provocation directe, la provocation tendant à résister à ses prescriptions sans qu'il soit nécessaire que ces actes de résistance soient nettement spécifiés. »
Eh bien, non, Messieurs les juges, cela est inacceptable. Votre doctrine a beau vous paraître juridique, ellé est en contradiction avec le droit essentiel de la conscience chrétienne. ;
Ainsi, pour qu’un prêtre soit condamné, il suffira qu'il ait dénoncé l’impiété de la loi, l'atteinte qu’elle porte à l'intégrité de la foi, et, sans exciter à la rébel- Lion active, interdit aux croyants de lui obéir! A ce compte. la loi du divorce, l’école sans Dieu, la destruction des congrégations, l’expulsion des religieux, la spoliation de l'Église, il faudra tout accepter, tout reconnaitre comme juste et légitime sous peine d’avoir provoqué les fidèles à résister en principe à une loi de l’État ! c’est la négation même de l’indépendance évangélique.
Quand Pierre et Jean furent conduits devant l’assemblée des anciens et des scribes pour s'entendre reprocher le délit de parole qu’ils commettaient en enseignant au nom de Jésus, ils répondirent : « [Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » L’apostolat chrétien s’est fondé sur cette parole. Elle a retenti à travers les âges et dans tout l’univers, devant les proconsuls de l'antiquité et devant les juges des temps nouveaux, devant les bourreaux barbares et devant les persécuteurs civilisés.
Elle est comme la charte immortelle de la liberté des àames. Partout où une loi humaine dressera contre la loi divine sa hautaine prétention, elle rencontrera des hommes debout pour lui résister.
Si les juges de la neuvième chambre ont cru parleur considérant poser un principe, ils se sont trompés. Ils
106 COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD HUI ke
n’ont fait que donner une fois de plus au despotisme sa formule légale.
Sans doute, la condamnation paraît A Mais il n'y a jamais de condamnation insignifiante : car il faut pour se justifier elle-même qu’elle invoque une doctrine, et toute doctrine est grave par les conséquences qu'elle entraîne.
Celle-ci soulève, en réalité, toute la question dont, chaque jour, la loi de Sépar ation fait éclater la profondeur.
M. Pichon parlait Le 20 mars à la Chambre du droit que revendique la Papauté de communiquer librement avec les évêques et les fidèles, et il disait : « Ce droit basé sur la Constitution de l'Église est directement et absolument contraire à la Constitution de l'État. »
M. Bourély, rapporteur désigné de la commission d'enquête qui va fouiller les papiers Montagnini, disait l’autre jour : « Il s’agit de savoir si Rome peut impunément obliger les citoyens à mettre en échec une loi française. »
Les juges de la neuvième chambre disent à leur tour: « Il n’est pas permis à un Due de résister, même en principe, à une loi de l'État.
C'est toujours, et sous des oi diverses, le même et irréductible conflit, qui met aux prises la conscience et la loi. |
S'il est vrai, comme le dit M. Pichon, que la Constitulion de l'État ne reconnaît plus au Pape la faculté de communiquer avec les fidèles, il en faut conclure que la Constitution de l’État est en opposition avecla «
COMBATS D HIER ET D'AUJOURD HUI y
liberté la plus essentielle de l’Église catholique, celle qui en sauvegarde la hiérarchie, la discipline et jusqu’au principe fondamental. | |
S'il est vrai que le Pape ne peut pas, aux yeux des législateurs, censurer une loi de l'État, exclusivement destinée à régler l’organisation du culte, il fauten conclure que cette loi atteint directement les consciences catholiques, parce qu’elle prétend les contraindre à la révolte contre le chef de l’Église. | S'ilest vrai, enfin, qu’un prêtre n’a pas le droit de flétrir la tyrannie au nom des croyances qu'il a mission d'enseigner, des droits qu'il a charge de défendre, il en faut conclure que la parole sacerdotale est désormais bâillonnée.
Quand de telles questions se posènt devant les juges, c’est qu'il n’y a plus de liberté pour les âmes. :
Le défenseur‘ du curé de Saint-Augustin, M° Danet, l’a dit avec une magnifique éloquence. Je ne sais rien de plus émouvant que ce plaidoyer, où l'honnête indignation du Français et la généreuse révolte du chrétien éclatent en vibrantes apostrophes.
Il faut ici l'en remercier publiquement. Sa parole a soulagé les âmes oppressées par l’odieuse perfidie qui, depuis un mois, livre à la risée du monde l'honneur et la dignité de la France. Mais elle a fait plus encore, elle a donné à tous un exemple et une leçon.
Je me souviens comment, au temps où commençait contre l'Église la persécution maçonnique, mon grand et vénéré confrère M. Rousse nous excitait à défendre
Pa BIENS
nos droits et à ne pas désespérer de la justice : « Écoutez la grande voix de Berryer, nous disait-il, Forum et jus. Je ne demande rien de plus : sûr de mon droit, je suis sûr aussi de la justice. » Superbe confiance d’un vaincu dans la victoire de sa cause. :
Sans doute, la magistrature, depuis, a subi le rude niveau du despotisme jacobin. La politique s’est assise dans les prétoires. La justice trop souvent s’estsoumise à ses lois.
Et cependant, à tous ces prêtres que guette la loi
tyrannique, j'ose dire encore comme M.. Rousse : Ne craignez point, ne désespérez jamais. Enseignez librement, parlez hautement ; et, forts de votre conscience, résolus à poser nettement la question, sur le terrain de votre droit sacerdotal, laissez-vous conduire devant les juges ; vous paraîtrez à la barre en accusateurs, car elle est aujourd’hui le dérnier refuge de la liberté.
X VIIT