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paroles ; mais je me demande quel intérêtelles peuvent garder aujourd’hui, un an et demi après les deux Encycliques qui ont condamné la loi ?
La parole du Pape, voilà tout ce qui importe, et M. l'abbé Lemire n'a, certainement,-pas voulu mettre en doute sa haute et pleine indépendance.
Que M. Briand s’abaisse à ces insinuations, pour donner à ses attentats contre le droit et la justice, l'apparence de justes représailles, cela est dans l'esprit de sa politique ! mais un prêtre, même lorsqu'il est député, ne saurait être soupçonné de telles arrière-pensées.
Les divisions qui s’élevèrent, il ÿ a deux ans, entre les catholiques, étaient inévitables; aucune question plus haute ne s'était, depuis un siècle, posée devant leur conscience. Elles sont effacées, depuis que le Pape a parlé.
Tout le monde a obéi : restons-en là. Car la meilleure manière d’obéir est de le faire sans phrases, et je suis d'avis qu'en un tel sujet, il ne convient, ni de triompher, ni de se plaindre.
Je regrette que M. l’abbé Lemire ait cru devoir réveiller des discordes éteintes, dans un lieu où le respect de la cause commune commande la réserve, et dans un débat où nul prétexte ne s’offrait au désaccord des consciences chrétiennes.
Mais, de cette partie de son discours, je ne dirai rien de plus : en insistant, je craindrais d'en aggraver les fâcheux effets.
C’est à sa thèse générale que je voudrais répondre deux mots.
Il a voulu la résumer par une formule célèbre « L'Église libre dans l’État libre », et, cherchant ainsi
pour ses illusions une auguste filiation, il s’est abrité derrière le grand nom de Montalembert, qui Le premier, en effet, tenta, dans cette maxime confuse, d'enfermer une doctrine.
Les idées de l’illustre chef des catholiques libéraux n’ont point exercé d’empire sur mon esprit. Il était mort, quand, au lendemain de la guerre, je fis mes premiers pas dans la vie publique, mort en se soumettant, par un dernier et magnifique effort de sa foi, au jugement suprême, qui allait terminer contre lui les luttes au milieu desquelles ilsuccombait. Louis Veuillot fut, avec le cardinal Pie, mon guide et mon maître. Je suis demeuré fidèle à leurs enseignements.
Mais je garde, encore fortifié par de pieuses traditions familiales, le culte de Montalembert. Aucun de ceux dont le cœur a battu au récit des combats dont il fut, il y a soixante ans, le héros superbe, ne peut entendre son nom, sans un frémissement d’orgueil.
J’ose dire à M. l’abbé Lemire qu'il ne saurait couvrir de ce patronage glorieux la politique dont, une fois de plus, il a essayé de justifier les tendances.
Je n’entreprendrai point avec lui de discussion doctrinale; mais. je voudrais, à propos de la formule fameuse dont il a enveloppé sa pensée, lui rappeler un peu d'histoire et le convier à quelques observations sur le temps présent.
Le r2 octobre 1860, le comte de Cavour, parlant au Parlement de Turin, et faisant allusion aux idées libérales de Montalembert, avait dit : « Nous avons vu un illustre écrivain, dans un moment lucide, démontrer
à l'Europe que la liberté avait été très utile pour relever l'esprit religieux. »
Montalembert était à La Roche-en-Breny, dans ce château dont le nom est lié à toute son histoire. Il bondit sur sa plume, et, le 22 octobre, il écrit une lettre publique au comte de Cavour. Est-ce pour le remercier, rendre hommage à sa sincérité et lui tendre la main? Nous allons voir.
« Si vos paroles, écrit-il, ne renfermaient qu'un éloge, je ne me permettrais pas de les prendre pour moi. Mais elles contiennent aussi une injure ; ma modestie peut donc s’en accommoder. »
On était au lendemain de Castelfidardo. et au moment de l’invasion des Romagnes, comme nous sommes au lendemain des inventaires, et au moment de la spoliation de l'Église,
Montalembert continuait : « Le sang français a été versé par vos ordres, l'honneur catholique a été insulté par vos lieutenants... voici maintenant que vous
. portez un nouveau coup à tout ce que j'aime, en enve-
loppant vos desseins pervers sous le voile d’un accord mensonger entre la religion et la liberté ; et à l'appui de vos dires, vous invoquez mon témoignage ! Je me dois de protester que sur aucun point je ne suis avec. VOUS. ») Mat
Voilà comment Montalembert parlait au comte de Cavour, en 1860. Qu'’eût-il dit à M. Briand en 1907?
C’est dans cette lettre, qu'un peu plus loin, venant à l'alliance entre la liberté et la religion, « cette noble alliance; disait-il, que je sers depuis trente ans », ilajou-