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s’imagine-{-on ce que pouvait être alors pour des | jeunes hommes de vingt-cinq ans, l'effet de ce nom magique ? Toute l'épopée africaine se dressait sous nos yeux. Là, vingt-deux ans plus tôt, le matin du 14 août 1844, par une chaleur torride, la petite armée du maréchal Bugeaud avait passé la rivière et découvert les tentes sans nombre du camp marocain. Ceux qui la conduisaient, c’étaient Cavaignac, Lamoricière, Pélissier, Bedeau, Yusuf, Tartas, Morris, tous les héros de la légende africaine.
Elle s’avançait, pareille à une hure de sanglier : c'était le mot de Bugeaud. La veille, la nuit tombée, il avait parcouru les bivouacs : les officiers et les soldats, joyeux, l'avaient entouré, allumant, pour le fêter, des gamelles de punch, et lui s'était mis à expliquer d'avance la bataille : « Bedeau et Pélissier seront les défenses, Cavaignac sera le museau, et moi, Je serai entre les deux oreilles. »
La nuée des cavaliers arabes se précipita : « Cent mille chacals attaquant un lion ! » diront le soir les prisonniers. L'infanterie marchait en se couvrant. de feux meurtriers, dontles salves refoulaient les charges répétées. Enfin, Bugeaud làächa, d’entre les deux oreilles de la hure, les chasseurs et les spahis. Ce fut la déroute.
Le lendemain, à l’autre extrémité de l'empire marocain, le jeune prince de Joinville bombardait Mogador «pour montrer au Maroc, disait-il, qu'il ne fallait pRe jouer avec nous ».
Que de fois ces récits avaient grisé nos imaginations ! Et, là, sur cette frontière, à deux pas du champ de bataille illustre, comme ils faisaient battre nos cœurs !
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Nous sortions à peine de la grande insurrection de 1864 qui, pendant plus d’un an, avait, de l'Est à l'Ouest, ébranlé tout le Sud algérien et, après une interminable campagne dans le désert, nous avait, pour la première fois, menés jusqu à Ouargla.
Alors, comme aujourd'hui, le Maroc était le foyer de la guerre sainte, toujours entretenu contre nous par de secrètes influences. L'incendie couvait encore dans le calme apparent. À chaque instant le feu pouvait se rallumer.
Tandis que, remplis des grands souvenirs d’un passé si proche, nous cheminions au pas pour rentrer au bordj, nos camarades nous montraient à l'horizon les collines arrondies qui s’estompaient dans la brume. « Derrière, c’est Oudjda, le repaire où ils se cachent, et préparent leurs mauvais coups. Il faudra, un de ces jours, qu'on se décide à y aller. »
Nous y voilà et, de loin, je salue, d’un cœur ému, les jeunes camarades. Qu'ils sont heureux, courant vers les collines bleues, sous le ciel clair de Fromentin, joyeux de servir la France aimée, d'oublier, dans le
grandsouffle de l'air pur,les écœurements qui dépriment ici nos âmes et affadissent nos courages !
Puissent-ils, dans cet Oudjda où ils montent à présent la garde pour la France, ne pas entendre l'écho des trois dernières séances de cette funeste session, où nous avons vu, nous, passer Sous nos yeux, comme en une lamentable trilogie, le deuil même de la patrie.
D'abord, ce fut la prodigieuse histoire, dont la tragédie de Marakech a brusquement fait éclater le scan-
dale. M. Pichon a raconté « les vexations, les attentats, les provocations », que, depuis un an, la France subit au Maroc. Ce sont ses mots. Il a dit les refus insolents du maghzen opposés à toutes nos réclamations, et les meurtres impunis, et les obstacles dressés brutalement sur le chemin de,toutes nos missions d'études.
Il a dit tout cela, sans paraître soupçonner de quel écrasant réquisitoire il accablait son parti, seul maître du pouvoir durant'ce long martyre de notre honneur.
La Chambre entendit, stupéfaite, le douloureux récit. Un moment on put croire qu'un reste du vieil orgueil allait soulever ces âmes françaises. Contre l'occupation d’Oudjda, nulle voix n’osa s'élever. |
Mais le lendemain! Ah! comment dire l’affreuse tristesse quand, parmi ces mêmes hommes un instant saisis, la veille, d’une sorte d’émoi patriotique, il s’en trouva trois cents, courbés sous la menace révolutionnaire, pour sanctionner de leurs votes l’odieuse mesure prise contre le général Bailloud ?
Pendant la séance, la honte opprimait les consciences; un malaise étreignait les àmes; tandis que Maurice Barrès parlait de la terre sacrée, par dessus les haines politiques, 1l semblait qu’une fraternité rapprochât les cœurs français. M. Clemenceau le sentit : il n'osa parler qu'avec respect du soldat que, par son ordre, le général Picquart venait de frapper.
Mais un groupe d'hommes veillait, les yeux fixés sur les ministres et sur la majorité. :
Quand Barrès évoqua l’image des émigrés de Stras-
bourg et de Metz, qui tous « ont le cœur tourné vers le haut clocher où ils espèrent pouvoir replacer un jour le trapeau tricolore », un d’eux l’interrompit. Il faut marquer son nom. C’est M. Chauvière. Il dit :