‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 61 sur 94 · CHR · texte numérisé non relu

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« Ils doivent être bien malades d'avoir le cœur tourné. »

Cette parole est symbolique. Elle montre Jusqu'où peut descendre chez ces hommes le mépris du patriotisme. ns

Trois cents membres de la Chambre obéirent à M. Chauvière, en approuvant l’abominable désavœu infligé aux espoirs de tous les bons Français.

Une autre douleur nous attendait encore. Le dernier jour de la session, l’amiral Bienaimé, dans un ferme et irréfutable discours, découvrit à tous les veux l’horrible décadence où sombre la marine nationale : et ce fut un moment de poignante émotion, quand ïl lut la lettre du malheureux commandant Adigard, écrite un mois avant la terrible catastrophe : « J'ai servi plus de trente-sept ans, j'ai payé ma dette; je ne veux plus prendre dans l’avenir des responsabilités qu'on me met systématiquement dans l’impossibilité de porter. » [Il sembla que, de leur tombe héroïque, se levaient, le doigt tendu, tous les morts du Farfadet, de la Vienne, de l’Zéna, toutes les victimes du régime qui, pour satisfaire des haïines religieuses et des passions politiques, désorganisent les forces de la patrie. Ainsi finit la trilogie.

J'étais plein de ces pensées en remontant l’autre soir, après la séance, les Champs-Elysées baignés de lumière. L’Arc de Triomphe ouvrait sur le ciel doré son portique de gloire. Les promeneurs jouissaient du spectacle coutumier, les automobiles filaient, un flot d'élégance s'échappait du concours hippique. Contrastes inévitables sans doute, saisissants cependant dès qu’on y

songe, et tragiques quand, plus, tard, ils reviennent à la mémoire ! ;

C’est le sort de ceux qui vieillissent et qui ont beaucoup vu, de retrouver à chaque pas les images du passé. |

I ya trente-six ans, par un beau soir de mars, tout ensoleillé, pareil à ceux que nous donne ce printemps radieux, je suivais ces Champs-Elysées, comme hier, lumineux ct couverts d’une foule débonnaire. C'était un dimanche. | |

Depuis la veille, Paris était livré à l’insurrection anonyme : les ministres, les chefs de service, étaient, dans là nuit, partis pour Versailles, entraînés, derrière M. Thiers, par le flot lamentable qui roulait, avec les débris d’une armée, l’épave d’un gouvernement.

Le canon lointain de la butte Montmartre annonçait l’étonnante victoire. Les gens l’écoutaient sans effroi : c'élaient de bons et paisibles bourgeois, avec leurs familles. Nul d'entre eux cependant n'ignorait que, la veille, les généraux Lecomte et Clément Thomas avaient été fusillés dans la rue des Rosiers : tous Îles journaux le racontaient. On n’y pensaitguère. La foule montait vers l’avenue de la Grande-Armée pour aller voir, de loin, les barricades que, déjà. les insurgés y bâtissaient, Un cavalier passa, au galop, vêtu d’un uniforme chamarré, avec une ceinture rouge : on le regarda curieusement ; quelques-uns dirent : «C’estun colonel de fédérés : il va aux avant-postes. »

Tel fut le premier jour de la Commune. M. Jaurès, dans l’Humanilé, publiait, il y a deux semaines, un article grandiose pour célébrer cet anniversaire. Un titre et une vignette en mettaient à la portée du vulgaire, les phrases vastes et pompeuses : c’élait une

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femme nue portantune couronne murale, et semblable à une furie, dressant les poings dans un geste de colère,

au milieu d’un tourbillon pareil aux flammes d’un

incendie. Au-dessus, ces mots : hier et demain.

Nous savons ce que fut hier. Que sera demain ? On dit que, ce soir même, le comité de la Confédération générale du travail doit délibérer sur le choix d'une date.

Comment cela se fera-t-il M. Pataud nous l’a appris, l’autre soir, avec la grève des électriciens. « Sur dixhuit cents ouvriers, a-t-il dit, nous n'avons eu que vingt défections ! » Nous sommes avertis.

Quand les temps seront venus, il suffira d’un ineident, d’un bataillon qui mettra la crosse en l'air, pour qu'en une après-midi la Confédération générale du travail soit maîtresse de Paris comme le fut, le 18 mars, le Comité central de la garde nationale.

S'il fait beau ce jour-là, Les bons bourgeois'iront flâner aux or nes pour voir galoper Griffuelhes et son état-major.

Voilà l'espoir patriotique de M. Jaurès et de ses amis : pour l’exprimer en une forme concrète, ils ont ordonné la réintégration de l'officier qui avait fraternisé avec l’émeute.

Les hommes qui nous gouvernent ont obéi, comme ils avaient obéi pour le général Bailloud : et c’est à ces hommes que sont aujourd’hui confiés l’ordre public et l'honneur national.

Ah! mes camarades ! là-bas, à Oudjda, ne lisez pas les journaux de France ! Relisez l’histoire de l’fsiy et celle de Mogador !

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