août
ner'le concours spontané des cœurs et des intelli-
gences.
Agir, c’est avant tout conquérir cette force morale. Les succès électoraux n’en sont que la constatation. Or, de la cruelle expérience du mois de mai, une dure leçon se dégage, que nous n’aurons pas payée trop cher si elle nous ouvre les yeux. | Sauf en de rares contrées privilégiées, le peuple, celui des campagnes comme celui des villes, se détourne
des autorités sociales, autrefois respectées : alors même
qu'il n’est pas devenu tout à fait irréligieux, il sc défie des catholiques et se livre à leurs ennemis.
Pourquei? Il ne suffit pas ici, quelque raison qu’on en puisse avoir, d’accuser l’école athée, la presse impie et la Loge maçonnique. Ces forces ennemies, nous les connaissions, nous les avions vues, d'année en année, croître et s’amonceler : leur puissance n’est pas une révélation.
Mais avons-nous, pour les combattre, fait tout notre devoir ? Avons-nous, depuis un quart de siècle, tout mis en œuvre pour vaincre la défiance populaire excitée contre nous ?
Voilà la question qui presse nos consciences et que, sans doute, la Croix a voulu poser devant elles, en ouvrant l’enquête sociale à laquelle elle convie ses collaborateurs après avoir placé, sous leurs yeux, les
témoignages offerts, de leur propre activité, par des
voisins plus heureux.
J’applaudis au brillant défilé d'œuvres et d’institutions que viennent ainsi de faire passer devant nous
les catholiques de Belgique. Mais, en admirant cette revue d'honneur, si je me sens stimulé, je ne me trouve point, je l’avoue, trop humilié. |
La France catholique a, depuis plus de trente ans, à-travers les vicissitudes des luttes religieuses qu’elle a subies, des événements politiques qui l'ont troublée, des discordes dont elle a souffert, donné l’exemple d’un mouvement social, intense, constant, et dont les difficultés mêmes de sa vie intérieure ont doublé le mérite? na
J'ose dire qu’à l'heure où ce mouvement prit naissance, elle parut presque une initiatrice.
Nous oublions vite et nous sommes prompts à nous discréditer nous-mêmes. Qui, cependant, parmi les survivants de ces jours lointains, a pu perdre la mémoire du grand élan dont tressaillit toute une génération de jeunes hommes, jetant vers la croix de Jésus- Christ, dans le deuil de la patrie et l’effroi de la guerre civile, un grand cri d'espérance et de foi ?
Il y eut alors dans le pays tout entier comme une fièvre de régénération. Nous voulions de toute notre âme, sans aucune arrière-pensée, convertir le peuple en nous donnant à lui. La croix que nous arborions n’était pas pour nous l’expression banale de la philanthropie mondaine, ni le signe imprécis d’un christianisme indéfini : c'était l’affirmation publique de la loi de justice et d'amour, dont l’Église catholique garde le dépôt, Le principe et la doctrine.
Nous paraissions des novateurs, mais nous n’étions que des héritiers. Nul, dans cette Église dont nous sommes les fils, n’a le droit de répudier ses ancêtres ! Tous ceux qui, depuis cent ans, dans le tourbillon de la démocratie naissante, ont voulu tendre les bras
vers le peuple; tous ceux qui, dans le tumulte des passions hostiles, ont déployé, fiers et confiants, l’étendard de la croix ; tous ceux qui, dans la confusion des erreurs modernes, ont retrouvé les titres immuables de la société chrétienne, Lacordaire et Ozanam, Montalembert et Veuillot, Bonald et Joseph
de Maistre, tous avaient marqué, sur la route où nous
entrions, des traces profondes, dont le trompeux éclat du second Empire avait, sans les effacer, détourné les regards aveuglés. ’ Quand elles apparurent dans l’obscurité de l’année terrible, nous les suivimes, pleins d'enthousiasme.
Ainsi naquit l’œuvre des Gercles catholiques dont,
après ces trente années, les idées, les méthodes et les
fondations sont encore vivantes. | Ce n’est pas ici le lieu d’en écrire l’histoire. Mais je voudrais que toutes les œuvres sociales, sorties de ce tronc vieilli, vinssent à la barre de l’opinion catholique apporter le témoignage de leur jeune vitalité : œuvres sans nombre qui, depuis vingt-cinq ans, sous des noms divers, ont couvert notre sol comme une inépuisable floraison : œuvres anciennes. rajeunies au contact des générations nouvelles, œuvres récentes nées des besoins du temps présent, toutes animées par un souffle commun, toutes suscilées par une même ambition,
par l'espoir passionné de conquérir à Dieu, à force
de justice et de charité, les âmes, les intelligences et Les cœurs populaires.
Cercles d'ouvriers et patronages, cercles d’études et conférences, œuvres post-scolaires et cours du soir,