‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 72 sur 94 · LETTRE A M. HENRI LORIN · texte numérisé non relu

LETTRE A M. HENRI LORIN

Roscoff, 12 août 1906.

MoN CHER AM1,

Je vous remercie d’avoir bien voulu me communiquer le texte complet du beau discours que vous avez prononcé à l'ouverture de la «Semaine Sociale » de Dijon, et dont je n'avais lu que des extraits dans les journaux. |

C'est de tout mon cœur:que je m'associe à vos paroles, heureux de pouvoir, en vous offrant ce témoïgnage d’affectueuse solidarité, m’unir en même temps, par un cordial hommage de sympathie, aux prêtres clairvoyants, aux hommes de cœur et d'intelligence, qui, durant cette laborieuse semaine, viennent de donner un si fécond exemple.

Le haut patronage et la magnifique parole de Mgr Dadolle ont été, pour eux, le plus beau des encouragements, vous l’avez admirablement dit. IL a marqué, par sa présidence et par sa sollicitude, tout le prix que l'Église attache à « l’action positive» qu’elle demande à ses fils de poursuivre, sur le terrain social, par l'étude et par les œuvres.

1. Au sujet de son discours à l'ouverture de la « Semaine sociale » de Dijon.

Votre discours est, d’un bout à l’autre, le développement de cette pensée, el il exprime ainsi, en termes d’une précision parfaite, les idées que, depuis tant d'années, nous défendons ensemble. |

Leur affirmation nouvelle est d’une particulière opportunité dans les temps douloureux que traverse l’Église de France.

Quel que soit l'avenir, quelques difficultés qu'il nous réserve, il nous faut, en effet, marcher à sa rencontre, le cœur ferme et plein d’une inébranlable confiance dans l’inépuisable vertu de notre foi : il nous faut, comme vous le dites si bien, « prendre notre élan vers lui, en prenant notre point d'appui dans la tradition catholique », c’est-à-dire dans l’enseignement constant et intégral de l’Église qui en garde le dépôt. |

Une trop longue expérience a confirmé dans nos esprits les convictions que l'étude et la réflexion y avaient formées : l'indifférence de la masse populaire pour la religion, la méfiance qui l’éloigne de ses ministres et de ses fidèles, la haine qui, trop souvent, l’anime contre eux, viennent surtout de ce qu'elle ignore le véritable esprit du catholicisme, et elle l'ignore parce que, pour emprunter encore une de vos paroles, « nous ne lui en avons donné qu'une idée incomplète, insuffisante, quelquefois même inexacte ».

Jamais celle ignorance n’a porté des fruits plus amers qu'à l'heure présente ; jamais le paganisme moderne, la tyrannie révolutionnaire et la passion sectaire n'en ont plus habilement et plus largement profilé. Si nous ne regagnons pas à l'Église l'âme populaire, c’en est fait, dans notre pays, de la civilisation chrétienne et de la paix sociale.

Telle est la vérité que l'éclat des faits manifeste, avec une impérieuse évidence, au clergé et aux catholiques de France. :

Mais comment ferons-nous cette conquête nécessaire, si ce n’est par la pratique sincère de notre religion, non seulement par l'observation de ses règles cultuelles, par le respect des obligations qu’elle dicte à notre vie privée, mais par l'application désintéressée de ses principes sociaux et des lois qu’elle impose à notre vie publique ?

Comment pourrions-nous appliquer ces lois si nous

ne les connaissons pas, si nous n’en étudions pas les

sources et les effets ? Comment pourrions-nous en faire comprendre l’action bienfaisante, si nous ne la faisons sentir autour de nous, par notre initiative et par nos œuvres ?

C'est cette intelligence du catholicisme que sont venus demander à des maîtres éminents les auditeurs des cours et des conférences, dont, pendant la Semaine sociale, Dijon a renvoyé l’écho à la France chrétienne. C’est La résolution de mettre leurs leçons en pratique qu'ils ont affirmée par leur assiduité.

Le spectacle qu'ils ont ainsi offert à leurs coreligionnaires, en même temps qu'à leurs ennemis, à la veille des jours troublés qui seront peut-être pour eux des jours de persécution, est, dans le deuil où nous sommes, un sujet de ferme espérance : et c’est pourquoi je tiens à leur envoyer, comme à vous-même, Je salut fraternel du vétéran qui, en lisant votre discours, s’est senti plus que jamais

- Votre vieil et fidèle ami,

À. DE Mu.

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