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qui est responsable ? Ce n'est pas le peuple, le vrai peuple, celui qui travaille, celui qui souffre ! Les criminels qui ont brülé Paris, massacré les otages, n’en étaient pas ! Mais, ce peuple-là, qui de vous le connaît? » Et son verbe grandissait, toujours plus pressant: (€ Ah ! les responsables, les vrais responsables ! c’est vous, ce sont les heureux de la vie, qui se sont tant amusés entre ces murs effondrés, qui passent à côté du peuple sans le voir, qui ne savent rien de son àame, rien de sa souffrance... Moi, je vis avec lui et je vous le dis de sa part: il ne vous hait pas, mais il vous ignore comme vous l’ignorez : allez à lui, le cœur ouvert, la main tendue, aimez-le et servez-le. » Son front rayonnait, sa voix vibrait, son regard brillait d’un feu surnaturel. Soudain il s’apaisa, ses yeux adoucis se voilèrent, il passa sur sa longue barbe une main frémissante et le sourire reparut sur ses lèvres. Il m'avait pris tout entier. |
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Une génération d'hommes a surgi, de cette parole. Maurice Maignen fut pour nous quelque chose comme cet Adolphe Koelping dont Georges Goyau, poursuivant ses belles études sur « les origines du Kulturkampf allemand », vient de raconter la merveilleuse histoire. Ah ! les Gesellenvereine. les associations de compagnons, sorties de la petite boutique d'Elberfeld, où, l’humble cordonnier de Cologne, devenu vicaire de la paroisse, réunissait le dimanche, quelques jeunes ouvriers « devant un broc de bière pour chanter la Vierge ct saint Laurent, patron de la ville » ! Nous en rêvions dans ce temps-là. Maignen se reconnaissait dans le « Père »
Koelping, passionné comme lui pour le « métier », et pour ses gloires antiques : il nous disait la belle légende de leur ancêtre, à tous deux, Henri Michel Buchs, « le bon Henry », cordonnier à Paris, vers l’an 1650, instituteur des « Frères -cordonniers et tailleurs » : les Gesellenvereine avaient commencé comme cela, par le groupement de quelques jeunes artisans chrétiens, autour d’un petit vicaire qui montrait «cette chose ancienne et belle, les mains de l’ouvrier mêlées à celles du prêtre ». R Nos cercles d'ouvriers feraient, à leur tour, ce miracle. Pourquoi pas ? Les associations de compaonons, en dix ans, avaient couvert les pays rhénans, puis l’Allemagne du Sud ; à côté d'elles, le baron de Schorlemer-Alst, un ancien officier, avait fondé, en Westphalie, les associations de paysans, ces Bauervereine, qui, bientôt, avaient envahi la Bavière, quelque chose comme les syndicats auxquels songe Michel de Meximieu, le héros de Bezin. Nous savions ces choses. Quelques-uns de nous en rapportaient, de la dure captivité, les récits humiliants pour notre patriotisme. Là, nous avions appris les noms, ignorés en France, de Mallinckrodt, le grand orateur catholique de Berlin, de Lieber, le futur chef du centre allemand, et surtout de Guillaume-Emmanuel de Ketteler, l’ancien fonctionnaire prussien devenu le grand évêque de Mayence, l’initiateur immortel du catholicisme social. Là, nous avions entendu l'écho de ce congrès d’Essen, tenu trois semaines avant la grande guerre, et des paroles que Goyau rappelle aujourd’hui : « 15.000 paysans chrétiens sont en Bavière, fédérés en une ligue, il y en aura bientôt autant sur le Rhin et en Westphalie; 100.000 artisans sont venus à nos côtés,
80.000 gais compagnons de l'association du Père Koelping nous tendent la main. C’est une armée respectable. »
Pourquoi ne l’aurions-nous pas en France ? Pourquoi ne l’avons-nous pas? Nous le voulions, en 1871, quand le « Père » Maignen nous ouvrit la voie. Nous l'avons tenté, nous avons donné à notre rêve, j'ose le dire. notre cœur, nos forces, notre vie,
Là-bas, outre Rhin, l’année même où nous commencions à former nos cadres, le prince de Bismarck, victorieux de l'Europe et maître de l'Empire, déclarait la guerre aux catholiques allemands. |
Le Rulturkampf s'engageait : l'armée des associations ouvrières el paysannes était prête pour ce combat imprévu : ce fut l’armée du « Centre ». Sans elle rien n’eût été possible, le génie de Windthorst était frappé d'impuisssance ; avec elle et par elle, les catholiques ont vaincu.
À notre tour, nous avons eu notre Kulturkampf, et notre armée n'était pas prête. F dure depuis un quart de siècle, notre armée n’est pas prête encore, et mous sommes les éternels vaincus. Pourquoi ?..,
Voilà ce que le livre de Bazin est allé remuer tout au fond de moi-même, non pour y réveiller des regrets stériles, mais pour y ranimer d'impérissables espoirs.
Car il y a partout des Gilbert Clocquet, des ouvriers, des paysans, dont la rude enveloppe cache des cœurs insoupçonnés, en qui vil, malgré tout, une sève religieuse inépuisée. [ls se découvrent à qui les aime.
En même temps que paraissait la dernière livraison du roman de Bazin, Maurice Talmeyr commençait dans
le Correspondant la « Nouvelle légende dorée ». C’est, sous un titre qui est une trouvaille, l’histoire admirable des miracles de la foi cachée, accomplis au milieu de notre société décomposée. Le premier que l’auteur offre à nos méditations est celui de la paroisse des chiffonniers, que deux prêtres, l’abbé Fontaine et l'abbé Thorel, ont fondée en plein Clichy, sous le vocable de Notre-Dame Auxiliatrice.
De ces prêtres-là, il y en a par milliers dans les villes et dans les campagnes de France. La Séparation va les jeter sur les chemins et dans les rues. Ils y rencontreront l’âme populaire, comme le curé de Fonteneilles, courant les hameaux de. sa paroisse.
Alors, de la semence depuis si longtemps jetée dans la terre, enfin le blé lèvera.
ALLOCUTION PRONONCÉE AU BANQUET DE LA FÊTE CORPORATIVE DU SYNDICAT CENTRAL DES UNIONS FÉDÉRALES