ACTOR
de respects extérieurs, était soigneusement confiné
dans la sacristie.
Comment, en de telles conditons, l'effort social des catholiques eût-il pénétré la masse populaire ? Et pourtant, malgré tous ces obstacles, je crois fermement qu'à cetle époque, mieux soutenu, mieux compris, peut-être mieux dirigé, il aurait pu, sinon la conquérir pleinement, au moins lui inspirer confiance : car elle n’était pas encore embrigadée par la tyrannie socialiste, ni surexcitée, comme aujourd’hui, par ses constantes prédications.
Le nombre des Cercles catholiques, toujours croissant jusqu'en 1890, s'élevait à 418, lorsqu’à l’occasion de l'Exposition de 1900 fut dressée la statistique, qui leur valut un grand prix dont je possède le diplôme, signé de M. Millerand.
Le mouvement déterminé par leur initiative prenait, en même temps, les formes les plus diverses, cherchait par les syndicats mixtes, par les groupements d'ouvriers chrétiens, par les Bourses du travail indépendantes, par les cercles et les bibliothèques d'étude sociale, par les jardins ouvriers, à pénétrer les milieux industriels, se répandait dans les campagnes par les syndicats agri-
coles, par les caisses de crédit rurales, et donnait enfin
l'impulsion à toutes ces œuvres post-scolaires, que si longtemps nos adversaires nous ont enviées, qu'ils
imitent aujourd'hui avec l'appui, écrasant pour nous,
des subventions et des faveurs officielles.
Si nous n'avons pas, autant que nous l’espérions, entraîné la confiance du peuple, à certaines heures, cependant, nous avons senti que nous touchions son cœur. |
Que de fois, dans des salles où se pressaient des
milliers d'ouvriers, à Lille et à Armentières, à Dijon et à Besançon, à Lyon et à Saint-Étienne, à Marseille, à Toulouse et à Bordeaux, à Limoges, à Nantes, à Paris même, pour ne citer que les villes où le souvenir de ces réunions m'a laissé le plus vivant souvenir, j'ai, en exposant nos idées, en expliquant nos œuvres et en affirmant nos croyances, fait l'épreuve d’une sympathie, d'abord hésilante, bientôt chaleureuse ! Combien d'autres, avec moi, ont connu cette fortifiante expérience ! |
Mais le temps, les concours nécessaires, les facilités offertes par l’état des mœurs et l’ardeur de la foi, tout nous avait manqué, lorsque la guerre religieuse, déclarée par Gambetta, ouverte par Jules Ferry, vint couper en deux la nation française ; c’est l’écrasante responsabilité qui, dans l’avenir, pèsera sur leur mémoire.
Il fallait courir au feu ; le premier devoir des catholiques était là. Leur action sociale s’en trouva ralentie.
Malgré tout, elle fut d’une belle fécondité. Les jeunes générations, promptes à méconnaître les exemples du passé, se hâtent quelquefois un peu trop d’en dénoncer la stérilité. C’est une injustice. Depuis trente ans, malgré les obstacles accumulés par les discordes politiques et les luttes religieuses, on a vu dans notre pays une magnifique floraison d'œuvres populaires créées par les catholiques. Nul, ce me semble, n’a le droit d’oublier ce long travail. a |
Environnés de difficultés, combattant d’une main pendant que nous bätissions de l’autre, nous avons fait
dite b ait
un grand effort, dont nos successeurs, je l'espère,
recueilleront les fruits.
Cet effort, cependant, nul ne le sait mieux que moi,
fut insuffisant, elil Le fut surtout parce qu'au milieu de
la masse catholique, dans les classes élevées et dans le
clergé même, ceux qui lui donnèrent leur vie furent
presque des isolés. Il faut sortir à tout prix de cette situation.
Sans doute l’école chrétienne est la première de
toutes les œuvres sociales : disputer l’enfance au détestable enseignement de l’école officielle, d’où Dieu est banni, c'est le premier devoir : les catholiques l'ont
partout généreusement rempli. Malheureusement, il
devient de plus en plus difficile : la dissolution des
congrégalions, la pénurie des maitres, les exigences administratives, l'insuffisance des ressources, encore accrue par la nécessité de pourvoir à l'entretien du culte et de ses ministres, tout apporte à la création des écoles libres des obstacles, souvent presque. insurmontables.
. Mais, dans toutes les paroisses, qu'il y ait ou non une école chrétienne, on peut, sans qu'il en coûte beaucoup, sans avoir rien à démêler avec l'inspection universitaire, sans même qu'il soit besoin d’un directeur autre que le curé ou le vicaire lui-même, on peut établir un patronage de garçons et un patronage de filles,
plus efficaces souvent que l’école elle-même ; on peut
former un cercle d'hommes, une association de mères
. de familles ; on peut monter une bibliothèque populaire, organiser une réunion d’études où les travailleurs
intelligents viendront cultiver leurs esprits, élever
leurs âmes, s’apprêter aux luttes, aux contradictions de l'atelier, du cabaret el du syndicat, où des confé-
renciers familiers, des causeurs amicaux s’entretiendront avec eux de leurs intérêts et de leurs besoins : dans beaucoup de paroisses on pourrait créer une de ces sociétés de gymnastique ou de tir, déjà si nombreuses et si florissantes ; dans tous les centres un peu importants, il faudrait établir la distribution des journaux et des publications chrétiennement rédigés.
Tout cela peut être immédiatement entrepris presque partout ; et dans combien de régions industrielles ou agricoles pourrait-on fonder aussi, avec l'appui moral et, s’il se peut, le concours actif des patrons et des propriétaires, des syndicats chrétiens ou au moins indépendants de cultivateurs et d'ouvriers, créer des caisses de retraite, d'assurance contre les accidents, des mutualités familiales, des caisses rurales, des jardins ouvriers, des secrélariats du peuple !
Et alors quels services rendus, quel bien accompli, quel mal conjuré, quelle action exercée, quelle influence acquise ! |
Examinons maintenant, avec une loyale sincérité, où nous en sommes, dans combien de paroisses existe un réseau d'œuvres sociales vraiment florissantes. En regard, faisons le bilan des forces ennemies, non pas seulement des syndicats révolutionnaires, mais des œuvres laïques, copiées sur les nôtres, et déjà plus nombreuses, grâce aux subventions et aux faveurs officielles, où l’instituteur façonne les jeunes générations à l'ignorance, sinon à la haine de Dieu; des cafés, des estaminets, centres perpétuels de propagande antichrétienne, des réunions du dimanche où un ora-
teur socialiste vient répandre ses blasphèmes et ses excitations, des sociétés de libre pensée qui prennent toutes les formes, tantôt celle du patriolisme et tantôt celle de la bienfaisance ; des journaux, enfin, dont le flot, chaque matin, déferlant sur le village, sur le quartier, inonde les environs, avec toute son écume de mensonges, d’outrages et de calomnies contre les prêtres et la religion. x
Établissons ces comparaisons, et nous serons saisis d’épouvante et de remords.
Dans toutes les paroisses, cependant, il y a un curé, très souvent des vicaires ; dans beaucoup il y à un chàtelain riche, libre de son temps, tout au moins des hommes indépendants, aisés, qui ont gardé des sentiments chrétiens et comptent parmi les catholiques. Presque toujours ils réussiraient, s'ils l’essayaient, à grouper quelques adhérents, noyau d’une association, point d'appui d’une action chrétienne. On cite, il est vrai, des pays ingrats, où, dit-on, «il n’y à rien à faire » ; mot terrible, indigne d’un cœur chrétien, mot accusateur, bien plus de ceux dont il avoue les défaillances, que de ceux dont il flétrit les résistances! En combien de ces terres ingrates, avant de dénoncer leur stérilité, a-t-on sérieusement tenté de jeter la semence ? J’ose affirmer que, sauf en de bien rares exceptions, partout, au contraire, il Y a « quelque chose à faire ». C’est l'expérience de tous ceux qui se sont occupés des œuvres sociales, que jamais les concours populaires ne leur ont fait défaut.
Pourquoi le clergé, pourquoi les classes élevées se dérobent-ils trop souvent à la tâche? La question est délicate ; il faut cependant l’aborder.
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