‹ Combinaisons des acides aminobenzoïques avec l'antipyrineChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des diverses combinaisons de l’antipyrine.

L'anlipyrine se combine avec un certain nombre de composés organiques à fonctions plus ou moins complexes. Nous signalerons simplement les combinaisons dont l’étude n’a pas été rigoureusement faite, et nous nous étendrons sur celles qu’on a mieux approfondies où qui ont un intérêt médical,

a) COMBINAISONS DE L'ANTIPYRINE AVEC LES PHÉNOLS.

Un grand nombre de phénols se combinent avec l’antipyrine. M. Barbey ! décrit, en effet, des corps résultant de l’union de l’antipyrine avec le phénol ordinaire, le naphtol, le thymol, la pyrocatéchine, la résorcine ?, l’hydroquinone, l’orcine, le pyrogallol, la phloroglucine.

Cet auteur signale simplement ces combinaisons sans en donner la composition moléculaire, aussi l'étude de certains de ces corps a-t-elle été reprise avec plus de soin par d’autres chimistes, qui nous en ont donné la constitution.

1 Journal de Pharmacie et de Chimie, tom. XXIII, pag. 450 (5e série). 2 M. Roux décrit aussi une combinaison avec la résorcine sous le nom de Résopyrine. Journal de Pharmacie et de Chimie, tom. XXIII, pag. 282 (5e série).

SE

Pyrocatéchine diantipyrine ‘

Cette combinaison, qui s’obtient en mélangeant deux solutions aqueuses d’antipyrine et de pyrocatéchine, renferme une molécule de diphénol et deux molécules d’antipyrine.

Ce composé se présente sous forme de cristaux incolores peu solubles dans l’eau froide, très solubles dans l'alcool et le chloroforme, un peu solubles dans l’éther. Ils fondent à 78°-79°.

Le perchlorure de fer donne avec ce corps une coloration noir verdâtre ; en solution très étendue, la couleur est vert émeraude.

Résorcine-monoantipyrine*.

La résorcine se combine à une molécule d’antipyrine pour donner un corps cristallisé en aiguilles incolores, solubles dans 50 parties d’eau froide, très solubles dans l’eau bouillante, l’alcool, le chloroforme, très peu solubles dans l’éther.

Ce composé fond à 103°-104° et donne avec le perchlorure de fer une coloration rouge sang.

La combinaison de la résorcine avec deux molécules d’antipyrine n'a pu être obtenue.

Hydroquinone diantipyrine

L'hydroquinone diantipyrine est formée d’aiguilles cristallines incolores, fondant à 127°-128°, solubles dans 50 parties d’eau froide, très solubles dans l’eau bouillante et dans l'alcool, très

peu solubles dans l’éther, solubles dans le chloroforme, mais en se décomposant.

1 CG. R., tom. OXXI, pag. 532, et Bull. Coc. Chim., 3e série, tom. XV, pag. 172. 2 Ibid.

3 Jbid. ;

ROSE De seu; LACS

noue

L'hydroquinone diantypyrine donne, avec le perchlorure de fer, une coloration rouge foncé qui s’affaiblit rapidement pour devenir rouge clair ; pour peu qu’il y ait un léger excès d'hydroquinone, la décoloration est instantanée, et il se précipite des aiguilles de quinhydrone.

B naphtol antipyrine*.

C'est une combinaison molécule à molécule qui se prépare comme il suit : On met dans une capsule en porcelaine 150 gram. de naphtol que l’on fait dissoudre dans de l'alcool à 90°;£d'autre part, où fait dissoudre 190 gram. d’antipyrine dans le moins d'eau possible et on verse peu à peu cette solution dans la première en agitant continuellement et vivement ; il se forme bientôt une masse visqueuse ; une agitation plus énergique divisant la masse détermine, au bout de 5 à 10 minutes, la précipitation du 8 naphtol antipyrine en cristaux très petits et très purs qu’on recueille sur un filtre.

Pour avoir de plus gros cristaux, on fait une dissolution du produit dans l'alcool à 600 chaud, et on laisse refroidir lentemer t.

On obtient ainsi de superbes cristaux incolores fondant à 8?°- 83°, solubles dans l'alcool et l’éther, qui se décomposent par l’eau froide en naphtol, qui se sépare, et antipyrine, qui se dissout.

Pour que la décomposition ne se produise pas, on dissout 1 gram. de B naphtol antipyrine dans un mélange hydro-alcoolique fait dans les proportions suivantes : alcool à 900, 25 gram.; eau distillée, 40 gram.

Le naphtol « ne donne qu’une combinaison liquide.

1 Journal de Pharmacie et de Chimie, tom. XXIIT, pag. 585 (5e série).

JE

Ce RO

b) COMBINAISONS DE L’ANTIPYRINE AVEC LES ALDÉHYDES ET SES DÉRIVÉS.

Certaines aldéhydes s'unissent à l’antipyrine; on a signalé l'existence de composés résultant de l'union de ce corps avec la paraldéhyde ‘, la benzaldéhyde*?; nous les passerons sous silence pour nous occuper de ceux qu'on a obtenus avec l’hydrate de chloral et le butylchloral.

Deux combinaisons prennent naissance avec l’hydrate de chloral. |

1° Monochloralantipyrine (Hypnal) * (OEIL CAS)

On prépare ce corps en dissolvant 4%°,70 de chloral dans 5 gram. d'eau et 5#",30 d’antipyrine. Dans la même quantité de ce dissolvant, en s’aidant au besoin d’une douce chaleur, on mélange les deux liquides, et on laisse en repos le produit huileux, qui se précipite et cristallise du jour au lendemain.

Ces cristaux répondent à la formule d’une combinaison d’une molécule d'hydrate de chloral et d’une molécule d'antipyrine.

Ce composé fond à 670-68°. Il est soluble dans 15 parties d’eau environ et plus soluble dans l'alcool.

Le monochloralantipyrine donne directement, avec le perchlorure de fer, une coloration rouge sang. La potasse à chaud donne, en solution aqueuse, naissance à du chloroforme.

Ge corps réduit à chaud la liqueur de Fehling. Si on le

t Bulletin, Soc, chim., 1888, tom. IT, pag. 660. 2? Bulletin Soc. chim., 1885, tom. XLIV, pag. 238 # Behal et Choay ; Journ. de Pharm, et de Chim., tom. XXI, pag. 539 (5e série).

ne TA

maintient au voisinage de son point de fusion pendant quelques temps, on voit se déposer peu à peu dans le composé fondu des cristaux d'un corps répondant à un produit de déshydratation. \

Ce composé, cristallisé dans lalcool, fond à 186-187. Il est insoluble dans l’eau etne donne pas la réaction de l'antipyrine avec Fe?Cl°. Il a été décrit par M. Reuter!

Le monochloralantipyrine, que l'on désigne encore sous le nom d'Aypnal, est employé comme hypnotique à la dose de 1 à 2 gram. par jour. 4

Le produit obtenu par M. Reuter ne paraît pas avoir d'action thérapeutique et n’est donc pas utilisé en médecine.

Bichloralantipyrine.

On opère comme pour le monochloralantipyrine, mais en employant un excès d'hydrate de chloral en solution concentrée. On observe la formation du même liquide huileux.CGe composé, qui ne tarde pas à cristalliser, provient de la combinaison de deux molécules d’hydrate de chloral pour une molécule d’antipyrine.

Il fond à 67-68°. Il est un peu plus soluble dans l’eau que le monochloral antipyrine. :

: Il éprouve de la part de ce véhicule une dissociation qui croît avec la quantité de liquide. Si l’on emploie une solution aqueuse saturée de ce corps, les premiers cristaux qui se déposent sont du monochloralantipyrine. Les cristaux qui se déposent ensuite sont du bichloralantipyrine.

Le bichloral antipyrine se présente sous forme d’aiguilles prismatiques, qui donnent avec le perchlorure de fer la coloration rouge sang caractéristique de l’antipyrine et qui réduisent à chaud la liqueur de Fehling.

1 Apoth. Zeit., janvier 1890.

Sr

Butylhypnal".

Le butylhypnal est une combinaison de l'antipyrine avec le butylchloral.

Il se présente sous forme de cristaux incolores légers, dont l'odeur rappelle celle du butylchloral. Il fond à 70°. Peu soluble dans l'eau froide, il l’est beaucoup plus dans l’eau chaude, l'alcool, l'éther, la benzine, le chloroforme.

Ce corps donne avec le perchlorure de fer une coloration rouge. Il précipite par l’acide picrique et donne, sous l'influence des alcalis, de l’antipyrine, du propylchloroforme et un formiate alcalin.

c).— COMBINAISON DÉ L’ANTIPYRINE AVEC LES ACIDES ORGANIQUES A FONCTION SIMPLE.

Valérianate d'antipyrine.

Le valérianate d’antipyrine s’obtient en ajoutant de l'acide valérianique à une solution très concentrée d’antipyrine. On agite vivement et on abandonne à cristallisation.

Benzoate d'antipyrine*.

Le benzoate d’antipyrine se prépare en ajoutant de l’antipyrine à une solution aqueuse bouillante d'acide benzoïque. La combinaison se fait immédiatement et le produit se rassemble au fond du vase sous la forme d’un liquide jaunâtre qui, par refroidissement, se prend en une masse à cassure cristalline.

On purifie par cristallisation dans l'alcool. Ce corps est très fusible. Il est peu soluble dans l’eau froide ou chaude, soluble dans l'alcool et l’éther. Sa réaction est acide. Il donne avec Fe?Cl° une coloration rouge.

1 Nouveaux remèdes, 1892, pag. 501.

? Journal de Pharm. et de Chimie, tom. XXV, pag. 252 (5° série).

Meyer

d). — COMBINAISONS DE L'ANTIPYRINE AVEC LES ACIDES PIÉNOLS.

Salicylate d'antipyrine (Salipyrine).

C°H'OHCOOH, C''H!?Az20

On l'obtient en chauffant au bain-marie poids moléculaires égaux d'acide salicylique et d’antipyrine. Les deux composants fondent et donnent naissance à une huile qui cristallise par refroidissement. On purifie par cristallisation dans l'alcool.

Ce composé peut encore être préparé en agitant une solution aqueuse d’antipyrine avec une solution éthérée d’acide saltcylique ; la salipyrine se sépare lentement en beaux cristaux.

On l’obtient encore en mélangeant une solution légèrement étendue G’antipyrine dans le chloroforme avec une solution éthérée d'acide salicylique.

La salipyrine cristallise de ses solutions alcooliques en lames hexagonales qui fondent à 91{°,5.

Elle est soluble dans l'alcool, le benzol, peu soluble dans l'éther et à peine soluble dans l’eau.

En médecine, elle est employée comme antipyrétique et agit avec succes contre le rhumatisme articulaire aigu.

Doses : 04,50 à 2? gram. par jour.

Résalgine ‘.

La résalgine est une combinaison d’antipyrine et d'acide B résorcylique. On la prépare en versant une solution concentrée d'acide B résorcylique (une molécule) dans une solution aqueuse également concentrée d’analgésine (deux molécules). On observe

1 Journal de Pharmacie et de Chimie, tom. XXX, pag. 106.

la formation immédiate d’une huile qui se solidifie lentement ; ja cristallisation a lieu instantanément si l’on ajoute à l'huile une parcelle du corps solide. On pulvérise la masse et on la lave à l’eau froide, puis on la fait cristalliser dans l'alcool où dans l’éther acétique.

On obtient ainsi des cristaux brillants, volumineux, incolores, inodores, de saveur acidulée et sucrée.

Ces cristaux fondent à 110°,5, se dissolvent dans 150 parties d’eau froide à 15° et dans 20 parties d’eau bouillante. La solution aqueuse rougit le papier de tournesol. Ils sont très solubles dans l'alcool et l’éther acétique, solubles dans ie chloroforme, l'acétone, l'alcool amylique.

La soude en excès dissout ce corps et le décompose en analgésine et résorcylate de soude.

Les acides précipitent l'acide f résorcylique de la solution alcaline. Chauffée vers 200-220° avec de l'acide phtalique anhydre (dans les proportions de 1 à ? gram. d'acide pour 5 gram. de résalgine, il y a dégagement d'acide carbonique et d'eau, et le produit de la réaction se dissout dans l’ammoniaque avec une fluorescence verte intense (fluorescéine).

Cette réaction sert à différencier la résalgine de la salipyrine, qui dans les mêmes conditions donne un colorant jaune rou-= geâtre non fluorescent.

La résopyrine (combinaison d’antipyrine et de résorcine) traitée par l'acide phtalique anhydre donne également un produit fluorescent, mais on peut la distinguer de la résalgine par la différence des points de fusion et par l’action des acides sur une solution alcaline de ces corps.

Une solution alcaline concentrée de résaigine précipite en effet par les acides, Landis que la solution alcaline de résopyrine traitée par les acides reste limpide.

Page 1