EN POIDS
On ne démolit les meules qu'après refroidissement complet, parce que le charbon de tourbe est difficile à retirer et à éteindre sans qu'il s'émiette et perde toute sa valeur.
Four d'Oberndorf. ^— A Oberndorf (Wurtemberg), les fours ont la forme d'un cylindre vertical de 3 mètres de hauteur et de i",80de diamètre intérieur fermé à la partie supérieure par une voûte hémisphérique [fig, 123). Le four est entouré d'un revêtement dont il est séparé par une couche isolante de sable qui règne jusqu'à la clef de
Fio. 123. — Four d'Oberndorf.
voûte. Les deux murailles en pierres réfractaires ont une épaisseur de 0-,40, et le vide qui les sépare, est également de 0°»,40. De mètre en mètre, des pierres relient les deux murs. Au-dessus de la sole sont ménagées trois séries d'évents. On ferme la porte d'extraction par une porte formée de deux plaques de fonte séparées par une couche de sable. On ménage un canal d'allumage en chargeant le four au début de l'opération. On maintient ouvert l'orifice supérieur et les évents inférieurs, puis on ferme ceux-ci, dès que la tourbe est suffisamment chauffée, et on laisse ouverts les évenU supérieurs. Quand la fumée a disparu, on bouche toutes les ouvertures. On supprime l'accès d'air au bout de quarante à quarante-huit heures, et le refroidissement dure six à sept jours. En juxtaposant plusieurs fours analogues, on évite les renversements et on rend le travail continu.
Carbonisation en Angleterre. — Dans les tourbières d'Angleterre (Chatmoss, Bartonmoss), on se sert de fosses maçonnées, de 3 mètres de profondeur et 4 mètres de diamètre. Quand on
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charge la fosse, on ménage, an moyen de morceaux de bois qu'on retire ensuite, des canaux de circulation pour la flamme ; on opère sur trois ou quatre charretées de tourbe à là fois, et la carbonisation dure de vingt-quatre à trente-six heures. La tourbe de première qualité rend 50 0/0 de son poids en charbon, la tourbe moyenne 33 0/0 et la tourbe légère 25 0/0.
Dans la grande tourbière de Bog d'Allen (Irlande), on emploie des fours en tôle ayant la forme d'un tronc de pyramide et mobiles sur un système de rails que l'on amène, pendant la carbonisation, dans la salle de dessiccation de la tourbe, de manière à utiliser pour cette dessiccation la chaleur perdue. Le fond est fermé par une plaque en tôle, mobile, percée de trous et qui remplit l'office de grille. Les rails laissent entre eux une fosse en maçonnerie, revêtue de plaques de tôle, et que l'on peut emplir d'eau à un moment donné. Chaque salle de dessiccation contient quatre fosses, sur chacune d'elles on peut placer cinq fours, correspondant à autant de cheminées d'appel, ménagées dans la toiture de la salle.
On allume les fours par le bas et, grâce au tirage des cheminées, la combustion se propage rapidement dans la masse. Quand la carbonisation est achevée, dès que la fumée est claire et transparente, le charbon de tourbe étant solide et résistant au ringard, on emplit rapidement la fosse avec de l'eàu, dont le niveau dépasse un peu la partie inférieure des fours et forme ainsi joint hydraulique, en empêchant l'accès de l'air. Le feu s'éteint progressivement et la masse se refroidit lentement; on sort alors les fours de la salle pour les charger à nouveau.
Chaque batterie de fours, ainsi que ses cheminées, est isolée par un mantean en tôle, qui empêcha la flamme de se communiquer a la tourbe déposée dans le reste du séchoir. Les murs du séchoir sont à claire-voie, en forme de jalousies, pour activer la dessiccation par le tirage naturel, quand le temps est favorable.
Les fours contiennent chacun environ 300 kilogrammes de tourbe, et leur rendement, qui est de 23 à 24 0/0, serait certainement plus élevé, si l'appel, se faisait dans la tourbe de haut en bas. Avec le tirage de bas en haut, on perd une partie de la tourbe qui brûle, et on produit une forte proportion de charbon de tourbe creux et mauvais, parce que l'air pénètre dans tous les pores et les agrandit.
Installation de Staltaoh. — A Staltach, près de Munich, on carbo Dise la tourbe dans des fours du système Schwartz analogues à ceux
employés pour le charbon de bois (Voir page 357), et Ton dirige immédiatement, à travers la tourbe, les gaz de la combustion produits par un foyer voisin. Les fours cylindriques en tôle, enveloppés d'un revêtement de maçonnerie, ont 4",75 environ de diamètre et i°,10 de haut. A la partie inférieure, la tourbe repose sur un plancher métallique à grillage. En haut, le cylindre est muni d'un couvercle servant à l'extraction, auquel aboutit un large tuyau communiquant avec un foyer analogue à ceux des fours à porcelaine. Le tirage est obtenu par aspiration, et l'on règle le feu de manière que la flamme ^e contienne pas un excès d'oxygène. Les gaz chauds du foyer, en traversant la masse de tourbe, la djâcomposent et entraînent les matières volatiles, que l'on fait passer dans un condenseur pour recueillir le goudron.
Le four contient 14 mètres cubes de tourbe, et la carbonisation dure quinze heures avec une dépense de 175 kilogrammes de bois de chauffage. Le refroidissement dure douze heures. Le rendement est de 500/0 en poids et de 75 0/0 en volume. Le charbon, sonore, dur et résistant, a l'aspect brillant du coke; sa densité est supérieure à celle du charbon de bois.
Une compagnie exploite en Irlande, à Glemmore, les procédés Blunden et Bell. Le produit obtenu pèse un tiers de son volume de houille et donne un feu clair satisfaisant.
Le procédé Vilen, de Goteborg, consiste à chauffer la tourbe entre 200 et 300* C, puis à abaisser la température entre 60 et 70» dans des cylindres de tôle de dimensions restreintes encastrés dans un carnau. La valeur calorifiqnr du coke obtenu serait de 6.000 calories, alors que celle de la tourbe est de 2.500 calories.
Essais divers de carbonisation. — En 1849, Vignoles prit un brevet pour carboniser la tourbe, à l'aide de vapeur surchauffée à la température de fusion de l'étain ou du plomb.
La tourbe est divisée sous des meules ou dans un broyeur à argile, desséchée dans une turbine et mise ensuite en blocs compacts. On remplit de ces blocs un grand cylindre en tôle, dans lequel on fait arriver de la vapeur à une pression de 3 1/2 à 4 atmosphères, vapeur surchauffée dans des tuyaux portés au rouge.
D'après les expériences exécutées en grand par Vignoles, le prix de revient serait de 10 fr. 40 par tonne de coke, en dehors des droits de brevet. D'après d'autres renseignements, on dépense, avec ce procédé, 3 tonnes de tourbe pour obtenir une tonne de coke ; le prix
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de retient serait, par suite, supérieur au prix indiqué par Vignoles. L'essai méritait seulement d'être signalé.
Divers essais ont été faits également pour produire le charbon de tourbe au moyen de Télectricité. Nous citerons notamment le procédé du Suédois Jebsen, modifié par un chimiste français, M. Roux. Le charbon obtenu au four électrique est beau d'aspect, supérieur au charbon de bois, et aurait comme pouvoir calorifique 5 à 6.000 calories.
B.- H. Thwaite a fait de nombreux essais sur la production du gaz pauvre au moyen de la tourbe d'Irlande et sur son utilisation dans les moteurs ; il a obtenu de très bons résultats et des diagrammes différant très peu de ceux que donne le gaz pauvre provenant de la houille. En distillant 100 kilogrammes de tourbe, on obtient 250 mètres cubes de gaz sec à 0^ et sous une pression de 760 millimètres qui dégagent de i.200 à 1.400 calories. En supposant une consommation de A mètres cubes de gaz par cheval-heure, 100 kilogrammes de tourbe fournissent un minimum de 60 chevaux. On peut exploiter économiquement des tourbières, en installant sur place des stations centrales électriques avec moteurs à gaz puissants consommant 80 tonnes de tourbe par journée de vingt heures, soit 24.000 tonnes par année de 300 jours utiles ; on peut utiliser ainsi des tourbes contenant jusqu'à 40 0/0 d'eau.
On a également songé à utiliser les sous-produits provenant de la carbonisation delà tourbe. Ces produits, s'ils sont gazeux, pourront donner de l'énergie électrique, après avoir été utilisés sous des chaudières. S'ils sont liquides, ils ont la composition que nous avons indiquée et contiennent surtout de l'acide pyroligneux ou des substances analogues à celles que nous définirons pour la carbonisation du bois.
Dopplérite. — Parmi les substances qui se rattachent à la tourbe, Tune des plus intéressantes est le dopplérite, observé dans quelques tourbes, notamment aux environs de Berchtesgaden. C'est une substance brune, élastique quand elle est humide, qui, desséchée lentement, se transforme en une masse compacte noire, à cassure brillante, qui ne réabsorbe plus l'eau et ne se dissout ni dans l'alcool ni dans l'éther. Traitée par la potasse, elle se fond en une liqueur d'un brun foncé, au milieu de laquelle on découvre quelques débris de plantes et de petits grains de couleur jaune faiblement réfringents, montrant la croix noire à la lumière polarisée, et présentant, en somme, la plus parfaite ressemblance avec ce qu'on observe
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dans les houilles après traitement par les réactifs oxydants. Même après Tattaque par l'acide nitrique et le chlorate de potasse, il est impossible d'y découvrir la moindre trace d'organisation. Le dopplérite brûle avec une flamme fumeuse et laisse 8,25 0/0 de cendres blanches qui se dissolvent dans les acides avec un brunissement prononcé. Il semble que la chaux soit, dans le dopplérite, à Tétat de combinaison chimique avec Tacide ulmique.
Cette matière oiTre la plus grande ressemblance, à tous les points de vue, avec celle qui constitue le ciment de la plupart des tourbes, ciment dont on retrouve l'analogue dans presque tous les combustibles minéraux.
11 convient de rapprocher du dopplérite la matière charbonneuse qui constitue les couches de Papïerkohle du carbonifère du gouvernement de Toula, dans la Russie centrale. Cette matière, interposée entre les innombrables fragments de cuticules qui donnent à la masse sa structure feuilletée, est, en effet, comme le dopplérite, complètement soluble dans la potasse et dans l'ammoniaque ; elle présente tous les caractères de l'acide ulmique, ainsi que M. Zeiller l'a montré*.
1. Bulletin de la Société botanique de France, t. XXVII, p. 349; et Annales des sciences naturelles, 6' série, Botanique, t. Xill, p. 219.