LES AMATEURS I
pour éviter d'être pris, ne s'est-il pas écrié au moment de périr : « Quel artiste le monde va perdre ! »
François 1er, Louis XIV et Louis XV eurent leurs amateurs. J'ai lu quelque part que vers 1680 des officiers des armées du roi représentaient dans la Nouvelle-France, des œuvres de Molière. Sous Napoléon 1er on jouait la comédie à La Malmaison et pendant le règne de Napoléon III ce divertissement était en très grand honneur au Palais des Tuileries. Le duc de Morny, Président du Corps Législatif, sous le pseudonyme de Saint- Rémi écrivit une opérette « Monsieur Choufleuri restera chez lui » qui fut interprétée en 1861 par les plus grands personnages de la cour impériale.
On a pu voir dans le palais de Potsdam, sanglé dans le pourpoint de Macbeth, sous le règne trop court de Frédéric III, ce fils ambitieux qui attendait impatiemment la mort de son père; je parle de Guillaume Hohenzollern, le kronprinz d'alors, aujourd'hui l'ex-empereur d'Allemagne vaincu, déchu, exilé et demain ... on ne sait quoi ? ?
U éprouvait, lui aussi, le désir de s'essayer sur les tréteaux, voulant, sans doute, se préparer au
cabotinage, dont il se servirait quand il tiendrait les rênes de l'empire.
Oui, ce sinistre et audacieux histrion qui a touché à tous les arts et revêtu tous les costumes — même celui des mahométans lorsqu'il est allé faire ses simagrées dans la mosquée de Sainte-Sophie à Constantinople — a voulu impudemment se compter parmi les amateurs.
Il a joué Macbeth. Ironie du sort ! il ne prévoyait pas, en ce temps-là, que trente-cinq ans plus tard, bien d'autres fantômes que celui.de Banquo se dresseraient devant lui, et que sur ses mains qui ont tenu, avec un incommensurable orgueil, le sceptre d'un empereur et qui scient maintenant, dit-on, du bois de Hollande, il y verrait les mêmes taches de sang que dans l'œuvre de Shakespeare; et le (( vieux dieu germain » dont il se croyait l'élu, n'a pas voulu qu'il ait le courage de mourir, comme Macbeth, sur un champ de bataille.
Je dois m'excuser de m'être, pour un instant, écarté de mon sujet; les lecteurs voudront bien n'y voir qu'un contraste tout à l'avantage d'amateurs plus intéressants que ce « pauvre sire ».
Pour parler du Canada et surtout de Montréal, je n'étonnerai personne en disant que, dans ma