‹ Comédiens et amateurs; le théatre et ses dessous. Préf. de Frédéric PelletierChapitre 14 sur 29 · LES AMATEURS · texte numérisé non relu

LES AMATEURS

leur sont nécessaires. D'autre part, les amateurs ne soignent pas suffisamment les répétitions; ils manquent aussi parfois de direction, d'assiduité, de discipline et négligent de faire sérieusement, la veille d'une première représentation, ce que nous appelons une <( répétition générale» avec costumes, décors, meubles et accessoires, ce qui est indispensable, surtout pour eux.

Il faut dire aussi que quelques-unes de ces sociétés ont un champ d'action trop restreint, elles ne peuvent jouer qu'entre jeunes gens ou jeunes filles, ce qui les oblige à transformer les comédies ou les drames les plus honnêtes au point de les rendre ridicules.

Je dirai bien sincèrement que s'il est admis de représenter les œuvres lyriques avec des amateurs des deux sexes, je ne peux m' empêcher de trouver étrange l'exception que l'on fait dans certains quartiers pour les comédiens amateurs; c'est une anomalie peu flatteuse pour eux.

En terminant j'ajouterai que, quoi que des esprits malveillants aient pu dire il y a quelques années — et je ne sais dans quel but — les sociétés sérieuses d'amateurs m'ont toujours et partout beaucoup intéressé, j'apprécie hautement cette jeunesse qui

occupe ses heures de loisir à développer son intelligence et sa mémoire, à affiner son langage, à améliorer ses goûts au contact des bons auteurs dramatiques, poètes ou prosateurs, et cela sans désir de lucre, toujours disposée à être utile aux œuvres de charité et de bienfaisance.

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Le comédien en tournée en France

II arrive souvent que le comédien est engagé dans une troupe qui doit faire une « tournée »; c'est-àdire aller de ville en ville pour y jouer une pièce ayant obtenu un grand succès à Paris. Ces troupes sont ordinairement bonnes, les artistes n'ayant qu'une pièce à étudier et les répétitions étant faites avec un soin très minutieux.

Il y a des directeurs spéciaux pour ces « tournées » ainsi que des comédiens qui en font une spécialité. II faut à ceux-ci une grande habitude des voyages dans lesquels ils éprouvent sans doute une certaine satisfaction, car la vie qu'ils mènent n'a rien de bien attrayante. Ils doivent supporter une fatigue excessive, étant continuellement en chemin de fer. Ils mangent quand ils le peuvent et jamais à heure' fixe. Quand le trajet est long, ils sont souvent obligés de partir après la représentation et de dormir, tant bien que mal, dans le train, sur un coin [127]

de banquette plus ou moins rembourrée; le directeur ne les faisant pas voyager en wagons-lits.

Cela dure ainsi pendant des mois, si la (( tournée » fait de l'argent. Dans le cas contraire, on les voit, après une semaine, rentrer à Paris, attendant — la plupart du temps sans le sou — des jours meilleurs.

Ce n'est pas tout : l'artiste qui tombe sur une de ces tournées malchanceuses ou trop souvent mal préparées, se voit parfois dans la nécessité de laisser sa garde-robe en garantie du paiement de plusieurs journées d'hôtel, ou bien encore d'avoir recours à un bureau de Mont-de-Piété où il emprunte de l'argent avec intérêts sur nantissement d'une montre ou d'une bague qu'il y dépose et qu'il ne retire presque jamais. Je peux en parler par expérience, car j'ai passé par là et si, à mes yeux je n'en suis pas plus rabaissé, je n'en suis pas plus fier pour ça.

J'ai connu des comédiens qui, dans certaines circonstances difficiles, avaient une ingéniosité surprenante. Ces pauvres déshérités du sort, prévoyant qu'ils ne pourraient pas payer la note à leur départ enlevaient adroitement de leur malle les costumes dont ils avaient besoin, et, les remplaçant par une pierre; ils donnaient au naïf et trop

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