‹ Comédiens et amateurs; le théatre et ses dessous. Préf. de Frédéric PelletierChapitre 15 sur 29 · LE COMÉDIEN EN TOURNEE · texte numérisé non relu

LE COMÉDIEN EN TOURNEE

confiant propriétaire l'illusion que la malle était encore pleine.

Ces gens-là sont plus à plaindre qu'à blâmer.

Je ne voudrais pas être taxé d'exagération en ajoutant que des comédiens abandonnés pendant une tournée, loin de Paris, ne possédant rien — pas même un « maravédis )) se sont vus dans la triste obligation d'y retourner à pied en sollicitant la charité des camarades dans les villes où ils passaient. Cela est lamentable et pourtant cela est. Les comédiens qui me liront ne me contrediront pas.

Il y a une quarantaine d'années, les artistes en tournée n'étaient pas toujours bien accueillis surtout dans les petites villes de France. Ils trouvaient difficilement un hôtel pour les héberger, car, maintes fois, quelques-uns de ces malheureux avaient totalement oublié de régler la note avant leur départ. Dans certains endroits, on disait même plaisamment : « Voici les comédiens, cachons l'argenterie ! »

Tout cela s'est peut-être modifié depuis cette époque, mais je crois pouvoir dire que malgré tout, leur situation n'est pas très enviable.

A l'étranger, si le comédien est mieux reçu, il n'en a pas moins à supporter de grandes difficultés et à subir de nombreux impedimenta.

Mes lecteurs pourront en juger, dans les chapitres suivants, par le récit d'un de mes nombreux voyages à l'étranger, alors que j'y propageais la langue française sous forme théâtrale.

Au sujet des comédiens en voyage, je ne peux passer sous silence les troupes nomades qui parcourent gaiement, pendant toute l'année, les départements de France et s'arrêtent dans toutes les bourgades pour y donner des représentations.

Ce genre de comédiens n'est pas sans offrir un certain intérêt. Ceu.x-ci n'ont pas à craindre d'essuyer une rebuffade d'hôteliers irrascibles ou de méchante humeur; ils voyagent dans des roulottes traînées par des chevaux, avec tous leurs bagages, leurs décors, leurs accessoires, leurs costumes, leurs lits, fourneaux, vaisselle et batterie de cuisine.

Les représentations ont lieu sous une grande tente qu'ils installent eux-mêmes sur un champ de foire ou sur la place principale du village et cela « avec la permission de Monsieur le Maire», bien entendu.

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