DES LARMES AU RIRE
guerre ! » Quand arriva l'heure du spectacle, nous nous rendîmes dans le local qui devait servir de théâtre.
A sept ou huit cents pas de la gare, au milieu des sables, nous pénétrons sous un hangar au fond duquel se trouve une scène mesurant environ trois mètres et demi de large. On y a, par précaution sans doute, installé une boîte à souffleur d'une dimension démesurée qui, si nous ne pouvions nous en passer, rendrait impossibles les mouvements des acteurs. Les artistes femmes s'habilleront dans une petite chambre attenante à la scène et auront pour table deux lits destinés apparemment à des soldats du chemin de fer. Quant aux hommes, les coulisses leur tiendront lieu de loges. C'est ainsi, pêle-mêle, que nous nous préparions à la représentation, quand le jour qui commençait à baisser nous fit apercevoir qu'on avait oublié la chose la plus essentielle : l'éclairage. Nous mîmes aussitôt en campagne une demi-douzaine de soldats, qui apportèrent une grande quantité de bougies qu'ils disposèrent le mieux possible dans les embrasures des fenêtres, sur les poutrelles, enfin sur tout ce qui offrait un appui ou une saillie. Les spectateurs ayant pris place, les uns sur des chaises, les
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autres sur des bancs, plusieurs sur nos malles restées sous ce hangar, les trois coups légendaires furent frappés par le régisseur, et le chef d'orchestre attaqua courageusement les premières mesures de l'ouverture, sur l'harmonium dont je vous ai parlé. C'était un rêve !
Le rideau, en cotonnade rouge, tiré par un soldat, se leva difficilement et d'une façon peu régulière. Les artistes, je dois le dire à leur louange, jouèrent aussi consciencieusement que sur un vrai théâtre; quant à moi, d'une taille plus élevée que la scène, j'avais la tête cachée par la frise d'arlequin, ce qui me donnait l'aspect d'un guillotiné marchant. Malgré tous ces petits détails, le premier acte se terminait au milieu d'un grand succès d'enthousiasme, quand le rideau, qui avait eu beaucoup de peine à se lever, refusa cette fois de descendre malgré tout le mal que chacun de nous se donnait à le tirer. Plusieurs des spectateurs furent dans la nécessité de se lever de leurs places pour nous aider dans ce singulier travail. Cette petite scène qui n'était pas sur le programme, se renouvela tout le cours de la soirée. Vers le milieu de la représentation, les bougies imprudemment coupées en morceaux trop petits, s'éteignant peu à peu.