‹ Comédiens et amateurs; le théatre et ses dessous. Préf. de Frédéric PelletierChapitre 22 sur 29 · COMÉDIENS SANS GITE · texte numérisé non relu

COMÉDIENS SANS GITE

l'hospitalité, ils avaient poussé l'amabilité jusqu'à se priver de leurs lits, pour les offrir aux artistes français. Nous passâmes à Kizil-Arvat deux charmantes journées qui firent vite oublier les ennuis de la veille, et dans un dîner d'adieu, qui mit un à ces deux jours de fête, les marques de la plus vive sympathie furent témoignées à la troupe française, non pas comme à des artistes qui avaient procuré quelques heures de plaisir, mais comme à des représentants d'une nation aimée avec franchise et sincérité.

Comme je l'ai déjà dit, le wagon destiné à la troupe était parti avec le train qui l'avait amené; il s'agissait d'en trouver un qui pût contenir tous les artistes réunis. Le chef de la gare de Kizil-Arvat n'en ayant pas à sa disposition, on nous offrit un ancien wagon à marchandises transformé pour le service du 3e bataillon du chemin de fer. On y transporta tous nos bagages, grands et petits, et c'est au milieu de ce désordre de malles et de paquets que nous prîmes place, n'ayant pour nous asseoir que nos propres colis, et pour dormir que des espèces de couchettes en bois, mesurant à peine 40 centimètres de largeur, superposées sur les côtés du wagon en forme d'étagères. Ce qui

expliquera ce peu de confortable, c'est que nous partions par un train de petite vitesse où il ne se trouve généralement qu'un petit wagon de seconde classe, dans lequel toute la troupe, désireuse de ne pas se séparer, n'aurait pu trouver place. Quant aux compartiments de troisième ils sont impraticables dans les stations intermédiaires, étant donnée la quantité d'indigènes qui voyagent et parmi lesquels on se trouverait mal à l'aise. Ce train dit de passagers n'a pas de restaurant comme le trainposte; nous avions donc eu soin de nous munir de ce qui serait nécessaire à un souper que nous mangeâmes en famille. Une grosse malle renversée nous servit de table, les valises de sièges, nos doigts de couteaux et fourchettes, et un gobelet de voyage, passant de mains en mains, eut bientôt raison d'un vin rouge soi-disant de France !

C'est dans ces conditions, et en oubliant le primitif de notre installation, que la nuit se passa presque toute entière. A cinq heures 30 du matin, nous arrivâmes à Askabad.

Mme Guitart, la bonne Française, avait eu la délicate attention de préparer pour la troupe un substantiel chocolat et un café des plus réconfortants auxquels les artistes firent le plus grand hon-

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