EN COKE DES MIISÈKES
désirer; à la nuit tombante, en approchant du Sérafchane, un gros orage éclate avec violence et nous inonde d'une pluie d'abord bienfaisante, mais bientôt trop abondante. Ce mélange d'eau et de poussière nous recouvre, en un instant, d'une boue épaisse et jaunâtre, sous lequel nos vêtements de voyage font triste mine. La question du costume était superflue en un pareil moment, mais nous nous en posions une bien autrement importante. Comment pourrons-nous, par un temps pareil, traverser les différents lits du Sérafchane où déjà, à cette époque, les eaux ont dû beaucoup grossir. Nos personnes nous occupent moins, en réalité, que nos garde-robes, auxquelles chacun de nous attache une . juste importance. Les costumes sont généralement pour les artistes français leur seule fortune; ce sont autant d'outils qu'ils ont achetés au prix de nombreux sacrifices et qu'ils gardent avec un soin des plus minutieux. Dans le premier voyage, beaucoup d'effets avaient déjà eu à souffrir de la route, malgré les précautions dont on les avait entourés, et l'on voyait le moment où ils allaient être perdus par l'eau du ciel et de la terre. C'est dans cet état d'esprit que nous traversons les premières rivières, qui ne présentent aucun
danger pour nous, ni pour notre matériel. L'orage, qui s'est calmé, se termine par une petite pluie fine insignifiante, qui ne fait que nous rafraîchir agréablement le visage. Revenus de nos appréhensions, nous pensions continuer ainsi notre route, lorsque, après quelques pas d'un galop précipité sur la terre ferme, les chevaux s'arrêtent, et nous nous trouvons en présence d'un vrai fleuve, ou d'un torrent rapide qu'il s'agit de franchir. Aidés des guides à cheval qui dirigent nos cochers, nous pénétrons, au grand trot, au milieu des remous et des tourbillons qui nous inondent, semblables à des vagues qui envahissent le pont d'un navire. En plusieurs endroits, l'eau est tellement profonde qu'elle pénètre par le fond du tarantass. Les chevaux, arrêtés par le courant, ralentissent leur allure malgré le fouet du sarte qui frappe leurs flancs. Nous apercevons cependant les voitures à bagages qui, avec d'autres tarantass, sont arrivés .sur l'autre rive, en d'assez bonnes conditions. En franchissant nous-mêmes la distance qui nous en sépare, notre attention est subitement détournée par des cris provenant de la dernière voiture qui nous suit. Une malle, appartenant à une artiste de la troupe, s'est détachée de derrière